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REVUE DE L'ART
ANCIEN ET MODERNE
Directeur : JULES COMTE
PARIS
2S; TL/e du Mont-Thabor, 28
MAR 1 1956
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LA
REVUE DE L'ART
Ancien et Moderne
Tome VI. Juillet-Décembre 1899.
LA
RE VUE DE L'ART
ANCIEN ET MODERNE
Directeur : JULES COMTE
PARIS
28, rue du Mont-Thabor, 28
LE MUSEE DU BARDO
A TUNIS
ET LES FOUILLES DE M. GAUCKLER
I
F, musée du Bardo, à Tunis, est le plus jeune, le plus ri^cemment fondé des musées de l'Afrique française, et pourtant c'est aujourd'liui le plus riche de tous ces musées. C'est en môme temps celui dont les richesses sont les mieux classées et qui, grâce à cet avantage, grâce ù l'existence d'un Guide ' qui joue le rôle d'un catalogue sommaire, se prête le mieux à l'étude. Comment il a pris cette avance, il est aisé de se l'expli- quer. En Algérie, parmi les incertitudes et le décousu des premières années de la conquête, les antiquités ont été souvent détruites ou dispersées au moment où elles sortaient du sol. Celles même que des représentants de l'autorité avaient retenues ou acquises, confiées à des municipalités qui n'en comprenaient pas toujours l'intérêt, ont été déposées dans des locaux insuf- fisants et mal entretenus où elles ont eu parfois encore à souffrir de cette négligence. 11 n'y a guère plus de vingt ans que, grâce surtout à l'initiative de M. Xavier Charmes, on a commencé de songer à améliorer l'installation des musées de l'Algérie et à faire connaître les monuments qu'ils con- tiennent.
S'il en a été autrement en Tunisie, c'est que l'occupation française s'y est produite dans des conditions différentes, dans un temps où la curiosité des
'. Guide lia viilleur au musJe du BurJo. par P. Giuckler, in-8'. 22 pages, 1896.
LA REVUE DE l'aRT. — VI.
2 LA REVUE DE L'ART
savants avait dojà 6[6 appclôe sur les antiquités africaines et parliculièroment sur les problèmes qui se posaient à propos de Cartilage, de ses enceintes, de ses ports et de ses édifices principaux; on étudiait, sans posséder les données nécessaires, la topographie de cette illustre cité qui, après avoir été la capitale de l'empire punique, fut celle de l'Afrique romaine. Le traité de Ksar-Said rendait la France maîtresse d'un terrain (|ui devait avoir gardé, cnfonis tout près de sa surface, des monuments du passé bien autrement nombreux et bien plus intéressants pour l'histoire que ne pourraient jamais l'être ceux qui seraient livrés par le sol de la Numidie et de la Maurélanie césarienne, provinces qui n'avaient été qu'efdeurées par la civilisation phé- nicienne et où la domination romaine elle-même n'avait pas créé de centres qui fussent comparables à la seconde Carihage, à Utique, à Hadrumète, à tant d'autres villes opulentes et populeuses de l'Afrique proconsulaire.
La création d'un musée arcliéologicjuc fut donc décidée, dès la première année du protectorat,par décret du " novembre 1882, rendu sur la proposition do M. Paul Cambon,par le bey Mohammed-es-Sadok. Un second décret, en date du 23 mars I88o, alTecta aux collections archéologiques l'ancien harem du bey Mohammed et leur donna le nom du souverain régnant, S. A. Ali-bey. Le 7 mai 1888, le Musée Alaoui, organisé par M. de la Blanchcre, directeur du service des antiquités et arts de 1885 à 18'.tl,fut inauguré en présence de S. A. le bey, de M. Massicault, résident général, de MM. Wallon, Georges Perrot et Héron de Villefosse, membres de l'Institut, représentant l'Académie des Inscriptions, et le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.
Le local était heureusement choisi. Le bey n'habite plus que sa belle villa de la Marsa, où il fait plus frais qu'au Bardo. On lui a réservé, au Bardo, les deux salles de réception où, trois ou quatre fois par an, il vient donner audience et prononcer sur le sort des condamnés à la peine capitale. Des autres bâtiments qui composaient ce groupe de palais, les uns, qui tombaient en ruines, ont été démolis; les autres, consolidés et réparés, ont été livrés au Musée qui, longtemps encore, y trouvera la place nécessaire pour s'agrandir. L'édifice où il est installé n'est point ancien; il a été comriiencé, il y a une quarantaine d'années, par le bey Mohammed (18oo-18r)9) et achevé par son successeur, le bey Mohammed-es-Sadok.
Les appartements que remplissent aujourd'hui les mosaïques et les statues n'en méritent pas moins d'attirer, par eux-mêmes, l'attention des
LR Ml'SKR I)L: liAUDU A TUNIS 3
visiteurs. Si les peintres et les mouleurs italiens ont laissé, dans certaines pièces, la marque de leur goût médiocre, ce qui domine encore dans l'ensemble do la décoration, c'est le stylo arabe. La .sa//e des fêtes est d'un grand efTef, avec son plafond on bois découpé; ce [)lafond a la forme d'une coupole à seize pans, avec, au ceniro, une quouo do voîito en stalaclilo, prolongée par
COLtl DL' MUSI-E DU UaRDO
une chaîne dorée qui retenait autrefois un énorme lustre. Il est couvert d un réseau polygonal de nervures en relief, délicat lacis d'or qui le divise en caissons étoiles, diversement colorés d'un glacis transparent vert, argenté, rouge et bleu, sur fond d'or uniforme. La tradition de l'art islamique est encore plus fidolcmont conservée dans Vapparlcmcnt des femmes. Le bois sculpté dos plafonds y est remplacé par un revêtement de stuc ouvragé et découpé au couteau [noukch-hadida). Sur les parois des arceaux et des cou- poles, sur les panneaux rectangulaires qui couronnent les portes, s'étale une dentelle d'arabesques, de cœurs et d'entrelacs d'une merveilleuse variété de
4 LA HEVUK DE L'ART
dessin; on y retrouve, combino's et fondus dans une vaste composition d'ensemble, tous les motifs d'un décor qui n'est autre que celui de l'Alhambra. Les murs sont ornés de faïences tunisiennes, de motifs variés. Ils encadrent de précieux panneaux, composés de cinquante pièces assemblées, qui figurent, sous des arcades mauresques de style élégant, des mosquées à
.Salle uu jilske du Uahuo
minarets multiples, ou des vases à panse rentlée d'où jaillissent des gerbes de llcurs. Ces faïences représentent une industrie d'art tunisienne très pros- père jadis et qu'il y aurait grand intérêt à faire renaître aujourd'hui.
En 1888, on n'avait encore approprié à leur nouvel usage que trois des salles du harerii. Gomme le disait M. de la Blanchère aux hôtes qu'il y recevait, ce qu'il leur montrait, c'était plutôt un chantier qu'un musée. Il fallut plusieurs années pour terminer l'installation de ces salles, plusieurs années pour les garnir. Ce travail était à peine achevé quand, en 1891, M. Gauckler succédait à M. de la Blanchère. M. Gauckler reprit et pour- suivit avec un redoublement d'activité la tâche que s'était imposée son prédécesseur, entreprenant des fouilles lorsqu'il se trouvait disposer de
DEMETER (iWARBRE BLANC) Musée du Bar do Revue de l'Art ancien et moderne,
Héliop--, Arents,
[mp.L Fort Paris,
LE MUSEE DU BAHDÛ A TUNIS 5
quelques fonds, surveillant toutes les fouilles privées, ne négligeant rien pour provoquer des dons gracieux et acquérant les objets dont leurs pos- sesseurs consentaient à se défaire sans élever de trop hautes prétentions. En 1896, à l'occasion du congrès de l'association française pour l'avancement des sciences, M. Gauckler ouvrait au public trois nouvelles salles. Ce prin- temps, le 2i avril, en présence des invités du résident général, M. Liard, délégué du ministre de l'Instruction publique, et moi, qui représentais l'Aca- démie des Inscriptions, inaugurions ensemble la grande Salle des tribunes, et tout un quartier nouveau où, dans le cadre d'un palais mauresque, restitué avec ses tentures et ses meubles, seront conservées les collections d'art arabe.
En onze ans, le Musée Alaoui a plus que doublé d'étendue. Il possède aujourd'hui les plus beaux marbres et, à coup sur, les mosaïques les plus curieuses, les documents épigraphiques les plus importants (|ui aient été découverts en Afrique. Ces progrès, il les doit aux résidents qui ont repré- senté ici la France et qui sont restés fidèles à la pensée dont s'était inspiré le premier d'entre eux, M. Cambon ; aucun d'eux ne s'est plus intéressé à cette entreprise que le résident actuel, M. René Millet, fin lettré, tout nourri de la moelle de l'antiquité. Par malheur, la diversité des besoins auxquels avaient à répondre les finances de la Tunisie ne lui permettait pas d'accorder à ce service les larges crédits qu'il eût aimé mettre à sa disposition. L'Académie des Inscriptions et le Ministère de l'instruction publique sont intervenus, «à plusieurs reprises, pour fournir ii M. Gauckler les moyens d'entreprendre les fouilles qu'il avait en vue ou d'en achever d'autres qu'il avait commencées sur les maigres ressources de son budget et qu'il aurait été forcé d'interrompre, au plus beau moment, faute de fonds.
De toutes ces fouilles, les plus mémorables, ce sont celles que M. Gauckler a commencées à Carthage le 24 janvier 1899, et qui se poursuivaient encore, quand, en avril, j'ai revu pour la troisième fois la Tunisie. Elles ont eu un double effet. Elles ont doté le Bardo de marbres qui sont très supérieurs, comme noblesse et pureté de style, à tous ceux qu'il possédait jusqu'alors, de marbres vraiment grecs. En même temps, elles y ont fait entrer des monu- ments de la haute époque punique, qui n'y était représentée jusqu'alors que par quelques pièces éparses et sans grande importance. On comprendra donc que le directeur de la Revue ail voulu offrir à ses lecteurs une relation sommaire de
6 LA RP: VUE DE I/AHT
ces fouilles ; nous los conduirons dans les tranchées que M. Gauckler a creu- sées parmi les orges vcrdoyanlos, loules fleuries de rouges coquelicots, sur le site, déjà indiqué par des découvertes antérieures, de la plus ancienne dos nécropoles puniques dont la trace ait été relevée ; nous mettrons sous leurs yeux les plus intéressants des objets qui sont sorlis de ces tranchées pour aller prendre leur place dans les nouvelles salles du Bardo.
II
Le terrain auquel M. Gauckler s'est attaqué n'avait jamais encore été fouillé. 11 fait partie du quartier qui doit son nom de Dcrmech aux thermes romains, dont les ruines se voient sur le bord de la mei'. Ucnncch n'est qu'une altéra- tion populaire du mot Ihrnnrs. Il est conligu au quartier que l'on appelle Doiiimls (les citernes), où le l'ère Delaltre avait l'ait, en ISl)-} et I8'ji, des découvertes d'un vif intérêt. A ce titre, il semblait beaucoup promettre ; mais les résultats ont encore dépassé toutes les espérances.
Ici, comme partout où la |iiochc, sur le site de Cartbage, entreprend de descendre jusqu'au sol vierge, on a rencontré, superposées l'une à 1 autre, les différentes couches de débris par lesquelles sont représentées les périodes successives d'une vie urbaine très active et très intense qui, avec une courte interruption d'une centaine d'années, a duré de quatorze à quinze siècles. A la surface, ce sont les restes de la Carthagc chrétienne, de celle de Tertullien et de saint Augustin, de Théodose et de Justinien; au-dessous, celle du haut empire romain, celle qui s'est empressée de renaître, au lendemain même de sa destruction. Il a suffi d'un signe et d'un mot de Jules César pour qu'elle devînt plus populeuse et plus opulente que sa devancière. Au second et au troisième siècle, c'était une ville énorme, qui avait peut-être un million d'habitants. La Carlhage romaine, résidence du proconsul d'Afrique, avait dépassé en tous sens le périmètre de la Carlhage indépendante ; aussi ses constructions sont-elles assises sur les tombes des sujets de Uidon, des conci- toyens d'Hamilcar, d'Hasdrubal cl d'IIannibal, de ces hardis marchands qui, avec leurs armées de mercenaires, auraient réussi, s'ils n'avaient pas trouvé UJomc sur leur chemin, à faire de la Méditerranée un lac punique. De la
LE MIISKE nu RARDO A TUNIS
Cartilage qui, la même annôe que Coi'inlho, en 146 avant Jt^sns-Christ, s'est ahiniée dans les llamnies, sous les yeux de Scipion l']milien et de Polybe, il ne subsiste que ses sépultures; mais celles-ci nous rendent des objets fort curieux et d'une extrême variété, par l'élude desquels l'archéologue réussit à compléter et même, sur certains poinis, à corri- ger l'idée que les té- moignages des auteurs anciens avaient donnée à i historien moderne du caractère de cette civilisalion et des rela- tions (|u'eii(' enli'cle- nail avec les anires peuples riverains de la Méditerranée.
III
Dès que le terrain eut été mis à sa dis- pos! lion ', M. Gauckler ouvrit une grande tranchée, parallèle au rivage de la mer et dirigée vers la colline de Bordj-Djedid. Il y rencontra d'abord les débris que, dans tout ce quartier, la charrue, à chaque labour, ramène à la surface, carreaux de revêtement en terre cuile, monnaies, lampes ou pideries. A 1"',;J0 de profondeur se trouvaient quel()ues lombes byzantines, l'une entièrement recouverte de
l''fHGMEXT UXXE STATUE DE .MeX (Terre cuilc).
' Ce terrain appartient à M. César lien Attar, avoeat àTiiiiis. Ce propriétaire s'est prêté au ilcsir que lui a exprimé M. Cauckler ; il lui a livré, dans des ennditions très libérales, une partie du diMiiaine f|ue sa famille possède sur ce versant du coteau. C'était rendre à la scienee un véritable service.
LA REVUE DE L'ART
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mosaïque grossière, une autre avec une épitaphe qui présente la formule
chrétienne habituelle, fiddh m face.
Au-dessous, apparurent quelques constructions de basse époque, puis une
maison qui semble dater de la période conslanlinicnne. Comme toutes les habita- tions de l'Afrique romaine, celle-ci avait ses chambres jirincipales pavées en mo- saïque. L'une de ces mosaï- ques représente un paysage niarilime et des scènes my- lludogiques, une Amphi- Irite entre des Tritons, et l'autre ligure une chasse aux animaux féroces ; mais elles sont d'une exécution médiocre. L'Afrique ro- maine a eu la passion de la mosaïque, comme la moderne celle des carreaux de faïence émaillée. Ces deux modes de revêlement sont l'un et l'autre bien ap- propriés au climat et à la lumière du pays. Pour ne parler <|ue de la mosaïque, celle-ci donnait au pied qui se posait sur elle une sen- sation de fraîcheur ; en même temps, elle amusait
OiJMjijy^PKOf
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DÉDICACE A Jll'lTER IIaMMOX (Marbre blanc).
l'œil par la gaieté de ses tons et par la variété de ses motifs.
Les mosaïques de la maison du iv" siècle une fois enlevées, on s'aperçut qu'elles reposaient sur des constructions plus anciennes. Le déblaiement du sous-sol lit apparaître d'abord un élroit couloir avec les marches d'un escalier;
I.E MUSKE DU lURDO A TLMS
celui-ci conduisait ù une salle, large de 4 mètres sur 5 de long, où les murs étaient couverts de stucs peints et moulés, qui dessinaient une série de niches ; mais cette salle était coupée dans toute sa largeur, à un mètre de l'entrée, par un mur bâti après coup, en mauvais hlocige, sans ouverture. Les fouilles se poursuivirent de l'autre côté de ce mur, et, dms les décombres que l'on relira, on recueillit des débris de _,_ ^
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toute espèce.
Les morceaux de stuc qui
gisent à terre laissent deviner
des peintures aux vives cou- leurs, d'un style tout pompéien.
Sur l'un d'eux, on dislingue le
haut du corps d'une jeune femme
revêtue de draperies blanches,
qui a le front surmonté d'une
Heur de lotus ; elle tient dans la
main gauche un grand bâton qui
se termine par une sorte de croix,
peut-être la croix-ansée égyp- tienne; on aurait là l'image d'une prêtresse d'Isis. C'est que tout ici rappelle les souvenirs du
culte païen, d'un culte qui paraît
s'être adressé à des divinités très variées. On relève plusieurs sta- tuettes de marbre, dont les cas- sures anciennes et les mutilations semblent indiquer que ces idoles ont subi l'injure du marteau des iconoclastes. Voici une Vénus pudique dont la tête a disparu, un .hipiter assis avec l'aigle, un Bacchus donnant à boire à la panthère, un jeune homme assis, vêtu de la chiamyde, une tète d'Amour, un masque de Silène, d'un excellent tra- vail, en terre cuite (largeur 0'',2I), puis un fragment dune image de Mithra, un débris d'une statue de Men, ce dieu phrygien qui finit par être identifié avec Attys ; Men était représenté foulant aux pieds la tête d'un taureau (hauteur de l'ensemble 0"',40). Il y a encore d'autres terres cuites, la partie inférieure
LA r.EVLE DE l'aRT. — VI 2
TÈTE np. TalRRAL' votif (Marijrc blanc).
10 LA HRVUE DE L'ART
d'iino slaluelle avec le buste de cheval qui décore les monnaies de Carthagc, un masque de déesse diadémée et un portrait de femme très réaliste.
Enfin, dans le coin le plus reculé de la salle, on découvrit, dressé contre le mur, une grande dalle de marbre blanc qui portait, gravée on beaux caractères du second siècle de notre ère, une dédicace à Jupiter Ilammon (hau- teur (("jSS). Il y est identifié avec « le dieu Sylvain qu'adorent les Barbares » : .lori llammoni barharo Sylvano. L'inscription est dédiée par les prêtres du dieu, au nombre de douze ; ils ont à leur tète une femme, grande maîtresse des rites, mater xacrorion. Ce texte a subi quelques remaniements, dont, tout en bas, une addition où la forme des Ictlres et l'incorreclion de la langue trahissent une époque beaucoup plus basse. Il y est fait mention de deux uicedotos (sic) (b'i Silcani. Au pied de cette dalle on Irouva, posée par terre, la tète, en marbre blanc, d'ini taureau volif qui porte, entre ses cornes, un croissant avec une inscription dédiée à Saturne (hauteur O^jSS), puis une vingtaine de bétyles en granit et de boulets en pierre plus ou moins frustes, ainsi que quelques disques ou balles ovoïdes en terre cuite. Cette découverte a son importance. Si l'on a ramassé sur le site de Carthagc nombre de boulets et de balles de ce genre, on considérait ces objets comme des projectiles lancés les uns par les canons lurcs du xvi' siècle, les autres par les frondes des soldats de Carthagc. Il semble prouvé maintenant que ces diverses pièces, découvertes en tas sous une mosaïque du iv" siècle, sont contemporaines des monuments qu'elles accompagnent et n'ont jamais rien eu à voir avec la guerre; ce sont de grossiers monuments votifs.
Sous cette plaque, cette têle de taureau et ces boulets, quatre statues en marbre blanc étaient couchées sur le sol. Trois d'entre elles sont hautes d'un mètre environ ; la quatrième est plus petite et dun moins bon travail. Il est vraisemblable que les trois premières étaient groupées, qu'elles formaient une triade analogue à celle des statues colossales, aujourd'hui exposées au Bardo, qui ont été découvertes l'an dernier dans la schl,ha de Khérédine, près de Tunis. Celles-ci représentaient l'isis caithaginoise, reconnaissable à son manteau frangé et à son diadème orné du croissant retombant sur le disque, entre deux prêtresses, coiiïées à la mode du i"' siècle. Quant aux statues de la trouvaille récente, l'une d'elles, un peu plus grande que les autres, aurait été le personnage principal du groupe. Ce sérail, on croit la recon- naîlre à son diadème, à l'expression de ses traits et à l'arrangement de sa
LE MLSKE DU MA H 1)0 A TUNIS
H
draperie ', la Démêler gi'ccqiic, la Ccrcx africana romaine qui a remplacé la phénicienne Tanil. Dans l'une des doux autres figures, on pourrait voir une (]oré ou l'roscr[)iiie. La troisième ne saurait guère être qu'une Cané|)liore en marche, la jamhe droite portée en avant. Si le bras droit a été cassé à la hau- teur de l'épaule, l'aspect de la cassure indique que ce bras était relevé, qu'il s'arrondissait pour soutenir une corbeille ou quelqvu! autre objet posé sur la tète. Ce qui confirme cette con- jecture, c'est que le ciseau a ménagé, sur le dessus du crâne, une surface plate ofi s'appliquait l'allribut dis- paru; la main gauche tenait aussi un ol)jet dont la place est marquée par un trou qui s'ouvre entre les doigts.
Tout sommaires qu'ils soient, cet inventaire et cette description des lieux suffi- sent à faire comprendi'e comment tous ces objets ont pu se trouver réunis dans cet étroit espace ; on arrive tout au moins à une ex[)fi- cation probable. 11 devait y avoir là un temple et, au- dessous de ce temple, un caveau où se célébraient certains mystères, certains rites, tels que ceux de Mithra et de toutes ces divinités asiatiques et afri- caines qui, vers la fin de l'empire, étaient arrivées à se confondre les unes avec les autres au point de n'être plus, comme celles du panthéon de l'âge
CanKIMIOIIK (Mai-brc blanc).
' Oa retrouve, en effet, dans plusieurs statues île Dèinéter. celle dispnsitidn caraitérislique ilu manteau: celui-ci s'y étale coiiinie dans notre niarhre, au-dessous de la ceinture, en un larf,'e )ian que sillonnent de beaux plis et qui se teriuine. en bas, à la hauteur des genoux, par un angle arrondi. Le manteau a un peu là l'aspect d'une sorte de tablier (Clarac, Musée de Sculpture, lï"' 702, TOi), TOT, 770, 774, 792';, ''3-2'-, 788. S. Ucinach, Itépeiioirc, t. Il, p. 2:vj, n°" 2 et 3).,
12 LA HEVIJK DE LA HT
grec, des personnes nettement définies et vraiment distinctes. Le temple a dû ôtre détruit après le règne de Julien et sa vaine tentative de restauration ; mais SCS derniers prêtres, les prêtres de Jupiter llammon, de Sylvain, de Saturne, de Cérès, de Men et de Mithra, continuaient à compter sur une réaction qui ne devait plus se produire. Dans cotte attente, ils déposèrent au fond de ce caveau leurs plus chères idoles ou du moins ce qui en restait après une première agression du fanatisme chrétien, ainsi que cette inscrip- tion, débris des archives lapidaires du collège. Au-dessus des murs dérasés à une hauteur d'environ 30 centimètres, ils construisirent eux-mêmes la maison qui, sous ses pavages et ses bâtiments, cacherait à tous les yeux ces simu- lacres vénérés et les mettrait à lahri de nouveaux outrages. On connaît d'autres exemples de ces cachettes où, à Rome et dans les provinces, des mains pieuses ont ainsi caché les images des dieux proscrits. Celles-ci, grâce aux précautions prises par leurs adorateurs, ont dormi dans ces retraites, pendant de longues années, d'un sommeil dont elles ne se sont réveillées que pour venir trôner dans nos musées où une autre piété, celle des archéologues, leur a assuré un asile qui ne sera plus trouble par aucune violence.
Il y avait intérêt à trouver, dans les ouvrages de la plastique et dans les textes que ce caveau nous a conservés, des documents dont I historien tirera parti, quand il étudiera les croyances religieuses et les cultes qui en étaient l'expression dans l'Afrique romaine, au cours de ces siècles où l'antique polythéisme se modifia si profondément en vue de répondre à ces besoins nouveaux auxquels le christianisme finit par apporter la satisfaction désirée ; mais ce qui, plus encore que ces précieuses données, fait l'importance des fouilles récentes, c'est le caractère et la valeur dart de trois au moins des monuments qu'elles ont dégagés.
On recueille, dans l'ancienne Afrique proconsulaire, beaucoup de sculpture, statues de divinités, d'empereurs, d'impératrices et de magistrats munici- paux ; mais cette sculpture est en général, comme l'architecture où elle s'encadrait jadis, d'une exécution négligée. C'est de l'art provincial; c'est l'art d'une province où le goût était certainement moins fin et moins cultivé que, par exemple, dans la Gaule romaine. Celle-ci a fourni nombre de marbres qui font figure dans nos musées ; il suffit de citer, pour le Louvre, la Vénus d'Arles et la Vénus accroupie de Vienne ; nous avons laissé aller au Musée britan- nique le Diadumènc de Vaison. Il est très rare, au contraire, de rencontrer
LE MUSÉE DU BAHDO A TUNIS 13
en Afrique une statue ou un b;is-relief qui trouve grâce devant l'amuleur accou- tume à vivre dans la lamiliarité des modèles grecs ; aussi ce délicat, lorsqu'il visite les musées africains, risque-t-il parfois, malgré l'elTort qu'il s'impose pour être poli, de contrisler ic^s conser- vateurs qui lui montrent leurs richesses. Il passe trop vite dans les galeries. Voilà ce qu'il n'aura i)lus le droit de faire au Bardo, quand il entrera dans la salle où est exposé tout le butin que M. Gauckler a retiré des tranchées de Dt-rmcch. Trois des statues, celles que nous avons déjà signalées, peuvent être mises à côté et même au-dessus des meilleurs morceaux qu'aient livrés jusqu'ici aux musées d'Algérie ou de France les fouilles de Cherchcl.
On s'explique la découverte à Cher- chcl de marbres grecs. On sait qu'il y a eu là, sous Auguste, un prince érudit et artiste, Juba II, qui, pendant son règne de quarante-cinq ans, avait fait pour sa capitale, Julia Ca^sarea, à peu près ce que, de nos jours, fit pour Munich Louis II de Bavière; mais on est plus étonné de trouver ici, mêlées au matériel d'un culte africain du troisième siècle, des ligures d'un caractère tout classique et tout grec. Les images que nous en présentons donnent une juste idée de l'élégance et de la pureté du style de ces statues. Le marbre en est grec, du Pentélique à ce qu'il semble. Le temps lui a donné un beau ton
CoiiÉ (Marbre bhu
t4 I.A HEVUE DE L'AHT
dore. Les tètes de deux des statues ont été sculptées à pari; mais tout indique
qu'elles l'ont été pour les corps sur lesquels elles sont posées. 11 Ji'y a que
Tète de la DÉMKTEK (Marlji-c l.lanc).
la Canéphore où la tète ait été taillée dans le même bloc de marbre que le tronc.
Ce sont là des œuvres de cette école néo-attique qui, vers le second et le premier siècle avant notre ère, reprit les types créés par les grands artistes originaux des v" et iv" siècles, pour les reproduire en mêlant souvent dans une même figure, discrètement atténués, des traits empruntés à des modèles diffé- rents. C'étaient des éclectiques, fort intelligents et d'une rare habileté de
LE MUSKE DU lîAHnO A ÏUMS
45
main. Ils cliarmaionl lo ililetlanlisme do leurs contemporains en les faisant jouii- à nouveau des diverses inlerprétalions que, dans son long et puissant effort, leg(5nie grec avait donni'îes de la forme vivante; mais, dans ces imita- tions et ces adaptations, ils ne se piquaient pas d'cMre fidèles de tout point au caractère des ouvrages dont ils s'inspiraient. Ils avaient dans la mémoin; une trop grande variété de motifs pour ne pas se laisser parfois induiie à sortir de ce caractère, à paraître le perdre de vue dans l'exécution de tel ou tel détail.
Voici par exemple une figure, celle que l'on a dénommée Coré ( hau- teur 0'",i)7); tout, dans son aspectgénéral, évoque la pensée d'un type du v° siècle. C'est la largeur du visage et l'enfonce- ment des yeux sous l'ar- cade sourcilière ; c'est la manière large et simple dont est traitée la chevelure, serrée sur le sommet du crâne par une triple bandelette et s'élalant, autour du front et des tempes, en masses épaisses que séparent des sillons très marqués ; c'est enfin fout l'arrangement de la draperie, l'aplanissement du peplos sur la forte poitrine qui le soulève et qui le tend, la place assignée à la ceinture et surtout les grands plis droits qui tombent entre les jambes comme les cannelures d'une colonne; c'est enfin le manteau <jui n'est (jue posé sur l'épaule et dont un des bouts retombe sur le haut du bras droit; cette disposition très particulière se rencontre au Parthénon, dans plusieurs des bas-reliefs de la frise du portique. Tout ceci porte donc l'empreinte d'un style que l'on définit d'ordinaire par le nom de
TÈTK UE LA DlillKlElt (Marbre blanc).
16
LA REVUR DE L'ART
Phidias; mais observez la flexion de la jambe gauche. Celle flexion est assez prononcée pour que là rélon"e colle sur la chair el moule loul le bas de la jambe. Ce Irait, vous ne lo retrouveriez dans aucune des figures que vous rappelait IVnsomblo de l'image ; ce qu'il l'a suggéré à l'artiste, c'est un souvenir (|iii sVsl présenté à son esprit au moment où il modelait sa
maquette, celui de qnel- "y ^k que ouvrage d'un art
moins simple, d'un art plus préoccupé des con- trastes et de l'etTel.
C'est plutôt aux suc- cesseurs et imitateurs de Praxitèle que font penser les deux autres figures. La plus belle des trois, c'est la plus grande, celle que l'on appelle Démêler (hauteur 1"',03). De lé- gères touches de peinture rouge y font discrètement ressoi-tir les maîtresses lignes de l'image et y animent la froideur de la pieri-e. La draperie y l'sl largement traitée ; mais ce qui est vraiment digne d'admiration, c'est, (|u'on la regarde de face ou de profil, la tète, qui est d'une grâce exquise. Il n'y manque que le bout du nez et la pâte ou pierre de couleur dont était faite la pupille; mais ces mutilations n'ont pas réussi à altérer l'expression fine et pensive de ce noble visage. Les cheveux ont ces souples et légères ondulations qui carac- lérisent l'arrangement de la coifl'nre dans toutes les répliques de l'Aphrodite de Cnide.
Pourtant il se trouvera peul-êire des amateurs que séduira davantage
La CankIMIOIIE VIK de dos" (Marbre Ijlaiic).
CANEPHORE ( MARBRE 'BLANC ) Musée du Eai^do
Revue ie l'Art ancien et moderne-
Héliogr Arents.
Imp.L. Fort. Paris.
LE MUSEE DU BAKDO A TUNIS 17
encore le charme de la Canéphore, dont les traits ont plus de jeunesse et qu'enveloppe une étoffe souple et transparente, sous laquelle se dessinent, sans affectation, toutes les formes du corps (hauteur, 0"",94). Ce que celle-ci m'avait rappelé tout d'ahord, c'était moins les bas-reliefs du temple de la Victoire sans ailes qu'une jolie figurine de terre cuite, la Danseuse voilée de Titeux'. J'ai pu, de retour à Paris, faire au Louvre la comparaison.
Dans la Victoire qui rattache sa sandale et dans les autres fragments du même ensemble, les effets d'adhérence et de transparence de l'étoffe sont obtenus d'une autre façon que dans notre marbre; la draperie y est sillonnée par nombre de menus plis. Au contraire, en ce qui concerne l'application de la draperie sur la chair, la ressemblance est frappante entre la danseuse d'Athènes et la Canéphore de Carthage, bien que les mouvements des deux ligures soient très différents. C'est, de part et d'autre, le môme parti pris d'une étoffe qui, par suite de la résistance que l'air oppose à la danse ou à une marche rapide, se plaque, presque sans aucun pli, sur le torse et sur les jambes, de la gorge à la cheville, et en moule les formes de manière à les modeler presque comme si elles étaient nues. Cette méthode est d'un art plus moderne, qui déshabille plus hardiment la femme. En même temps, on est tout surpris de rencontrer là une particularité qui ne semble pas en rap- port avec le reste de la facture. Les cheveux, disposés sur le front en bou- cles symétriques, sont ramassés par derrière en une sorte de nappe d'une forme toute conventionnelle. A n'apercevoir la figure que de ce côté, on croirait, avant de l'avoir retournée, se trouver en présence d'une œuvre de l'art archaïque.
Comment ces trois œuvres d'un ciseau grec du bon temps, d'un ciseau athénien ou alexandrin, sont-elles venues s'échouer dans cette chapelle d'Hammonou de Mitlira? Gomment s'y conservaient-elles au milieu de sculp- tures d'un art très inférieur et d'une date bien plus récente? Avaient-elles été retrouvées, par les colons romains, dans les ruines de quelque maison punique, où elles auraient été apportées, du temps des grandes guerres d'autrefois, par l'un de ces suffètes qui prenaient d'assaut les villes de la Sicile et en pillaient les temples? Avaient-elles été introduites dans la Carthage romaine, au temps d'Auguste ou d'Hadrien, par quelque proconsul qui les aurait
' L. Heuzey. La Danseuse voilée d'Auguste Titeux. (BuUelin de corvespondance hellénique, 1892, p. 73-87 et pi. IV.)
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LA REVUE DE L'ART
acquises en Grèce ou en Asie Mineure? Nous ne saurions le dire ; mais ce qui est certain, c'est qu'il y a là, dans leur apparition à Carthage, quelque chose de tout à fait inattendu, une vraie surprise, comme ne nous en donnent pas souvent les fouilles africaines.
Si rarchéologue est fondé à attendre de la Carthage romaine des décou- vertes d'un si haut prix, sa curiosité est encore plus excitée parcelles que lui promet la nécropole punique. Il nous reste à descendre tout au fond des tranchées de M. Gaucklor, à pénétrer avec lui dans les tombes et à dresser l'inventaire du mobilier qu'elles renferment; ce sera la matière d'une pro- chaine étude.
(À suivre.)
(JEORi;Es PERROT.
LES SALONS DE 1899
L'ARCHITECTURE
II
\ fin de noire premier article a laisse le lecteur sous la menace d'une longue cnuméralion de restaurations d'un sérieux intérêt. Nous nous efforcerons d'être bref.
La monographie de M. Georges Balleyguier d'après VÉr/lisc si curieusement mouvementée de ïriel, et ses études de YAhhcujc de Redon sont deux œuvres de forte conscience, aussi intéressantes pour les architectes que pour les archéologues. W\l. A. Barbaud et Bauhain, qu'on voit toujours associés dans le travail, se sont attelés à la restauration du Clidteau de Bellcbranche ; signa- lons en passant qu'ils sont au nombre de ces onze concurrents choisis qui poursuivent le concours de TUniversité de Berkeley (Californie).
Le moyen âge n'est pas seul à offrir l'appui documentaire qui enflamme la passion des reconstitutions. Voici M. Boutron qui a entrepris celle des
Dernier article. — Voir la Revue des 10 mai et 10 juin 1899, t. V, p. 391 et 431.
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Thermes d'Augusta Trevisorum (Trêves), dont le faire et la valeur rappellent la belle ifaçon dont son maître, M. Paulin, présentait ses Thermes de Dioclélien d'éclatante mémoire. Comment a germé chez ce Parisien l'idée d'un pareil travail en pays étranger? nous l'ignorons. Le lien de ce travail avec ceux de nos pensionnaires de Rome n'est, cette année, qu'un rapprochement. Il n'y a pas, à proprement parler, de grande restauration exposée, bien que nous en sachions plusieurs : celle de M. Berlone, celle de M.Chaussemiche — des- tinées à faire sensation — mais que leurs auteurs réservent dans la fraîcheur de leur nouveauté pour l'exposition universelle. Ce dernier a ici de fort beaux dessins relevés d'après l'antique et aussi des études, très soignées de caractère et de rendu, d'oeuvres de la Renaissance, précieux documents pour la carrière dans laquelle il entre pratiquement depuis qu'il a abandonné la villa Médicis. M. Chédanne, lui, est lancé dans l'ancien à corps perdu. Ce sont presque des œuvres rétrospectives, posthumes, posthumes au point de vue des études, que ses décorations romaines, si dignes de la tradition de la maison.
C'est à peu près tout ce que notre salon doit à l'antique. En remontant encore plus haut, on verrait non pas une restauration, mais un état actuel en un dessin à la plume et à la teinte de M. Gallois, de Temples indiens abandonnés, entourés de rochers, temples qui, pour mon ignorance, n'ont pas de date. Il y a du même auteur une série de petits dessins à la plume destinés à l'illustration d'un ouvrage sur ces pays suggestifs d'Extrême Orient.
Avant d'énumérer les œuvres françaises que nos architectes font revivre, reconstituent ou rendent môme à l'usage, citons, sur des motifs de prove- nance étrangère, un travail considérable, de MM. Sue et Gromort : une étude topographique et architecturale d'un morceau de haute saveur et de grande notoriété : la Place Saint-Marc et tous ses monuments. Notons encore une perspective intérieure à l'encre de Chine, petit dessin exécuté à la vieille mode, d'un Cloître très curieux de M^.T[\\r\n?^( Pouilles), par M. Char- pentier.
Sauf omission, les autres études archéologiques sur l'étranger sont des croquis, des aquarelles, des dessins pittoresques plutôt que des relevés com- plets, des monographies, des monuments enfin, comme est, — pour revenir à la France, — le travail considérable de MM. Viatte et Guédy sur V Abbaye
LES SALONS DE 1899 : L'ARCHITECTURE
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de Jumièges, reconsliluant aune époque précise le reliquat des destructions et des transformations au travers desquelles s'écoula la dramatique existence de cette grande agglomération religieuse. Un autre beau travail du môme genre, moins considérable parce que nous n'en voyons qu'une partie, est
Tombeau u'in Kaufe (Egypte) Par M. GuiuoARD.
celui de M. Ernest sur X Abbaye cistercienne de Longponl; et l'importante étude de M. Monestel sur VÉglise de Sainl-Maximin, en témoignant de la continuité d'un labeur déjà récompensé, met son auteur au bon rang.
M. Pailhès poursuit, en corrigeant, d'année en année, ce qu'avaient d'inexpérience ses premiers rendus, une longue monographie d'un puissant
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édifice, la Cal/it'-drnlr df Rodez, qui lui a valu dos succès antérieurs; il y joint cette fois une curiosité du département de l'Avcyron, la Couverloifade. M. Sainsaulieu nous donne encore le résultat de grandes recherches sur l'abbaye de Fonlenelle (Scinc-lnférieure).
On voit que j'avais quelque raison de vanter les grands travaux de res- tauration accumulés dans ce salon auquel ils contribuent à donner sa caractéristique ; mais en dehors de ces edorts de longue haleine tournés vers la science archéologique pure, auxquels il faut encore ajouter VÉglise Saint- Sauoeur de Dinaii et le CluUeau de Grlnhanscn par M. Chaussepied, la remise en état d'habitations anciennes nous vaut l'intéressant Chàlrau df Co/itanson présenté sous toutes ses faces par M. Guinot, et la consciencieuse restitution du Château d'HerhauU, en Sologne, par M. Lafargue.
Puis, au hasard, voici quelques relevés et études : le Chiiteait de Kerosel, près Vannes, par M. Bourdilliat; une Grande du XIV siècle aux Marjuils- liéijniers {Vendée), par M. Boutin ; la Porlc du Caillcau à Bordeaux, par M. Démenais; une autre Porte forti fiée du ntonmtère de Sa'mt-Jean-aux-Bois, de M. Fliigcl; V Ossuaire, probablement très pittoresque, mais, en dessin, plus curieux que beau, de Rorc'hMorvan, par M. lleuzc ; la Cathédrale de Noyon, de M. Lcwicki; l'étude d'architecture militaire du Fort Cliàtel de Rambures [Somme], avec de délicates aquarelles de M. Périn ; un lavis inutilement énorme du Mausolée de Marguerite d'Autriche à l'église de Brou, de M. Mo- rard ; d'autres tracés dont la dimension arrête aussi, de VEglise de Saint- Suliac, de M. Prioul ; Saint-Gcorges-de-Belloy [Seine-et-Oise), de M. Renard; j'ajouterai un etc. parce qu'il faut savoir se borner.
Mais comment ne pas dii'e une fois de plus en quelle estime doit être tenu cet artiste consciencieux, ce coloriste exquis dont aucune des œuvres précé- dentes, si appréciées, ne dépassait en exactitude, en recherche du détail et du caractère, les peintures relevées à la Cathédrale d' Amiens, exposées sous le nom de M. Yperman ? M. Ronsin, en ses peintures du Mont-Athos et de Mislra, nous servira de transition, pour passer des relevés archifectoniques aux œuvres décoratives ou perspectives, aux dessins à main levée, aux aquarelles.
M. Guimbard, dont les qualités de précision me sont restées dans la mémoire avec d'autres souvenirs amicaux de l'agence des travaux de l'Opéra, expose une belle perspective d'un Tombeau de Kalife [Egypte); un travail du même
LKS SALONS DR 1890 : L'ARCHITECTURE
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ordre, tr^s formel aussi, très rigoureux, la Porte de Sidl-Haloin/, à Tlemce», par M. Rallier, mériterail tous les éloges, si l'uniformité des tons de son rendu ne traliissail un peu en des aspects de toile cirée la vibrante variété des
L'Autel votif dk i.a Panacia
Par M. II. Mayfix.
fa'iences dont un souvenir de plus de quarante ans réjouit encore mes yeux. M. Denby a composé avec la Fontaine Ahmed, à Constantinop/e, un fron- tispice dans lequel les fonds merveilleux de la ville s'inteicaleni entre Tensenible et lesdétails de ce joli édifice.
J'arrive aux aquarelles qui viennent ici sans ordre, au hasard de la plume. Nous en avons d'excellentes, de fortes et consciencii'uses. Certains
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LA REVUE DE L'ART
arcliitecles conservent une maîtrise simple et souple, sans truquage, dans ce procédé oxpédilif, où la notation peut si logiquement fournir cette saveur d'impressionnisme qui est insupportable quand elle devient une manière et prétend substituer ses ébauches aux u'uvres réellement faites.
Les uns, décorateurs de métier, s'exerçant aux effets, nous donnent de grandes études comme la série des intérieurs de la Cathédralr du Maiii de M. Le Feuvre; d'autres des résumés concrets, des impressions d'art, fondues, noyées en des formes volon- tairement confuses, saisies et rendues avec l'aide du pastel, comme les Abbayes normandes de M. Ccsbron, qui poétisent nos formules si précises et nos réalités si exigeantes, ou bien les rêveries grandioses en de petits espaces où se com- plaisent une fois de plus l'ima- gination souple de M. Mayeux et sa palette d'aquarelliste, brillante ou farouche suivant les sujets qui le hantent. Il a réuni celte collection en un volume où manque malheureusement la couleur, mais qui est un régal à feuilleter, même pour les personnes les plus insensibles aux mystères de rarchiteciure. Je me reprocherais de ne point m'inlerromprc un instant pour saluer au passage une inté- ressante étude de son fils pour un Tombeau éphcopal, et je reprends, dans l'art décoratif, les Lambris en faïence, en si vraie faïence de Savone, de M. Chauvet ; les Fresques en sgraffiti de M. Ledoux, pour la maison de l'archi- tecte Boileau, ou de M. Bertrand, pour le palais de Pau ; les nombreuses aqua- relles un peu ternes, sur Versailles et Saint-Cloud, d'un bon exécutant,
L'Église de Triel (Seine-et-Oise) Par M. G. Balleyguier.
LES SALOXS DE 1809 : L'A KC II ITEC.TI' KH
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M. Hista, dont le fils se prépare, en exposant aussi, ù la succession pater- nelle.
Si nous nous reposons de la couleur, il y a vraiment des croquis excel- l(Mils :
De la plume, comme ce bon dessin de M. Béraud, représentant la cour dont la Société centrale des arclii- lectes regrettera, lors de son dém(''na- gemenl prochain, l'aspect si pitto- resque du CltPvi-t de Sniitl-Gm/ioin des Pirs; comme celte u-uvre anglaise présentée sous les noms de MM. Niven et Wigglesworth, qui porte en tous petits caractères la signature mysté- rieuse G/ôAo/i; comme un autre des- sin, délicieusement britannique, de ^1. Hillier', sur une composition pitto- resque de Fauteur; comme les petits dessins un peu secs de M. Warisse.
Du crayon, avec les excellents croquis A" ArcliUccltirc toulousaine de la Rt'naissaticf, de M. Mouré, les en- sembles pittoresques et précis, si nombreux, études de voyage dans un même cadre, de M. Grellet et celles de M. Metcalfe d'un peu partout.
Nous avons des impressionnistes occasionnels : l'habile M. Leieurtre, qui nous donne l'impression fugitive des chantiers des grands palais de l'Exposition; M. Tronchel, inférieur à lui- môme par trop de vivacité sur Venise, ce thème toujours renouvelable, qui veut plus d'aflirmalion, ainsi qu'on en trouve avec de la finesse, sous la signa- ture de M. Duniénil, sous celles de MM. Sirot, Antonesco et Gromort déjà nommé. M. Suréda, avec trente-six couleurs, donne tout de même la sen- sation de la couleur; M. Breffendille aussi, très brillant en son morceau sommaire, et M. Godbarge, lumineux h Alger.
Puis ce sont des œuvres précises, minutieuses, de l'ancienne école, comme
LA RF.VLE hV. 1,'aIIT. — VI. 4
KCLISE DE GUINGAMP iCÙTES-DL-NoiUi) Aquarelle de M. I.efort.
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celles de M. Héilin ou de M. Paisant-Duclos ; des fantaisies pleines de saveur, moitié imaginativcs, moitié réelles de M. Leiiellier, sur le Paris ancicit et moderne; des aquarelles solidement construites, comme ce panorama diiii seul ton, très artistique, de M. Tony Garnier, les méandres de la Seine près de Clutleaii-Gaillanl ; d'autres, 1res habiles, aux auteurs desquelles il faudrait conseiller d'abandonner l'habileté pour la sincérité absolue, comme à ce commençant, M. Lahalle. qui a toutes les roueries du métier; de cons- ciencieuses, d'étudiées, de poussées comme le Monréale de M. Sortais ; les Tanneries de Mantes de M. Pottier ; comme la Galerie des glaces à Versailles, de M. llulot ; comme une Vue de Montmartre, prise d'un échafaudage, de M. Bruel ; des Aspects normands, de M. Borius-René ; comme la porte d'entrée de la Ville d'Uarfleirr, de Sanlerrc ; comme de Vieilles rues à Lisieur, noyées dans un aspect très décoratif, par M. Payrel-Dorlail ; comme les deux Inté- rieurs d'église, de M. Hubaine, et les études savoyardes, lourdes, mais de réel caractère, de M. Montaland.
Et puis, je nommerais encore MM. Bureau, Labouret, Ernest, Michel, Woog, Viennois, Rochefrette, Neukomm, Rey, Gurd, etc., dont les œuvres colorées arrêtent, à des titres divers, en rendant notre exposition moins sévère et moins froide; mais je n'ai déjà que trop allongé celte liste, et je n'ai pas franchi le restaurant frontière des sociétés rivales... Que va-t-il advenir?
Il advient qu'au premier tour fait dans les salles oîi pourrait se montrer l'architecture, j'ai bien trouvé des meubles tendancieux, des lits aux formes et aux couleurs attristantes, des harmonies sourdes, non dépourvues d'un charme douloureux, des colorations de papiers, d'étoffes, de tentures cher- chées et souvent rencontrées dans la mélancolie, quelques nouveautés, toujours plutôt exotiques, des vitrines garnies de bijoux, d'objets de curiosité et de préciosité, de beaux vases, des motifs enfin de cette section spéciale qui a fait son entrée, depuis quelques années, dans les deux Salons, sous le nom d'ob- jets d'art; mais qu'il faut donc, grands dieux, que la société dite nationale ait peu d'adhérents en architecture proprement dite, ou que ceux-ci n'y exposent guère ! En fait d'architectes, je n'y ai trouvé presque personne.
Est-ce désertion du navire en détresse? Le signataire de ce relevé ne nour- rit pas assez de tendresse pour la cruelle société dissidente, qui a fait tant de mal à son aînée, sans l'ombre d'une raison, pour en éprouver de la pitié ou de l'émotion.
I.KS SALONS 1)K 1891) ; L'AHCHITECT LUE
Go qui est certain, c'est que quelques-uns des vrais archi- tectes, de ceux qui comptaient, en sont sortis, les années précé- dentes, en claquant les portes ; je vois que l'un de ceux qui prennent des moyens divers pour intéresser le public et s'im- poser à sa légèreté inattentive — tous les moyens sont bons dans la bataille — , que M. Guimard en est parti à son tour ou tout au moins qu'il ne réserve plus au Champ-de-Mars les recher- ches qu'il croit initiatrices, di- rectrices, inspiratrices et réno- vatrices en notre art auquel il croirait faire prendre son origine au xx" siècle ; que c'est au Figaro maintenant qu'il faut chercher ses œuvres.
On me dit qu'ils sont bien cinq ou six qui persévèrent. Avouons qu'il a fallu une bonne dose de convention, une inexplicable fic- tion administrative pour admettre que ces unités représentent une société, et, sans mettre en ques- tion ici l'honorabilité ni la valeur des personnes , pour en avoir extrait deux juges pour l'Exposi- tion universelle. Qu'on m'entende bien : dans ceux qui restent, £'3ertan<^ parmi lesquels j'ai le regret de compter M . Selnicrshcim qui tien-
Croquis de voyage Par M. K. Bkhtaid.
28 I.A HKVIE \)K 1/AHT
(Irait un rang si distingué chez ses vieux confrères, et M. Benouville, chez les jeunes, on pouvait bien prendre deux juges qui valussent les autres: mais ce qui choque tout bon sens et que je ne puis me tenir de dire, c'est que ces juges puissent être les représentants d'une fausse société archi- tecturale. Toute association représente un nombre. On ne peut faire une ligue à soi tout seul. Il a été monstrueux d'assimiler dans une proportion quel- conque, pour y chercher une représentation, la Société des Artistes fran- (;ais, qui contient l'immense majorité des architectes, pour ne pas dire l'unanimité, et un tout petitgroupe de camarades n'intéressant qu'eux-mêmes et ne s'intéressant qu'à eux-mêmes, qui reste à j)art — on n'a jamais |)u deviner pourquoi.
Tous les règlements de l'Exposition universelle, qui dataient de 1894, ont été remaniés par l'expérience ; il y avait à se débarrasser nettement de ce qui n'avait pas d'autre valeur qu'un infime groupement d'intérêts privés. C'est un goût de l'équité et un esprit de libéralisme incurable, ne pouvant se payer de fictions, qui me force à cette observation indirectement rattachée à mon sujet.
Si l'heureuse chance avait doté notre époque d'un homme de génie, ce ne seraient ni les petites écoles, ni les petites passions qui obscurciraient la vue au point d'empêcher de le voir; il faudrait aller le chercher où qu'il fût, parmi les adversaires, dans son isolement, dans son injustice même ; mais il n'est pas moral de violenter la conscience publique en simulant une représentation des minorités, lorsque cette minorité n'existe pas, que ses doctrines voulant paraître neuves, extraordinaires, exceptionnelles, n'étonnent personne, sont monnaie courante parmi nous et prêtent seulement à des con- troverses entre spécialistes, bonnes pour entretenir l'émulation : de la mode, et rien de plus. Elles ne ressemblent en rien à ces grandes batailles entre romantiques et classiques, rationalistes et idéalistes, anciens et modernes, qui créaient de grands courants et entraînaient des renouvellements dans les formes de notre art.
Et maintenant que j'ai exprimé toute ma pensée à propos de celte sépa- ration regrettable de quelques hommes de talent mal associés, auxquels j'appli- querai le reproche du : Errare Iminanuin est, perseverare diahuUcum, il ne sera pas dit que justice n'aura pas été rendue par ma plume à ces dessins si suggestifs de M. Robida, un architecte in partibna, qui met de l'esprit partout, en préparant l'exécution par M. Benouville du Vieux Paris
LES SALONS DE IS09 ; LA KC H ITECTI KE
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qui duil l'aire courii' toul le monde peiidiint l'Exposition et avait déjà fait courir lo tout Paris à la Bodinière.
Un hôtel parlkalin-, dont on voit monter les étages sur l'avenue du Bois- de-Boulogne, reproduit sur toutes ses laces où tout vient minutieusement s'indiquer suivant l'esthétique de M. Plumet ; une nuiison privée de M. Benou- ville, voici encore de l'architecture.
Mais je me refuserai à comprendre (|u'on puisse entrevoir une forme
Projet de Sanatorium
Far M. Hannotin.
future de l'art dans un monument oii pour honorer un grand peintre on s\ipposera qu'après avoir gardé à la partie supérieure de son être la forme passagère dont la nature l'avait d'ailleurs bien doté, on ait prolonge la partie basse au-dessous de ses genoux, que nous appelons vulgairement des jambes et (|ui sont ordinaiiement revêtues de pantalons, en deux piliers s'enfonçant après un allongement et un épaississement considérable, dans les entrailles du sol. Et dire qu(\ M. Guillemonat pouvait ôlrc simplement un homme de talent et n'avait qu'à le vouloir sans ces hantises inexplicables qui le mènent à ce que le livret nomme des Visions d\trchilecliir(\ où se perd un autre exposant, M. Garas, en quatre grands châssis présentant des Temples pour les l'fligions futures, à l ncliviti- humaine , à l'Industrie, et une façade pour
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LA HE VUE DE I/AUT
un Palais d'Exposition, aulaiil de maquettes de décors de théâtre pour une apothéose, dont le litre suffit à souligner les tendances trop peu en harmonie, comme celles encore de M. Provensal, avec nos réalités inéliicfables !
Tout le reste, que voulez-vous? est décoratif, et bien que confinant à l'architecture, sortirait de mou cadre, même quand il s'agirait du curieux travail de M. Gérard reproduisant pour un ouvrage, avec leur couleur, les étonnants dessins d'étoffes ou de costumes retrouvés dans les Fouilles d'Aiitinoé. L'attrait de cet élément de haute curiosité peut faire violence à la classifica- tion limitant les attributions que j'ai acceptées pour faire cette analyse.
Mais il m'est impossible de compter au nombre des architectes de» personnes fort honorables, que je connais personnellement, et qu'il est injus- tifiable de faire rentrer tant pour leurs habitudes professionnelles que pour leurs œuvres dans une section qui ne prête à aucune équivoque.
Cette société a des figurants ; elle n'a presque plus d'architectes.
Je me demandais tout à l'heure ce qui allait advenir du pas à franchir au delà du restaurant, trait d'union des deux expositions : celte constatation est tout à riionneui- de la Sociclé des arlistrs frança's et aussi du loyal esprit de corps professionnel et amical qui unifies membres de la famille architec- turale française.
J.-l.. PASCAL.
'VIS
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LES ARTS DÉCORATIFS
C/osI une làclio ingrate assiirémont que d'avoir à rondro compte animellement des eiroiis nombreux et souvent lieurvux tentés par ceux de nos artistes qui s'elTorcent de concilier l'art et l'industrie. 11 est plus dif- licile (le trouver quelque chose de nouveau à dii'e sur un pareil sujet que d'ap[)récicr des œuvres de peinture ou de sculpture. Si ces derniers arts peuvent, d'une année à l'autre, se présenter avec des manifestations très dilléreutes, sans que les procédés techniques soient dani la plupart des cas modiliés, il n'en est point de même des arts industriels dont la marche en avant est, dans bien des cas, le fruit de nouvelles découvertes, ou tout au moins de recherches sans nombre destinées à modifier soit les formes, soit le décor. Pour dire vrai, à ce point de vue, je ne vois pas cette année d'innovation proprement dite à signaler. Si l'exposition prise dans son ensemble nous montre des travaux très honorables, je ne crois pas me tromper en disant qu'elle ne marque point un progrès franchement accentué sur celle de 1 an dernier. Les artistes que nous connaissions se sont maintenus au rang que leurs œuvres leur avaient déjà assigné, sans qu'on puisse découvrir ni une œuvre vraiment capitale ni une innovation destinée à faire époque dans l'histoire de notre style moderne. Il semblerait même, mais ce n'est là qu'une
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LA REVUR HK L'AfiT
simple impression, que l'exposition est moins toulTiie que les années précé- dentes et que certains artistes se réservent et ne veulent donner qu'en 1900 leur véritable mesure. En résumé, bonne exposition, mais aucun morceau qui fasse crier au miracle ou qui nous permette d'entrevoir ce que sera dédni- tivcment le style du xx*" siècle. Cette constatation était nécessaire pour justifier la brièveté de ce compte rendu. Ce n'esl qu'en 1900 qu'on pourra dégager
(le l'examen des objets d'arl créés dans ces six dernières années la philosophie du style contemporain. l']sp('>rons que les objets qui seront mis en lumière dans cette grande maiiifeslalion seront assez nom- breux et assez caraclérisliques pnur (|ue de leur simple rapproeheinciil momentané jaillisse la lumière.
Si dans certaines branches des aris mineurs, quelques personna- lilés ont véritablement découvert ou loul au moins développé des formules 1res caractéristiques e[ lout à fait dignes de iicrsisler, si un style s'est afiirmé, il i'aul bien avouer qu'en ce qui concerne les aris de l'ameublemeni, on n'en est encore qu'à la période des recher- ches. Quel que soit l'intérêt de cerlaines tentatives, rien jusqu'ici n'a é|é pi'oduit qu'on puisse considérer comme le style de l'avenir. Perpélueilemenl inquiétés par des intluences diverses, nos artistes hésitent à se prononcer entre un style anglais qui leur paraît trop sec et un style belge qui ne cor- respond que très vaguement à leurs aspirations ou aux aspirations de notre l'ace. Il en résulte des conceptions qui montrent trop que, sur ce point, ou fait fausse roule. C'est cependant en ce sens qu'il serait urgent qu'on trou- vât une formule définitive ; le mobilier, en somme, forme la partie fonda- mentale des arts mineurs et le reste peut venir par surcroit. Je ne parle point ici, bien entendu, des fantaisistes tel que M. Carabin qui décidément
MuUKLE IJE PEIGNE, C(in)|i05ilioil (lo M. Kbièukr.
LES SALONS DE 1899 : LES AUTS UECOUATIFS
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a la passion dos meubles accompagnés de grosses figures qui ne sont pas meublantes du lout, ou de ceux que poursuit un romantisme aussi grossier qu'inconscient. Ceux-là n'offrent vraiment aucun intérêt à l'observateur : c'est la tératologie de l'art. D'autres, au contraire, tels que M. Majorello, M. Plumet, M. Selmersheim, M. Bcllery-Desfontaines, M. Sauvage, M. Bel- ville, M. ïassu, témoignent tous de recherches consciencieuses, mais aussi d'un perpétuel penchant à la complication. Plusieurs d'entre eux, cette année.
\ am:S, par M. DF.i.Miin'iiE,
se sont évertués à nous donner un mobilier de chambre à coucher : bonne pensée assurément. Mais le résultat correspond-il à l'effort ? Anciens et modernes, et on a compté parmi eux quelques bons esprits, s'accordaient jusqu'ici à penser qu'un lit était fait pour dormir, lout au moins pour se reposer, et cet usage généralement adopté indiquait aux artistes un plan assez simple. On a changé tout cela. Le lit a été muni à son chevet d'une série d'armoires, d'étagères, de compartiments, de tablettes ; on peut hésiter sur la question de savoir si on est en face d'une bibliothèque ou d'un garde-manger. Ou bien ces lits sont-ils des grabats d'infirmes qui veulent trouver sous la main leur potion et leur crachoir? Cette conception du lit nouveau style pourrait donner lieu à des développements plutôt drôles, si par- fois on n'y retrouvait des peintures qui sont loin d'être gaies : tel le lit de M. Bellery-Desfontaines avec ses chouettes et sa figure du Silence. Il n'y manque plus que des têtes de mort et des fémurs entre-croisés. Mon Dieu !
LA REVUE DE l'aHT. — VI. 5
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LA liKVUK DR L'A HT
Modèle de dhociie
Composilinn de M. KRiÉ(iCR.
soyons donc un peu plus g.iis. l"]l |)uis, vous savez, Messieurs les csthMes, vous perdez votre leuips : le lil n'éveille pas toujours des idées macabres!...
J'ai déjà eu plus d'une fois l'occasion de repro- cher à nos meubles de style moderne leur ap]>ii- rence peu solide, leur légèreté exagérée, bonne; pour un bibelot d'étagère, fâcheuse pour des ob- jets sur lesquels on doit s'asseoir, s'appuyer, etc. Au risque de paraître me répéter, je renouvelle ce reprocln;, comme je maintiens toutes mes réserves au sujet des supports qui s'aj)puicnt en dehors de l'aplomb des plateaux qu'ils supportent. C'est déjà très mal commode pour les chaises et pour les tables qu'on est exposé à accrocher sans cesse, c'est inadmissible pour les lits : celui que nous montre M. Selmersheim est destiné à accrocher les orteils de tous ceux qui seront assez imprudents pour s'en approcher. Et puis, quelle est lutililé d'un pareil empâtement ? Mais ce sont là les moindres défauts dune série de meubles dans les- quels on voit trop souvent apparaîtie des formes qui vou- draient être ani- mées, mais qui font ressembler les dif- férentes parties de l'œuvre à des osse- ments, terminés par des apo[)hyses dé- mesurées, dans les- quels on rencontre trop souvent aussi des courbes paraboliques, des coups de fouet dont on abuse vraiment trop, par horreur de la ligne hori/onlale ou de la verticale. Décidément la simplicité est, paraît-il, une vertu bien rare. Est-il donc nécessaire, pour
TeIUIE CUllli, [mv M"' Maiiu Cazin.
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MouKi-F. HE ni'.ociiK Composition de M. Khié.ihr.
que le plaleau d'iino (abic se présente truiie façon agréable, que ce plateau ait huit pans ?
A signaler aussi l'usage immodéré de la mar- queterie, fleurs, paysages ou personnages, d'un dessin souvent bien eonleslable. Sous ce fouillis décoratif on espère déguiser la pauvreté des lignes de la construction ; mais tin beau meuble, un meuble rationnel ne consiste pis en mosaïque de bois de couleur ou de nacre ; ilessi- nons-le d'abord et si nous trouvons une bonne forme, je suis sûr que nous ne serons tentés de la gâter
ni par des mar- queteries qui en rompraient l'harmonie, ni par des incrustations de matière qui consti- tuent un assez pitoyable emprunt à l'art japo- nais.
Si encore toutes ces colorations étaient bien franches ! A priori pourquoi repousse- rait-on l'emploi de la polychromie dans le mobilier sous certaines espèces, alors qu'on l'admet sous certaines autres? Mais il y a
polychromie et polychromie, et la lin du
xix" siècle, en admettant partout l'emploi de
la couleur, ne semble l'avoir admise que
fade et anémiée : les tons passés seuls ti'ou-
vent grâce et cependant ces tons sont aussi
difficiles à employer d'une façon harmo- nieuse— on s'en aperçoit dans tout ce qui '^'""'l'-nf: imuim-, ro.npositiondo m.k»,é„bi,.
touche au costume — que les teintes, jilus violentes mais plus gaies aussi,
qu'affectionna ienl lujs pères.
3.5
LA REVUE DE L'ART
De celle préoccupalion de ne poinl choquer l'œil est née une céramique, très douce de tons sans doute, grès ou poterie quelconque, qui peut avoir de grandes qualités, mais qui demeure toujours un peu triste. Je n'ai rien à dire de nouveau ni de M.Delaherche, ni de M. Bigot, ni de M. Michel Cazin, ni encore
de M. Lachcnal ni de tous ceux qu'on I^^S^ rencontre d'ordinaire dans les exposi- tions de céramique ; tous à des degrés et dans des genres différents ont fait h'iirs preuves, et les nns et les autres exposent cette année de belles choses qu'on aura graud plaisir à voir, à examiner, à toucher. Mais il n'y a rien là que nous n'ayons déjà vu ou en- trevu. A signaler toutefois les grès de M'"" Marie Cazin, une frise décorative de M. Lefèvre, représentant des naïa- des, d'un joli effet, et surtout la belle vitrine de M. Moreau-Néhiton. Ses po- teries à fond jaune rougeâtre très chaud, quelques-unes décorées au moyen d'engobes de dilTérents tons, blanc jaunâtre, jaune ou vert, mar- quent un retour heureux à des pro- cédés bien antiques et dont on n'a point encore tiré tout ce qu'ils pour- raient donner. Dans la poterie aussi nous retrouvons l'emploi d'incrusta- tion de nacre ; c'est M. Lerche, qui d'ailleurs fait des choses fort agréa- bles, qui s'est livré à ce petit exercice qui ne paraît pas destiné à trouver de nombreux imitateurs.
M.Kœpping etsesverres charmants mais parlrop fiagiles, M.Tiffany et ses irisations merveilleuses, M. Ringel dlllzach et ses médaillons en verre moulé ou en émaux agglomérés — c'est le terme qu'emploie l'artiste — sont des con- naissances déjà vieilles. Si on excepte l'application de l'arl de lémailleur aux
Peigne, par M. Ijcorgcs Foiquet.
LES SALONS DE 1899 : LES ARTS DKCOHATIFS
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POTKRIKS LiÉCOllKES, par iM. Mobeal -Nélaton.
bijoux, qui de jour eu jour devient de plus en plus générale, les arls du feu proprement dits, pratiqués par des artistes dont les noms sont sur toutes les lèvres présentent cette année cette moyenne honnête qui affirme une fois de plus les conquêtes faites, mais n'in- dique point do nouvelles lenlalivos. Assistons-nous à une de ces accalmies qui précèdent les grandes batailles et aurons-nous Tan prochain des œuvres tout à fait nouvelles? peut-être. En tout cas M. Hirl/,qui expose cette année six portraits de femme, au ton vert, tanné, violet, opale, rouge ou bleu, a très sensiblement modifié la technique d'un art qui réserve à qui ose s'en servir pres- que autant de joies que de déceptions. 11 fallait s'y attendre, et je ne m'en plains pas, l'art délicat de M. Lalique devait avoir de nombreux imitateurs. On en voit partout cette année, mais il en est de valeurs différentes et comme conception et comme exécution. Nul mieux que lui ne sait marier les ors de différents tons délicatement repercés
Petit miiioir psyché cl'IR marteuî kt siodelk far M"" Anna Tnium.
38 LA REVUE DE L'AUT
OU ciselés suivant dos formes végétales ou ces méandres bizarres dont il a le secret, avec les perles, les émaux ou l'ivoire. Sa vitrine, celle année, moins remplie peut-être que l'an dernier, compte de véritables merveilles, nolam-
COLI'E KN Oli DE DIVERS TONS i'ar M. (in\Nttri()uuE, composition de M. Brateau.
ment des colliers en forme de carcan, ou des peignes, sur lesquels se marient les tonalités les plus douces, exécutées en émail ou en pierreries. Mais à quoi bon insister sur les mérites d'un art qui est en train de révolutionner la bijouterie par un emploi plus discret de la pierre et la réhabilitation de gemmes dont on ne faisait plus que rarement usage?
J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pense d'un autre artiste qui dans un genre voisin de celui que M. Laliqiic a mis à la mode, a également
LES SALONS DE 1899 : LES ARTS DÉCOHATI F S
39
son origiiiiiliU'. Lui aussi aura puissamment contribué à la transformation qui achève de s'opérer ; malheureusement il ne peut nous montrer jamais que de trop peu nombreux échantillons de son talent. M. Nocq réhabilite aussi des pierres méconnues, et son agrafe en argent enchâssant une corna-
L\TKIilEUII DE LA Cdl l'K K\ n|; li|; DIVERS TONS l'ar MM. GnvMiioMMK cl FIrateau.
line est une sorte de protestation contre l'oubli d'une gemme, aux tons tour à tour rouges et profonds, laiteux et transparents, tout à fait apte à se marier à l'argent ou à l'or ou aux émaux. Mais jusqu'ici M. Nocq n'a pu s'essayer, sauf exception, qu'en des morceaux qui ne peuvent pas mettre complètement en évidence son talent de composition et la franchise de son exécution. Un homme ou une femme de goût devraient bien un beau jour lui permettre, par une commande intelligente, de sortir hors de pair.
45 LA HEVI:E DE LAKT
Signalons encore, comme application de lémail anx bijoux, les pièces créées par M. Georges Fouquet, par M. Haiidoin, par M. Colonna, par M. Ar- cliambaut. Signalons aussi nne vraie merveille, le gobelet en or, fruit de la collaboration de MM. Bralcau et Garnier : le premier a trouvé la forme admirablement sobre et noble et a ciselé la frise délicate que l'autre a
égayée de ses émaux. De tels bibelols ne prouvent-ils pas qu'après de longs et pénibles efforts nous toucbons enfin an moment où nous pourrons dire que les arls mineurs sont sortis chez nous de leur long sommeil ?
Le vitrine de M. Brateau est presque déserte cette année : l'étain appliqué à la fabrication de la vaisselle est mai- grement représenté : en revanche nous voyons le même métal employé par M. RoU pour une grande composition décorative' qui par ses allures monu- mentales rappelle un peu ces belles sculptures qui embellissaient les vais- seaux du xvn" et du xvui"" siècle. Peu de choses aussi à signaler en fait d'orfè- ^ vrerie proprement dite : mentionnons ^ toutefois les modèles exposés par M. Cou- pri et l'écuelle à bouillon de M. Peu- AniuoiRE CUIR HEPoussK COLORÉ Tcux, décoréc de grappes de raisins qu'il
i-ar M- cu.,.,.Ev-B.», ^^^j^ j^j^^^^ inutilc de colorer en rouge.
Si je signale quelques très curieuses feuilles d'aquarelles, modèles de bijoux exposés par M. Kriéger, et qui témoignent d'une imagination des plus fécondes, j'aurai tout dit, je crois, bien que trop rapidement, de cette mani- festation artistique dans laquelle on sent évidemment que beaucoup d'artistes se réservent pour l'an prochain.
Je ne voudrais pas toutefois, avant de quitter le Champ-de-Mars, faire tort
Il s'agit du cadre de son tableau, voir la reproduction dans le n° 27 de la Revue, t. Y, p. 490.
LES SALONS DE 1809 : LES ARTS DECORATIFS
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au lecteur des dentelles polyclironics on soie, de iM. Félix Aubert. Sans partager l'enthousiasme de quelques-uns pour cotte tentative délicate do rénovation, il n'est que juste d'en louer sans réserve le dessin et la coloration. Reste à savoir
BboCHE, agrafe et bagues, par M. Henry Noca.
si, en tant qu'accessoire du costume, la dentelle blanche ou la dentelle noire ne sont pas préférables ; je laisse aux dames le soin de décider cette grave question ; mais je ne leur cacherai pas que, nous autres aussi, nous pouvons avoir une opinion motivée.
I
LA (lEVlE DE l'art. — VI.
43
LA REVUE DE L'ART
LA GRAVURE EN MÉDAILLES
II n'ost si bonne chose dont l'abus ne préscnle des défauts ; j'imagine qu'un esprit morose, en parcourant la partie très considérable occupée par la gravure en médailles dans le Salon de la Société des artistes français, pourrait se prendre à regretter que la renaissance de cet art charmant ait fait éclore tant de mauvaises choses. Quand on a 1 es- prit mieux tourné, on regarde et on passe, mais on peut vraiment regretter qu'un choix plus sévère n'interdise pas l'entrée du Champ-de-Mars à beau- coup d'oeuvres dont on chercherait vainement à découvrir l'intérêt artistique. C'était fatal ; du jour où sous rinQuencc bienfaisante de quelques grands artistes, on a vu l'art de la médaille revenir aux vieilles traditions qui l'ont revivifié, beaucoup de gens sans talent se sont dit que cela n'était pas bien difficile, et tout pétrisseur de terre s'est mis à faire, qui un portrait, qui une allégorie, pla- quette ou modèle d'orfèvrerie. A ce mouvement, on a gagné la révélation de quelques véritables artistes ; on a gagne aussi les autres et ils sont trop nombreux véritablement. In peu plus de sévérité, s'il vous plail.
On n'a point du reste, celte année, à signaler d'œuvre destinée à faire époque. Dans la série des portraits, aussi bien que dans la série des plaquettes allégoriques ou déco- ratives, nous retrouvons des noms bien connus sous des œuvres dont les unes sont nouvelles, dont d'autres ont déjà été vues. Il y a là encore quelque chose à éviter : il ne fan drait pas nous remontrer dix fois les mômes choses, sous le fallacieux prétexte de corser une exposition et tenter d'en- lever par le nombre une récompense que la qualité n'a Jiu décrocher.
Modèle de teicnb Composition de M. KniéctB.
MÉDAILLE Par M. Michel Cazim
MÉDAILLi:. par M. Michel Cizi».
LES S.VLO.NS DE 1899 : LA (iUAVUKE EN MÉDAILLES 43
Enumérons rapidement quelques-unes des œuvres qui nous ont surtout frappé. M. Mouchon expose une ciiarmante médaille de S. M. la reine Wilhel- mine de Hollande ; c'est souple et gracieux, et je la préfère infiniment aux allégories du même artiste. Et il y en a beaucoup cette année, telles par exemple la Primavcra et la Psyché de M. Pillet dont les allures un peu prudhomesques ne sont pas faites pour dé- plaire, ou la Muûque de M. Lindauer, un peu faible de dessin, mais jolie quand même, ou la Ville de Paris couchée au revers de la mé- daille commémorative de la mairie du XI" ar- rondissement, de M. Alphée Dubois, dont le dessin laisse un peu à désirer. H est vrai que les mômes artistes prennent leur revanche avec les portraits, tel M. Lindauer avec son portrait àe Pierre qui est une plaquette tout à fait délicate. Dans un genre un peu plus sévère, signalons le portrait de M. (1. Joliet par M. Paul Gasq,
très bonne plaquette d'un artiste dont le ta- lent se soutient sans défaillance. MM. Bottée, Delpech et Deschamps ont exposé aussi un certain nombre d'œuvres qui continuent digne- ment des traditions ou font heureusement augurer de l'avenir; je signalerai particuliè- rement de M. Deschamps la médaille de M. et (le M'"" Audémard, œuvre pleine de style et d'un caractère sévère. J'ai eu plu- sieurs fois ici déjà l'occasion de signaler les plaquettes et les médailles de M. Legastelois; il a envoyé une série d'œuvres dont quelques- unes sont déjà connues, et qui par leur MiiiMii.i.K, par M. Miciici Cazin. nouibrc ct la souplesse de leur exécution
indiquent un artiste d'inspiration très variée, un grand travailleur, un cher- cheur qui certainement se fera une place très honorable parmi les bons médailleurs de ce temps. Je n'aurai garde d'oublier le nom de M. Nocq, déjà nommé pour ses bijoux et qui expose une charmante médaille.
44 LA REVUK DK L'ART
Bien que dans les salons, les graveurs en pierre dure soient généralement oubliés — ils partagent souvent avec les architectes cette indilTérence géné- rale,— je tiens à ne pas prendre congé du lecteur sans avoir mentionné un camée en sardonyx (Portrait de M. C. Thorin) par M. Tonnellier, les camées et les intailles de M. Lechevrei, petites merveilles de finesse et de goût; le camée exposé par M. Gaulard dont le dessin gagnerait à être un peu plus raffiné peut-ôtre, mais qui continue cependant avec beaucoup de talent des traditions dont les adeptes se font de plus en plus rares. Et ici j'ouvre une parenthèse : les graveurs en pierre dure nous montrent éternellement des camées et des intailles ; pourquoi ne s'attaqueraient-ils pas à autre chose qu'à ces petits médaillons? 11 me semble que dans notre renaissance de l'art déco- ratif ils pourraient trouver à employer très utilement leur talent : Je ne leur conseillerai pas de graver des vases qui leur demanderaient dix ans de leur vie pour èlre menés à bien. Mais certaines parties de vases ou d'objets en pierres dures pourraient fournir un champ plus vaste à leur talent, les mettre plus en évidence et peut-être renouveler dans une certaine mesure un art qui, de l'avis de tous, ne vit plus, mais végète. La question vaut la peine qu'on s'en occupe, pour l'art d'abord, pour les artistes ensuite, et je m'étonne vraiment que jus- qu'ici la gravure en pierre dure semble presque totalement oubliée dans le mouvement très sensible de marche en avant qui anime les arts mineurs. C'est un desideratum à réparer; et sans ôtre prophète, on peut prédire un gros succès à celui qui trouvera une nouvelle application de la glyptique.
K.MILE .MOLIMER.
Dezarrois, aculp
FRANCISCO GOYA f PAR LUI MÊME) Collection de M, Léon Bonnat
Rt-.vue de l'Art ancien et moderne
Inip.Porcabeuf, Pans
GOYA
m
VIE DE GOYA. SON A(JE MLR, SA VIEILLESSE
N 1775, Goya quitla l'Italie et revint s'installer à Madrid, oi'i lavait précédé sa réputation nais- sante, il avait vingt-neuf ans, c'était le moment de faire une fin : il épousa dans le courant de l'année Josefa Baycu, sœur de son camarade Francisco Bayeu.
Peu de temps après, il était cliargé par Raphaël Mengs de dessiner les cartons des tapis- series destinées aux appartements du prince des Asturies, au palais du Pardo, qui eurent un grand succès.
Le mariage n'assagit guère Goya, qui continua comme devant à mener une vie assez déréglée. Sa pauvre femme, délaissée par im époux qu'elle ne cessa
' Troisième article. — Voir la Revue des 10 février et 10 juin 1899, t. V, p. 133 et 491.
46
LA REVUE DE I/AHi
d'aimer, malgré ses nombreuses et bruyantos inlidélités, mourut jeune encore, après lui avoir donné un fils, Francisco Pedro.
En 1781, Goya peignit un Saint Bernard de Sienne pour l'église San Francisco el Grande, de Madrid. De celte époque date la grande vogue du peintre et de ses œuvres. Aussi devinl-il vite le portraitiste el le commensal
de riiifant Don Luis, frère du roiCharlesIlI, qui s'éprit pour lui d'une aiïeclion toute particulière. Les hon- neurs et les profits lui ar- rivèi'cnl alors de concert. Le 7 mai 1788, l'Académie de San Fernando le nomma membre de mérite ; Char- les IV, qui venait, depuis le 19 mars, de succéder à son père Charles III, en fit un peintre de la Chambre l'année suivante, le 23 avril 1789, à la mort de Cornelio Van der Goten, avec un trai- tement de 15.000 réaux; dix ans plus tard, le 31 oc- tobre 1799, il sera élevé au rang de premier peintre de la Chambre, avec une aug- mentation de traitement de plus du double, c'est-à-dire 50.000 réaux, en récompense de sa décoration de San Antonio de la Florida. Entre temps, en 1793, l'Académie de San Fernando l'avait appelé au poste de lieutenant directeur à la place d'Andréas Calleja qui venait de mourir. Voilà donc Goya arrivé encore jeune aux plus hautes situations (|u'il pût souhaiter; rien n'était plus juste : en dehors de lui, d'ailleurs, l'Espagne était tombée bien bas au point de vue artistique.
Le règne de Charles IV fut le moment le plus brillant de la vie du peintre aragonais. Les grands se disputaient non seulement ses ouvrages, mais aussi
l'OlHRAIT DE (JOYA PAR I,U1-.MKME Frontispice des Caprices.
GOYA
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sa personne. C'était à qui raiirait clicz lui, le garderait le plus longtemps. Aussi courait-il de f("^le eu fôte, de château en château.
La nature reprend toujours le dessus. Avec son tempérament emporté, son caractère tout d'une pièce, Goya, las de la conlr.iinte que lui inspi- rait la haute société, avait soit de se retrouver près du populaire. 11 ne l'aut
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AVEUCI.K ENI.KVK SUR I.ES COHNKS D'lN TACIIEAU Gravure diMacli6c de G;»va.
donc pas s'étonner outre mesure, si au milieu des fêtes des grands et des divertissements de la cour il est pris de la nostalgie de la canaille et du ruisseau. Il était du reste, il faut le reconnaître, totalement dénué de préjugés. Après avoir passé une partie de la journée au palais royal, au milieu des femmes les plus élégantes, des hommes les plus raffinés, il lui arrivait souvent d'aller vagabonder la nuit diuis les tavernes et les bodegas les moins recom- mandables des faubourgs de Madrid, jouer aux dés ou aux caries avec les agua- dores et les niozos de cordel, discuter un coup d'épée ou de lance avec les
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LA REVUE DE L'A HT
espadas et les picadores. Mais, est-ce à nous de nous en plaindre ? Nous aurions trop mauvaise grâce vraiment. Sans ces frt^uentations plus que louches, sans ces excursions à travers tous les mondes, ce passage dans tous les milieux, Goya 'no nous eût jamais laissé ces pages si vibrantes, qui ont, pour ainsi
dire, fixr dans une roprésonlalion extraordinaire cette lin duxvni''siè- cle de Tra los monlca, qui ne le cède que de bien peu au nôtre, par son intérêt et par son carac- tère.
Avec ces mœurs, ces habi- tudes, Goya ne pouvait être autre chose qu'un amateur passionné des spectacles do la rue et de l'arène, do l'arène tout particulièrement. Il ne faut pas oublier pour sa défense, si toutefois il a besoin de défense, qu'à la fin du xviii" siècle, les gens de cour eux-mêmes ne dédaignè- rent pas de descendre encore quel- quefois dans le cirque. Pour lui, il no s'en fit pas faute et, fort liabilo à celle dangereuse escrime, il arracha plus d'une fois la??2o;!fl ou la devisa au taureau, avec la hardiesse et l'habileté d'un espada de profession, pour l'offrir à une de ces gracieuses spectatrices qui l'applau- dissaient de leurs mignonnes mains sur le devant de leur loge.
Au moment le plus brillant de l'existence de Goya survint le coup de ton- nerre qui renversa le trône de Charles IV. Les beaux jours du peintre sont finis. Dorénavant, les orages sans trêve ni merci vont sillonner son ciel jusqu'alors sans nuages ; les tempêtes, rendre presque impraticables les chemins qu'il lui faudra néanmoins parcourir, ne lui laissant plus, jusqu'au jour de sa mort qui aura lieu en terre étrangère, que quelques rares journées d'accalmie relative.
Don Hamon Satlk Par GovA.
r.OYA
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La guerre de l'Indépendance, qui mit fin, pour un temps du moins, au règne des Bourbons, en Espagne, ph.çi Goya dans une posture des plus équivoques. Quel coup pour le favori de la cour de l'indolent Charles IV, de voir le roi et la reine pri- sonniers à Fontainebleau ; Godoy privé de ses titres et de ses grades ; ses amis et protecteurs disparus ou dis- persés par suite des troubles et des événements ! Com- ment se décida-t-il à recon- naître Joseph Bonaparte j)Ourroi"? il est bien dif'licile de l'expliquer. Toujours est- il qu'il le lit et que, sans tarder, il fut nommé peintre ordinaire du roi intniso et fait chevalier de la Légion d'honneur. Nous n'avons pas à juger l'homme ici. il convient seulement de dire pour sa défense qu'en cette circonstance il fut loin d'être une exception. L'exemple lui vint de haut, de très haut. Le prince des Asturies, plus tard Ferdi- nand Vil, ne se soumit-il pas le premier ? Jovellanos, Mazarredo, Urquizo, les ducs de Fernan Nufiez et del l'arqiu>, le comte de Santa Colonna, le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Tolède, pour ne citer que les premiers parmi les premiers, n'agirent point d'autre façon. Les confrères de Goya, les peintres de la cour, Mariano Maella, Francisco Bamos, Pablo Becio tirent de même. Ajoutons, ne faut-il pas tout dire? que le malheureux Goya alla jusqu'à
LA BEVUE DK l'aRT. — Vt. 7
Que c E-sr ciialu ! Gravure des Cnprices de Gov.v.
■60 LA REVUE DE L'ART
accepter de faire partie, avec Napoli et Maolla, de la commission chargée de choisir, parmi k's tableaux de la galerie royale, cinquante des plus belles toiles destinées à être envoyées en France pour enrichir le musée du Louvre '.
L'^ peintre regretta vite, ajoutons-le sans tarder, celte adhésion par trop complète au nouvel ^élat de choses, et de dégoût, alla s'enfermer dans la maison de campagne^ qu'il possédait aux portes de Madrid, pour n'en sortir que le moins possible. 11 n'en sortait encore que trop ; car, dans ses courses obligées à travers Madrid, il rencontrait l'uniforme français et celte vue le mettait dans un étrange élat d'exaspération. Obligé de ronger son frein en silence, d'entendre, sans murmurer, les éperons des houzards de Mural résonner sur les pavés dans les rues de Madrid, il se vengea en burinant les liésastres de la guerre, et en brossant avec une vigueur diabolique des tueries de soldats français.
Devenu complèlement sourd', triste, morose, fatigué de tout, des autres comme de lui-même, Goya resta, jusqu'à la lin de l'occupation, enfermé dans sa quinla, entrc-bâillant seulement sa porte à quelques anciens cama- rades faits à ses manies et à son humeur atrabilaire : Cean Bermudez, le critique d'arl ; Carnicero, l'illuslralcur de Don Quijole qu'il n'avait cepen- dant pas épargné dans ses planches des Caprices ; Castillo le peintre, et Selma le graveur, qu'il avait connus à Rome pensionnaires de l'Académie madrilène.
Joseph Bonaparte, ri reij intruao, fut obligé de quitter l'Espagne en d813, après cinq années de règne, si l'on peut appeler régner, vivre comme il le lit à Madrid dans des transes continuelles, à l'abri des baïonnettes françaises. Quoique Goya n'eût point, surtout dans les derniers temps de l'occupation, épargné les expressions de haine et de mépris pour désigner celui dont il avait été levpeintre attitré, ce qui manquait peut-être un peu de générosité; quoiqu'il eût été un des plus chaleureux et des plus exaltés à acclamer le
' Noticia inslriiclifa cscrila y prcsenlada a S. M. el rcy don Ferdinando Vil en 10 de Marzo de 1814. par Don Pedro Vasqncz Bullesleros.
' Pour se rendre à la maison de campagne de Goya, il faut sortir do Madrid par le vieux pont de Ségovie, hiili en pierres de taille par Juan de Herrera sous Philippe II, puis prendre un petit ctiemin rpii y conduit en cinq mioutes. C'est une bâtisse du siècle dernier, sans caractère aucun, édifiée sur une cminence d'où l'on domine la ville entière et ses principaux monuments, avec, au premier plan, le lit souvent à sec du Manzanares.
' (ioya avait ressenti les premiers symptômes de la surdité dès sa jeunesse. A treize ans il était déjà tant soit peu sourd, à cinquante, il l'était lout à fait. .Malgré les dillicultés que lui causait cette triste infirmité, il voulut, vers l'àgc de quarante ans, apprendre la langue française qu'il parvint néanmoins à posséder d'une façon surprenante. Il l'écrivait iiarliculièrenient bien.
GOYA
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retour dans ses Étals de Ferdinand le Désiré, lorsque la bataille de Toulouse lui eut rendu le trône de ses pères, il ne restait pas néanmoins sans quehjues appréhensions, assez fondées d'ailleurs, il se rendait fort bien compte que ses liaisons et ses relations pendant les années terribles devaient l'avoir fortement compromis auprès de l'en- tourage du souverain. Si, d'un côté, il avait terrible- ment trempé dans les idées libérales, dans les utopies des Jose/inos; d'un autre, il est vrai, il avait plus ter- riblement encore fustigé et fouaillé les envahisseurs de sa patrie. Le roi lui en tint compte, et, au lieu de le déporter ou de le tenir à l'écart, comme l'artiste fron- deur avait bien quelque rai- son de le craindre, il se contenta, pour toute puni- tion, de lui dire en souriant que sa conduite aurait mé- rité l'exil, plus que l'exil même, le garrot et ce fut tout.
Neuf années s'étaient écoulées depuis la restauration bourboniene; Goya, réintégré par l'in- dulgence de Ferdinand Vil dans son titre de peintre de la Chambre, eût pu croire que l'occupation française n'avait été qu'un mauvais rêve. Néan- moins, il ne se sentait pas à son aise à Madrid où il avait assisté à tant de palinodies et d'apostasies de toutes sortes. Les nouvelles idées à la mode — plus rétrogrades que jamais — n'étaient pas les siennes. La plupart de ses amis, de ceux avec lesquels il eût aimé à se retrouver, étaient morts, déportés ou exilés. Bref, n'en pouvant plus, après avoir longtemps patienté et rongé son frein en silence, il demanda au roi un congé qui lui fut accordé
PoitTHAIT Par Goya (Collection de M. Henri Rouart).
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LA HIÎVLE UE L'ART
sans difficullô, pour aller en France prendre les eaux de Plombières. C'était en 1822 et il était âgé de plus de soixante-seize ans. Pour aller à Plombières, il fallait passer par Paris, que le vieil athlète ne connaissait pas. Il n'alla pas plus loin et prolita de son séjour dans la capitale de la France pour étudier la peinture française et juger son école, dont il avait tant entendu parler et dont
KaDRICATION de l'OLDIiE DANS l'N UOIS Pcinlurc de Goya, Caslta df abajo (Kscuriat),
il n'avait vu que d'assez rares échantillons. L'astre de David pâlissait et ceux qui cherchaient à renverser ce colosse aux pieds d'argile n'étaient point faits pour laisser Goya indilTérent. Les toiles de Gros, de Prud'hon, de Géricault et du jeune Delacroix firent sur lui une profonde impression. Il n'entra cepen- dant pas en relation avec ces peintres, l'examen de leurs ouvrages lui suffit. Il se contenta d'aller rendre visite à Horace Vernet, dont le genre de talent n'était pas fait cependant pour l'enthousiasmer, mais dont il avait connu à Rome le grand-père, Joseph Vernet.
Après un séjour de quelques mois à Paris, Goya vint s'installer à Bordeaux d'où il écrivit à Madrid afin de solliciter une prolongation de congé pour aller aux eaux de Barèges : elle lui fut accordée sans difficulté. Il n'alla d'ailleurs pas plus à Barèges qu'il n'avait été à Plombières ; mais resta à Bordeaux où
r.OYA
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il rotrouva une ancienne amie, M'"" Weiss, dont la fille, Rosirio Weiîs, fut plus tard professeur do dessin de la reine Isabelle. Dans la capitale de la Guyenne, le vieil artiste retrouva nombre de connaissances de Madrid ; le poète Moratin ; Pio de Mo- lins, Juan Muguiro ; Pel- lequejIegraveurdcsonvSrti/î/ François de liorja ; Josepli Carnerero; José Miguel Aléa, l'élégant traducteur de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre ; tous plus oxi moins exilés. 11 s'y lia de plus avec un jeune peintre de marines, dcBrugada. Ces enfants d'une même patrie ne se quittaient guère. Ils avaient l'habitude de se réu- nir quolidienncment chez un certain Braullio Poe, rue de la l'etite-Taiipe, pour parler de leur pays, auquel ils ne cessaient de penser.
Lorsque la date de son congé, qui était de cinq an- nées, fut prèsd'expirer,c'est- à-dire en 1827, Goya reprit le chemin de l'Espagne. A peine arrivé à Madrid, il alla se présenter devant le roi. Le s)uverain le reçut fort gracieusement et lui accorda le nouveau congé qu'il sollicitait; mais à une condition, con- dition llatteuse s'il en fut, celle de laisser faire son portrait par Vicente Lopez ', le peintre qui lui avait succédé à la cour. Ce portrait, point en
' Ce Lopez uétiiit pas le premier venu. Né à Valence en 1772, il mourut à Madrid en 1850, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Fils et neveu de peintres, il est tout naturel qu'il ait embrassé la profession de tous les siens, sorte d'liérilaf.'e familial. Il décora de nombreux monuments et sa réputation comme peintre do fresque fut grande ; ses portraits sont encore néanmoins le meilleur
l'oirniAiT Par Goya (riollcction de Don Aurcliano do Beructc).
Si
LA HKVL'E UE LA UT
quelques heures, aujourd'hui au musée du Prado, représente le maître ara- gonais de grandeur naturelle, à mi-corps assis presque de face, tenant une palette de la main gauche et une brosse de la main droite. Il est vôtu d'une redingote claire ouverte sur la poitrine, laissant passer un jabot de dentelles. On raconte qu'après que Lopez eut achevé son portrait, Goya, voulant à son tour se montrer aimable à l'égard de son confrère, tenta de brosser, à
CounsE DE Tauiieaux Peinture de Gow {Académie de San Feruando).
titre de réciprocité, le portrait de celui qui venait de peindre le sien ; mais sa main tremblante et déjà à moitié glacée par la mort toute proche, trahit sa volonté.
Goya retourna en France, dès que les démarches nécessaires pour mettre ses affaires en règle furent achevées, et il revint à Bordeaux, accompagné de son petit-fils Mariano. Le roi lui avait accordé un congé illimité, avec un traitement de 50.000 réaux. Une fois là-bas, ses forces déclinèrent rapidement. Se voyant près de sa fin, ne quittant plus, pour ainsi dire, la
(le son œuvre, et parmi ses principaux, il est juste de citer, à côte de celui de Goya, ceux du roi et de la reine de Naples, père et mère de Marie-Christine, celui de Uon Manuel Fernandez de Yarela, etc.
GOYA
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r
chambre, il écrivit à son fils Xavier, resté à Madrid, afin de lui faire part de son désir de le revoir une dernière fois avant de mourir. Au reçu de ce pressant appel, celui-ci partit immédiatement pour aller recueillir le dernier soupir de son père. 1! arriva à Bordeau.v le 13 mars ; il y avait seize jours que Goya était alité. Trois jours après, dans la nuit du IS au 16 mars 1828, une altaquc d'apoplexie terrassa le vieux maître qui s'éteignit après avoir eu la dernière joie d'embrasser ce fils qu'il aimait tant.
La mort de Goya fut déclarée par le poète Pio de Molina, qui demeurait dans la même maison que lui, 39, Fossés de l'Intendance, et par unnégociant espagnol, RomueliJo Yanes, habitant cours de Tourny, 3(5. Ses funérailles furent célébrées en grande pompe dans l'église Notre-Dame. Toute la colonie castillane, si nombreuse alors dans la capitale de la Guyenne, y assista, ainsi que les principales notabilités de la ville.
L'inhumation eut lieu à Bordeaux, au cimetière de la Grande-Chartreuse, dans la sépulture de la famille (îoicoechea, alliée à son fils Xavier, oîi reposait Martin Goicoechea, ancien maire de Madrid, mort en d82o. Sur la pierre tombale qui recouvrait la dépouille du peintre, fut gravée l'inscription sui- vante :
HIC JACET
FHAXCISCCS A GOYA ET LL'CIENTES
HISPAMENSIS PEIUTISSIMUS PICTOR,
MAGNAQUE SUI NOMINIS
CELEimiTATE NOTUS,
DECURSO, PROBE, LUMIXE VrPJÎ,
ORIIT XVI KALENDAS MAII,
ANNODOMIXf,
M. DCCC XXVIII.
JiTATIS SU.E
LXXXV
R.
Cette sépulture, d'ailleurs, ne devait pas être définitive : il y a quelques semaines à peine, M. Alberto Albinana y Chicote, professeur à l'école royale d'architecture de Madrid, fut délégué par le marquis de Pidal, ministre del
S6
LA REVUE DE L'A UT
Fomento, pour venir chercher à Bordeaux les 7Tsles du maître, et le 5 Juin dernier, les cercueils de Goya et de Martin Goicoechea furent exhumés et ouverts; mais les squelettes qu'ils conlenaient, se trouvaient dans un si lamentable état de conservation, qu'il fut impossible d'affirmer avec certi- tude lequel élait celui de Goya. Tous deux furent alors enfermés séparément dans deux boîtes en chêne, doublées de plomb; puis ensuite encastrés dans un triple cercueil, et ramenés à Madrid où Goya doit reposer à côté de son compagnon du cimetière de Bordeaux, dans l'église San Isidro, sous le magnifique cénotaphe, dont les Cortés avaient, en 1888, voté la construction, pour servir de dernière demeure au dernier grand peintre espagnol.
l'ALi. LAFOND.
[A suivre.'
DEUX IDEALISTES
GUSTAVE MOREAU ET E. BURNE-JONES'
III
T mainten.nnt quelle conclusion se dégage du rapprochement de ces doux grandes figures de Gustave Moreau et de Burne-Jones? Quelle mora- lité oserions-nous en tirer ?
Elles nous apparaissent bien, chacune dans son pays respectif, comme dos génies excep- tionnels dans lesquels leurs contemporains ont cru trouver l'expression la plus exacte des aspi- rations secrètes de leur àme. Quelle que soit, en effet, la clairvoyance de notre esprit critique qui ne se dissimule ni leurs exagérations ni leurs défauts, ils nous attirent et nous retiennent tous deux par la haute portée de leur esprit, l'étendue
' Dernier article. Voir la Heviie du 10 avril et 10 mai 1899, t. V, p. 2C5 et 35".
LA REVUE DE l'aHT. — IV.
58 LA REVUE DE L'ART
de leurs idées générales, leur profonde culUiro, leur personnalité volontaire et tenace, l'union étroite de leur intelligence et de leur imagination, l'unité de leur conception artistique, l'harmonie admirable de leur œuvre et de leur vie.
Tous deux, échappant à l'étroite contingence des faits, se dégageant libre- ment de la réalité, ont créé un monde imaginaire d'humanité surnaturelle par lequel ils affirment sous des formes diverses un môme idéal de splendeur morale.
L'un, dans une sorte de culte anthropomorphique, célèbre les hautes vertus de l'espèce sous cette forme antique de Vhrroïsme qui semble résumer tout ce qu'il y a de divin dans l'humanité; l'autre accuse certains caractères humains à travers un grossissement merveilleux, sous cet aspect de l'esprit chevaleresque qui montre l'âme des temps modernes dans un état particulier d'exaltation. L'un est plus près de l'esprit antique, l'autre plus soumis à l'in- fluencc de l'esprit chrétien. Le premier est un philosophe, hanté par le besoin de traduire, au moyen de mythes, de symboles, avec l'appareil d'un langage cxtraordinairement riche et expressif, toutes les modalités de sa conception du monde intérieur. L'autre est un rêveur et un poète, un contemplateur doux et tranquille qui se laisse enivrer dans la molle griserie de ses images de légendes au milieu du monde familier de ses fictions aimées. G. Moreau est donc une hautaine et virile intelligence en perpétuel enfantement, repliée sur elle- même et dédaigneuse des suffrages d'autrui; son art est essentiellement un art d'idées. Burne-Jones est une âme charmante et songeuse, à demi égarée dans son extase tendre et sereine, à demi animée de certaines coquetteries à l'égard de ses admirateurs ; son art est surtout un art de sentiment et de goût.
Dans l'expression de leur idéal, l'un procède par accumulation, l'autre par simplification. Plus il avance dans la vie, plus Moreau s'exagère, si l'on peut dire, exaspérant ses harmonies, enrichissant ses colorations de tons nouveaux, sonores et vibrants, stridents et aigus : des violets, des verts, des roses, des lilas, qui peu à peu s'ajoutent à la gamme des bleus et des rouges vénitiens qui jadis formaient la dominante de sa palette. Burne-Jones, au contraire, s'apaise et se refroidit à mesure qu'il se développe; il perd insensiblement les chaleurs giorgionesques de ses premiers temps, ces bleus et ces rouges, qu'il affectionnait, lui aussi, profonds et veloutés, dans l'enveloppe générale.
Le Poète persan
Tuljlcau de Gustave Mor.EAU (CoUrïctiou de M. Bcssouneau).
60 LA REVUE DE L'ART
L'un est une nature fortement synthétique ; l'autre plutôt un esprit nar- ratif. Tandis que chaque œuvre do G. Moreau, quelle que soit la catégorie où on la prenne, présente une absolue unité, portant en elle-même tout son enseignement esthétique et moral, Burne-Jones, lui, se plaît à développer lon- guement les diverses péripéties de ses sujets en diptyques, triptyques, com- positions do quatre ou six panneaux, ou môme séries de toiles, comme ces cycles de samt Georges, do Pyginalion ou de Persée qui s'étendent souvent davantage. Parfois, môme, tel que les maîtres d'autrefois, il se plaît à placer comme un second tableau incident au fond de sa composition.
Tous deux, également, par leur nature exceptionnelle, sont destinés à former un art exclusif et sans lignée. Ils ne devraient point avoir d'élèves. Burnc-Jones n'en aura, pour ainsi dire, point laissé. A la suite de son presque contemporain, Walter Crâne, rien ne restera plus de cet art qui eût voulu constituer le premier chaînon d'une nouvelle tradition britannique, que les pâles élucubrations, à peine remarquées, bientôt oubliées, de quelques der- niers imitateurs. Quant à G. Moreau, de quel œil verrait-il aujourd'hui la dispersion de ses meilleurs disciples, à peu près tous entraînés dans la contemplation de la vie do leur temps ? Le plus bel hommage qu'ils aient pu rendre, cependant, à son enseignement, c'est de ne pas s'obstiner à continuer une œuvre qu'il était seul à pouvoir enfanter comme il était seul à pouvoir la concevoir. On l'a bien vu, il y a quelques années, lorsque partit de son atelier tout un petit renouveau romantique qui voulait perpétuer les tradi- tions du maître. Les plus intelligents n'aboutirent guère qu'à réaliser dos sortes de pastiches moroses qui commencèrent à porter préjudice, comme toutes les parodies, à l'œuvre de Moreau lui-môme, encore à peu près inconnu.
Ce qu'il faut savoir recueillir précieusement chez ces maîtres, c'est leur esprit môme, leur méthode réfléchie, leur forte discipline. Bien stylés par leur guide, les élèves de Moreau l'ont rapidement compris.
A ce titre, son enseignement est digne d'admiration, comme ayant créé, à la fois, un des plus ardents foyers d'idéalisme et une des plus savantes et des plus intelligentes académies de praticiens, attentifs devant les formes et devant leur expression. L'étude assidue des maîtres, non point pour les imiter servilement, mais pour apprendre d'eux le secret d'interroger sincèrement la nature, l'effort nécessaire de pénétration intégrale du sujet, le sentiment de
GUSTAVE MOREAU ET E. BURNE-JONES
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l'unité dans la conception comme dans l'exécution, l'emploi sobre mais judi- cieux du langage expressif des harmonies, toutes ces fortes qualités Iradi-
Saint Skbastien Dessin de Gustave Moreau (Mus(5c Gustavo-Morcau).
tionnelles de nos grands classiques, les élèves de Moreau, nous nous en assurons chaque jour, les ont retrouvées dans l'enseignement de leur maître.
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LA REVIK DK L'A HT
lorsqu'ils ont voulu, comprenant cnlin leur vraie voie, les porter dans l'obser- vation de notre vie.
Enfin, avec leurs dissemblances et leurs analogies, Gustave Moreau et
LÉDA. Aquirellc de Guslavc MoaKiu (Music Gustavc-Morcau).
Burne-Jones nous intéressent et nous attachent surtout parce que nous les sentons bien nôtres, parce qu'ils sont tous deux csscnticlleracnt modernes. Sans doute, n'ont-ils point cherché le prélexte de leur développement poé- tique dans la réalité de notre propre vie, dont ils ont volontairement méconnu
GUSTAVE MOREAU ET E. B LUNE-.l ONES
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soit le charme, soit la grandeur. D'autres ont accepté cctle tâche. Pour eux, ils ont voulu s'ahstraire et voir plus haut, dans le plus secret de notre âme contemporaine. Toutes les turhulentes audaces de notre pensée, toutes ses
LOnoom'is;i
TÈri-: DE jei:ne femme Étude à la mine (le plomb pour la lionc de la Fortune, par lituNE-JoNKS (Must^c du Luxembourg).
inquiétudes maladives, toutes ses ardentes soifs de beauté, d'amour, de jus- tice et de vérité, tous ces orgueilleux efforts tentés pour l'alTranchissement de l'espt^'ce que raniment les premières révoltes de Prométhée contre la Nature et les dieux, nous en retrouvons l'écho sonore ou voilé à travers les images parlantes de ces mythologies antiques ou de ces légendes chré-
64 LA REVUE DE L'A UT
tiennes. Cette foi de l'humanité en elle-mCme, cette confiance dans sa haute mission, dans ses destinées dont elle se sent responsable, cette sorte de reli- gion idéale d'ordre, de devoir, de progrès, de fraternité qui réunit en elle la parole de Socrate et le verbe de Jésus, ce rêve enfin d'humanité meil- leure, supérieure, définitive, ils l'ont exalté fortement on nous en éveillant les plus nobles facultés de l'âme humaine.
Ils n'ont pas voulu un art indilférenl et inutile. Tous deux, avec leur élo- quence plus ou moins puissante, leur voix plus ou moins étendue, ils ont voulu rajeunir l'héritage traditionnel des vieilles croyances dénaturées par les cultes littéraux et les dogmes étriqués et reprenant, chacun, les thèmes éternels dont s'est repue l'humanité, dépassant la portée de leur sujet, ils ont donné à leurs contemporains, à côté des penseurs qui pour- suivaient les mômes ambitions élevées avec d'autres moyens d'expression, une haute direction désintéressée, un inoubliable enseignement moral.
Ainsi, d'une part, un penseur, un philosophe; de l'autre, un rêveur, un poète. Est-ce à dire que ces deux formes de la pensée caractérisent spéciale- ment l'idéalisme dans chacun des deux pays? — Non, certes, nous le savons bien, puisque des deux côtés de la Manche, d'autres noms au moins tout aussi grands se trouvent accolés à ceux de Gustave Moreau et de Burne- Jones pour fournir la représentation complète de l'idéalisme dans les deux nations ; puisque, en Angleterre, l'art prophétique de Watts peut contre- balancer les créations de Gustave Moreau et que, en France, Puvis de Cha- vannes personnifie avec un incomparable éclat l'esprit légendaire et la rêverie contemplative.
Les mêmes formes de l'idéalisme se rencontrent donc dans les deux milieux. La particularité qui les distingue l'un de l'autre réside dans l'expres- sion de cet idéalisme, dans son caractère, et provient soit des habitudes locales de la pensée, soit des circonstances dans lesquelles s'est développé l'art dans les deux pays.
Ce que nous remarquons déjà, c'est que Gustave Moreau, dans son orgueil- leuse tour d'ivoire, Puvis de Chavannes, au milieu de la foule dont les applau- dissements aussi bien que les sarcasmes le laissèrent intact, restent deux solitaires indépendants du milieu qui les environne, uniquement préoccupés de la réalisation de leur rêve intérieur. Si leur génération se reconnaît en
HélioS-Dujardiii
FEMMES HT LICORNES
Reviie de l'Art ancien el moderne
GUSTAVE MOREAU ET E. nURNE-.IONES 68
*
eux, c'est qu'ils en sont une manifestation nécessaire et inconsciente. Watts et Burne-Jones, au contraire, ne se désintéressent point du milieu dans lequel ils travaillent. C'est pour lui qu'ils travaillent. Tous deux veulent le moraliser, l'un par de virulentes paraboles, l'autre par d'aimables séductions. Watts, même dans ses portraits, est convaincu de produire, par leur choix, une action moralisante. C'est là un petit travers britannique. Chacun veut prêcher, en tout lieu et à tout instant; on en prend l'habitude, le dimanche, aux coins des rues, sur les terrasses des promenades. Aussi une particularité de leur art, c'est de penser toujours à une leçon directe, à un enseignement immé- diat pour un public déterminé.
Burne-Jones s'est pris sérieusement pour un socialiste militant. Dans tous les cas, il a surtout subi l'influence du milieu aristocratique pour lequel il a exécuté presque toute son œuvre. Peut-être trouvera-ton que Moreau ne fut point assez mêlé h la vie des hommes. A coup sûr, Burne-Jones ne fut pas assez isolé du contact de ses contemporains. ^ En France, à la suite des grandes luttes des classiques et des romantiques, comme protestation à l'abâtardissement de l'école, à l'avculissemenl général de l'art dans un éclectisme indifférent, se forma de lidéal en apparence con- tradictoire de Ingres et de Delacroix, par l'intermédiaire de Chassériau qui en avait tenté l'indissoluble union, un petit groupe d'idéalistes reprenant avec un ardent amour les belles traditions des grands maîtres d'autrefois. En face d'eux, s'insurgeait en même temps la phalange réaliste, plus turbulente, dont nous avons résumé la formation ici même il y a quelques mois', qui tentait, de son côté, un effort encore plus vigoureux pour relever la peinture en s'adressant, dans une voie difl'érente, aux chefs-d'œuvre du passé et en sui- vant la nature de plus près. 11 s'ensuit donc que ce mouvement idéaliste reçut son contrepoids naturel. De même le romantisme vit naître à la même heure, parallèlement à Delacroix, Ingres ou Meissonier, en face deBousseau, Corot. De même Dupré et Diaz furent immédiatement suivis des naturalistes Troyon et Daubigny ; de même l'un de nos idéalistes les plus puissants et les plus originaux, Millet, fut aussi l'analyste le plus subtil, le plus hardi et le plus sûr dans l'observation. Notre école a donc vécu dans un constant équi- libre qui a fait sa mesure et sa force.
' Fantin-Lalour. 10 janvier 1890.
LA REVUE DE l'aRT. — VI. 9
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LA REVUE DE LARÏ
En Angleterre, nous nous trouvons chez un peuple particulièrement doué au point de vue lyrique, dans un pays de littérature, de poésie, d'imagination
ÏÈTK DE JEUNE FEMME tludo au fusain par lîi tine-Joneh (Mus(''c fiu Kiixonihourg) .
jusque dans l'observation, de fantaisie et de caprice, où s'épanouit même sou- vent la fleur bizarre de l'excentricité.
Sans vouloir reprendre le mot excessif d'un de nos plus brillants artistes contemporains devant un portrait de Reynolds de la National Gallery et qua- lifier l'art anglais « un beau mensonge », on peut dire, cependant, que leurs plus grands maîtres, à do rares exceptions, s'ils ont pour eux la chaleur, l'éclat
GUSTAVE MOREAU ET E. BUHNE-JONES
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Ke.mme chassant des Satyres
Aquarelle lic Gustave Moheal (Mus:}c Gustavc-Morcau)
et le charme, ce qui est sans doute un apanage fort enviable, ne gardent pas toujours le sens de la mesure et le sentiment des réalités exactes.
68 LA REVUE DE L'AHT
Leur art, à la vérité, a pour ainsi dire toujours été un art d'importation. Il n'y a pas de tradition nationale proprement dite. Beaucoup de leurs maîtres aujourd'hui encore — ceux entre autres qui dirigent leur enseignement — viennent de Hollande, de Bavière ou de France. Cela crée un défaut d'éducation plastique, d'instruction professionnelle qui les embarrasse souvent dans l'expression de leur rêve, les laissant dans une sorte d'impuissance devant la nature et abandonnés aux dérèglements de l'imagination. C'est ce qui arriva à Burne-Jones.
Leur art est donc un peu ce qu'on appellerait un art d'amateur ; ce sont parfois même exactement des amateurs qui l'ont le plus brillamment cultivé.
Aussi, dans un pays sans forte tradition locale pour l'étude de la nature et la pratique du métier, ce qu'on appelle l'école ou plutôt l'ensemble de la produc- tion artistique fut facilement dévoyé pour satisfaire le mauvais goût public. Il y avait besoin d'un fort courant d'air naturaliste pour retremper l'art dans la nature et dans la vie. Ce fut l'ambition première du préraphaélisme. Mais ce préraphaélisme fut l'œuvre personnelle de F. Madox Brown et de J. Ruskin. Groupement fort arbitraire et mouvement très artificiel, il dévia rapidement et retomba dans les excès qu'il s'était donné mission de redresser.
Naturalisme, réalisme, impressionnisme, plein-airismc, toutes ces formules qui correspondent chez nous à l'étude variée de la nature, semblent donc don- ner à notre art xine allure un peu terre à terre. Nous voudrions, parfois, qu'il montrât plus d'envolée, nous aspirons à ces beaux mouvements d'imagination et de lyrisme de nos voisins d'Oulre-Manche. Leur indépendance à l'égard de la nature leur permet, semble-t-il, d'être plus près de la traduction exacte de leur pensée. Mais dès que nous sommes depuis quelque temps de l'autre côté du détroit, après nous être nourris avec enthousiasme de cette pensée ardente ou de celte rêverie délicate, de cette éloquence ou de cette senti- mentalité, de ces inventions et de ces intentions, à travers tout ce monde très expressif et souvent très élevé, mais aussi parfois irréel, artificiel, factice et chimérique, nous perdons pied et nous avons hâte de rentrer chez nous.
Nos voisins, cependant, forment une race remarquablement intelligente et pratique. Jadis, à peine les voyait-on figurer dans nos expositions. Aujourd'hui
GUSTAVE MOUE.VU ET E. UURNE-JONES
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parmi les arlislcs étrangers qui peuplent nos aciidémics et nos salons, ils arrivent immédiatement on seconde ligne, juste après les Américains. Ils ont trouvé chez nous bien des vérités à apprendre ; leurs jeunes artistes en ont
ClichO IIoIImt.
La tkte fatale (Pcrsée montrant à Andromède la tête de Méduse.)
Tableau de Bibne-Jones (Collcclioii de tllc Rt Hon. Arlliiir-J. Balfour, M. P.).
fait leur profit ; déjà leurs nouvelles générations d'Ecosse ou de Cor- nouailles en portent des traces fécondes. Nous sommes d'excellents éduca- teurs ; ils ne manqueront plus de venir chez nous pour nous prendre, sans amour-propre, comme guides. N'avons-nous pas, de notre côté, à les imiter
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LA REVUE DE L'AUT
d'une autre façon et à prendre quelque cliosc chez eux. Plusieurs de nos grands maîtres, du moins, pensèrent ainsi. Paul lluet, Géricault, Delacroix, Monct n'ont rien perdu pour aller à Londres.
Nos deux plus grands idéalistes contemporains, Puvis de Chavanncs et Gustave Moreau, restèrent toujours en contact avec leurs confrères britan- niques et ne leur ménagèrent pas leur admiration. C'est par leurs analogies avec les maîtres de ce pays qu'ils ont dépassé la mesure des talents qui les entouraient. Inspirons-nous donc de ces grands exemples et, sans laisser s'aifaiblir nos fortes traditions d'école qui nous attachent étroitement à la nature et à la vie, regardons de temps en temps un peu plus loin et un peu plus haut, vers ces grandes et nobles figures qui vaillent à la porte du monde merveilleux des vérités invisibles.
Lko.nce BENEDITE.
LES MONUMENTS
DE DAMIETTE ET MANSOURAH
CONTEMPUliAINS DE l/ÉPOQl.E DES CHOISADES
De toutes les villes de l'Orient, Lien peu ont conservé leur aspect des temps féo- daux à l'égal de Damielle, en dépit de sa position au bord de la Méditerranée. A par- courir ses rues, à voir ses vieilles maisons, aux moucharabiehs ajourées en dentelles, et ses mosquées, aux murs couronnés de nierions, on se croirait transporté aux temps des croisades, dont les souvenirs, soudain éveillés, seml)lent sortir du sol à chaque pas.
Et cependant, si la Damietle moderne fut contemporaine des croisades, ce n'est ni la Damielte de Jean de Brienne, ni celle de saint Louis; celle-ci ayant été rasée à l'approche de la seconde expédition des Francs (t)49-l:2»0j. Sa grande mosquée échappa seule au désastre ; mais, au lendemain même de la démolition, les plus pauvres d'entre ses habitants se construisirent des cabanes au sud de la ville disparue, et tracèrent ainsi l'enceinte de la Damiette qui a subsisté jusqu'à nos jours.
Le périmètre de la nouvelle cité louche aux ruines de celle des croisades, ainsi que, par des fouilles récentes', j'ai pu en acquérir la certitude. Sur les collines de décombres formées par ces ruines, le cimetière de la nouvelle Damietle s'est étendu. Au centre, une mosquée vénérée, entourée de tombeaux, la mosquée de Fatah,
' lînc exposition provisoire, installée rue Vaneaii, réunissait ces jours derniers quantité d'objets provenant des fouilles faites cet hiver par M. Ga.vet. à Dauiiette : costumes arabes et chrétiens de l'éporpie des croisades; rideaux et nappes d'autel; tapisseries et broderies; ceinturons de cuir repoussé, encore pourvus de leurs agrafes, de leurs porte-épée et de leurs baudriers; verreries; étoffes brochées, etc. Tous ces objets sont destinés à figurer à l'Exposition de l'JOO, où ils prendront place au palais du costume : cette première exposition aura donné du moins pour un instant la vision des chevaliers du moyen âge et de l'épopée des croisades, et fourni ainsi aux artistes des docu- ments aussi nouveaux f|ue précieux. N. I). I^. lî.
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LA REVUE DE L'A UT
s'élève sur la place de Bahr-ed-Dâm, — la mer de sang — tandis que derrière elle, s'ouvre le Chehâdah, — l'Enclos des Martyrs — nom sous lequel les musulmans désignent les soldats tombés pour la défense de l'Islam. Et ces deux noms encore, la tradition populaire veut qu'ils remontent aux temps des croisades, et rappellent de sanglants combats.
Cette mosquée, l'historien Makrisi l'appelle « la plus belle mosquée de l'Islam »
MosQUKE i)F. Fataii (Nkcropoi.e de Damif.tte).
et nous apprend qu'elle fut construite au temps de la conquête de l'Egypte, vers l'an 20 — 640 de l'hégire. Aujourd'hui rien ne donne l'impression de cette beauté dans le vieux monument qui de toutes parts tombe en ruines. Son minaret n'est point dépourvu d'élégance, mais dut être reconstruit sous les sultans baharites, tant le style rappelle les monuments de ceux-ci. A l'intérieur, l'ordonnance du sanctuaire est celle de la mosquée primitive. C'est l'hypostyle à trois rangées de colonnes, cou- ronnées d'arceaux plein cintre, tel qu'il existe à la mosquée d'Amrou. Deux des colonnes sont de jaspe antique, les autres d'albâtre et de marbre cipolin. Leurs cha- piteaux de marbre blanc proviennent de monuments grecs.
Vers l'extrémité ouest de la ville démantelée, une autre mosquée, la mosquée de
LES MONUMENTS' UE DAMIETTE ET MANSOLUAH
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Matbouli — des Sainls — marque la lisière du cimetière, et bien que les traditions relatives à sa fondation soient contradictoires, l'on peut, avec presque certitude, la classer comme ayant été bâtie vers la seconde moitié du xiii" siècle, tant son ordon- nance rappelle celle de la mosquée du sultan Beïbars. Sa façade lisse constitue un
OKEL PKINCU'AL DE DaMIETTE Coininenccmciil du xiv® piècle.
plan indiscontinu; aucune fenêtre ne la trouait à l'époque anti([ue; le constructeur, non encore rompu à l'emploi de l'arc répartissant les poussées des voûtes sur des points déterminés, ne s'enhardit point à évider les murs. Sur cette façade, frangée de nierions en fers de liailebarde, le portail s'ouvre tréllé, mais sans stalactites, dans une haute baie rectangulaire. La porte basse a un linteau, où les claveaux, alternati- vement blancs et noirs, sont assemblés par des joints à timons et à crossettes, que surmonte un tableau carré, où s'enchâssait autrefois un revêtement de faïences, dont
LA REVUE UE 1,'aRT. — VI. 10
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LA REVUE DE L'ART
il ne reste que quelques iclals. A l'inlérieur, l'emploi de l'arc lirisé courant sur des pieds-droils annonce l'évolution vers la mosquée voûtée. Le minaret dut être recons- truit sous les Bordjiles; il est inutile de s'y arrtHer.
A trois kilomètres d(! Damietto enlin, la mosquée de Glieikii Cliàtali se dresse au bord du Menzaleli, sur l'emplacement où des sondages faits cet hiver m'ont révélé la trace du campement de Jean de Brienne. Cette mosquée remonte, elle aussi, à l'époque de la conquête de l'Egypte par les armées du Prophète, et son fondateur, Chàlali, fut
Mosquée di: Matboli.i — des saints (Nécropole de Damikttf).
l'un des lieutenants d'Amrou. Le sanctuaire est encore le sanctuaire primitif : lliy- postyle, avec sa foret de grêles colonnes; mais la coupole du tombeau ne date guère que du xiv^ siècle, et le minaret aussi.
Ce ne sont point toutefois ces monuments, si intéressants qu'ils soient par eux- mêmes, qui donnent à Damielle sa physionomie féodale, mais bien l'aspect de ses rues étroites et tortueuses, de ses maisons privées, de ses okeh et de ses sebils. Nombre de maisons datent, à n'en pas douter, de la reconstruction de la ville. Saint Louis fait prisonnier, les croisés rejetés en Syrie par les premiers souverains baha- rites, Ybek el-Djachanghir, Kottouz, Beïbars-elBondoukdary, un extraordinaire mou- vement de renaissance se manifesta. Les villes ruinées par les guerres furent, d'un seul coup, rebâties, Damiette la première; et si, partout ailleurs, les monuments ont disparu, ils sont demeurés là intacts, conservant leur primitif aspect.
LES MONUMENTS DE DAMIETTE ET MANSOUHAH
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Rien ne saurail donner l'idée du pittoresque de ces maisons, et des perspectives formées par leur assemblage. Sur leurs façades en pierre de taille, bien appareillées,
Maison bk Dajiiejte Fin du xiii" sii^cle.
que surmontent encore des rangées de nierions en fers do hallebarde, des corbeaux aux profils denliculés saillissent, supportant des corps avancés. D'étage en étage, le surplomb s'accuse, balcons après balcons se suspendent sur la ruelle, et d'une maison à l'autre, finissent par se toucher. D'autres fois, juchés tout au haut de grands murs,
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LA REVUE DE L'AUT
ils prennent des aspects de forteresse, et font songer aux tourelles de bois que l'art militaire d'alors accrochait au haut des tours des donjons. Aux fenêtres, des grilles de bois tourné, d'incomparables wiOHc/iarafti>/(S tamisent la lumière, et donnent aux maisons une allure particulière de mystère. Tout cela est bien délabré, mais sous la ruine perce encore la trace de tout le luxe d'autrefois. La corniche n'est souvent plus qu'une carcasse ii claire-voie; mais, là où un coin de panneau subsiste, apparaissent des entrelacs polygonaux, rehaussés de couleurs éclatantes et de dorures. Les soiïiles des balcons sont souvent d'incomparables plafonds, au centre desquels s'étalent
des rosaces étoilées, où des bleus éteints, des verls passés, des jau- nes et des rouges amortis mettent des tons pareils à ceux des enlumi- nures de Korans. L'arcliilecture est fort soignée ; des cordons de marbre marquent le niveau des étages; aux pans coupés d'angles, des stalac- tites d'amortissement s'interposent, et les claveaux des cintres et dos linteaux des portes sont, le plus souvent, assemblés à crosseltes et à timons. Et ces portes elles-mêmes, depuis celles des petites maisons bourgeoises, jusqu'à celles des okels et des mosquées, sont d'incompa- rables panneaux de marqueterie, oii s'assemble tout le répertoire de l'art arabe. Les compositions (bien équi- librées) annoncent la plénitude de l'époque; les polygones à côtés im- pairs en sont entièrement bannis. Les moucharabiehs en répèlent les assemblages, à une infinité de va- riantes; des compartiments habile- ment ménagés les divisent, et jamais plus que là ne s'est alFirmé l'art du tourneur. Si Damiette est restée la ville des croisades par excellence, Mansourah, par contre, où s'en déroulèrent les dernières phases, a perdu tout intérêt artistique. Seule, la maison où fut détenu saint Louis subsiste, mais, perdue au milieu de masures sor- dides, et en partie recouverte par elles, à ce point qu'il est difTicile d'en relever même le plan. Cette maison, Makrisi nous l'apprend encore, était celle du cadi Fakr-ed-din Ibrahim-ibn-el-Loqman, Kalebin-c/id, secrétaire en titre, du sultan Neym-ed-din- Ayoub, et était alors l'une des plus belles de Mansourah.
Située au fond d'une ruelle, qui s'ouvre sur une place triste, à côté delà mosquée d'Kl Maoûafi, —cheikh vénéré de Mansourah, — bâtie juste à l'heure où les croisés mar- chaient sur la ville, le surélèvement du sol l'a enterrée en partie, des huttes se sont
Plan de la maison d'Iux-ei.-Loijman (PnisoN DE saint Louis a Mansoihaii)
LES MONUMENTS DE DAMIRTTE ET MANSOURAH 77
accroupies autour d'elle et sur son ancienne terrasse, d'autres se sont groupées, où habitent des pùclieurs. Elle était d'ailleurs beaucoup plus grande jadis, et son en- ceinte comprenait les masures et ruelles environnantes. Telle qu'elle subsiste, elle a deux portes, une à l'est, obstruée par un mur de boue, l'autre au sud, qui semble
Maison IjE Damiette Fin (lu xiii'" siùclo.
avoir été la porte principale d'autrefois. Après avoir franchi celle-ci. A, on pénètre dans un corridor, B, de quatre mètres de long sur environ un mètre et demi de large. A son débouché, on se trouve dans une cour, C, de cinquante mètres carrés de superficie, à droite de la([iu'IIe un mur irrégulicr délimite un enclos adjacent à la mosquée d'El-Maoùafî. En face, au fond, est une salle, D, dont la destination semble assez incertaine. Sur sa gauche, ouvre une autre salle, E, où tous les auteurs arabes
78 LA REVUE DE L'ART
s'accordent pour placer un djotih, — oublielle — F, qui joue un rôle considérable dans leur tradition. Celte salle E aurait été, îi leur dire, le cachot de saint Louis, et les croisés ayant essayé de délivrer leur roi, Cliadjaret ed-Dor, esclave favorite de Saleii Ayoub, aurait donné ordre de jeter le souverain dans ce djonb et de refermer l'orilice au moyen de dalles de plomb.
Cette pièce ne semble cependant point répondre aux descriptions du cachot de saint Louis. Dans cette salle E, un couloir, G, s'amorce, étroit et ob.scur, qui aboutit à une salie, II, assez spacieuse. Pas de fenêtres actuellement visibles; et des murs, qui jadis pouvaient défier toute tentative d'évasion. Si les guides indiquent aujour- d'hui la salle E comme le cachot, c'est que l'accès en est beaucoup plus facile au tou- riste. Le corridor a ses murs en ruines, et la salle II est tellement remplie de décom- bres, qu'on y tient à peine debout. Et d'ailleurs, les habitants de Damiette racontent eux mêmes, qu'en 1262 — 184;j — un prince français — probablement le duc de Monlpensier, qui lit à celte époque un voyage en Egypte, — visila la maison d Ibn- el-Loqman, et entra jusqu'à cette chambre, malgré la difficulté du chemin ; qu'arrivé là, « il ûla son chapeau avec respect, s'y arrêta un moment, puis se baissant, ramassa une pierre, qu'il emporta comme une relique »; et ils en concluent qu'elle est bien le cachot de saint Louis.
Celte maison d'Ibn-el-Loqman ne sera bientôt plus qu'un souvenir, tant depuis ces dernières années s'en est précipitée la ruine. D'autre part, sous prétexte d'extraire des collines de décombres une poussière salpêtrée qui servira d'engrais à leurs champs, \cs fellahs, qui, somme toute, ne cherchent que les antitiuités que peuvent renfermer ces ruines, ont commencé à attaquer les cimetières du temps des croisades, et celte poussière est d'autant meilleure pour eux, qu'elle renferme des ossements. Ces ossements, j'en ai vu en quantité au cours de fouilles faites cet hiver à la recherche des campements de Jean de Brienne. Partout, j'ai fait soigneusement refermer les fosses; mais d'ici peu, la dévastation les atteindra. Un vœu ne saurait donc être trop ardemment émis, celui de voir se fonder une œuvre qui se donnerait pour mission d'assurer la conservation des souvenirs des croisades, une sépulture à ceux qui sont tombés pour leur foi. L'achat des masures qui recouvrent et entourent la maison d'Ibn-el-Loqman, ainsi que du terrain où celle-ci est située, permettrait de la dégager, de la consolider, de la restaurer, de la transformer en chapelle, avec crypte servant d'ossuaire; tandis que les objets retrouvés seraient réunis, comme autant de reliques de l'épopée des Croisades, dans la prison du saint Roi.
Ai.. G.wet.
BIBLIOGRAPHIE
La tradition dans la peintui'e française, par Georges LvKENEirHE. Paris, 11. May, un vol. in- 18.
Ce livre est un recueil d'arlirlcs t'r.v'da à des dales diverses, soit à Toiîcasion d'une exposition poslluime {Paul Baudnj), soil au lendemain d'un deuil artistique {Alexandre Cahanel, Elie Delaunay), ou en hommage à tel doyen de nos maîtres contemporains (E. Iléherl).
Mais avant ces monographies, les contenant et les résumant toutes, l(;s reliant les unes aux autres, se trouve le chapitre important : La peinture française au XIX' siècle, chapitre écrit à propos de l'exposition centennale de 1889 et qu'il n'est pas sans intérêt de relire au moment où grands et petits palais s'achèvent en vue d'une nou- velle manifestation analogue.
Rarement on vit embrasser avec des vues plus nettes, discuter avec une critique plus serrée, juger avec une précision plus line, quatre-vingt-dix années de peinture florissante, où brille une si remarquable pléiade de maîtres. Le difTicile, c'était de ne dire que le nécessaire, de repousser la tentation des mille digressions aimables qui ne manquent pas de surgir quand on se trouve en présence d'un pareil groupe d'artistes et d'un tel amas d'œuvres. En resserrant tant de considérations en l'espace de cent cinquante pages nourries où rien, il est vrai, n'est dit inutilement, M. G. Lafeneslre est venu à bout de ladilliculté, comme on était en droit de l'attendre d'un critique à qui les maîtres de la Renaissance italienne ne sont pas les seuls familiers.
A vrai dire, les dix ans qui viennent de s'écouler n'ont guère apporté de change- ments à l'ensemble du tableau que M. G. Lafenestre traçait lors de l'exposition cînlennale de 1889. Sans doute de jeunes écoles se sont aflirmées, de nouveaux noms sont apparus, tandis que, parmi les anciens, les uns, jadis aux belles places de la cimaise, ont vu leur gloire s'obscurcir et que les autres, au contraire, ont pu goûter vivants à l'immortalité. Mais, somme toute, il faut bien reconnaître que chacun fut impartialement mis à sa vraie place et qu'en somme, dix ans de plus n'ont point démenti le critique.
C'est bien le plus grand éloge qu'il pouvait souhaiter.
Guide pratique de l'antiquaire, par Adrien Hi.anciiet et Fr. de Vili.enoisv. Paris, E. Leroux, 1899, in-18.
Le vingt-quatrième volume de la l'elile Bibliothèque d'art et d'archéologie, publiée sous la direction de M. A. Kaempfen, comprend deux parties : l'une qui pour- rait s'intituler Découvrir, l'autre, Reproduire.
En efTet, tandis que M. de Villenoisy étudie, dans le livre premier, la manière de faire des fouilles, de classer les découvertes, de restaurer les objets et de les recons- tituer, M. Adrien Blanchet, dans le livre second, expose les difTérenls modes de reproduction en usage à l'heure actuelle.
80 I-A UEVUE DE L'ART
Il n'est pas besoin de détails pour faire comprendre de quelle utilité sera un pareil ouvrage : les auteurs n'avaient —en France, du moins — aucun précédent, et l'un des rares ouvrages de ce genre, paru l'année dernière en Allemagne, n'envisage guère que les antiquités préhistoriques. Il n'est donc pas exagéré d'avancer que MM. Blanchet et de Villenoisy nous font connaître un domaine à peu près inexploré. Ils énumèrent des procédés qu'ils ont eu eux-mêmes l'occasion d'expérimenter maintes fois, et, s'ils préviennent les antiquaires contre les méthodes défectueuses, ils leur signalent, en revanche, parmi les nombreuses recettes exposées, celle qui leur a paru donner les meilleurs résultats.
Les lecteurs ne manqueront pas à ce livre. 11 n'y a guère, à notre époque, de pré- fecture ou de sous-préfecture qui n'ait sa Société archéologique et les « savants pour petites villes « n'ont jamais tant foisonné. Mon Dieu! ils prêtent à rire parfois : il est bien aisé de se gausser des terribles archéologues qui trouvent toujours que « ça sent le Romain » ! Mais on n'est pas moins obligé de reconnaître qu'ils apportent leur petite pierre à l'édifice de la science et que, bien souvent, s'ils ne produisent pas davantage, c'est que les premiers outils de travail leur font défaut.
Le Guide de Vanliquaire est un de ces outils, outil perfectionné qui, dans les mains d'un ouvrier habile, ne pourra que faciliter le travail et en augmenter la qualité.
Venise, Guide-impressions, par Lorenzo Benai>iani. Milan, l'auteur, 1899, in-12.
Voici qui va faire pâlir Joanne et Baedeker. Adieu les guides encombrants dont les lignes serrées, le texte compact épouvantent le touriste au lieu de l'attirer... Vive le guide léger, artistique et complet, où notre œil apprend à connaître les coins de la ville vers laquelle le train nous emporte, où le souvenir, plus tard, se ravivera à l'image des sites jadis admirés !
L'auteur ne s'est pas contenté d'agrémenter son livre de deux plans en couleurs et d'un panorama général pris du haut de San Giorgio Maggiore, il a égrené au cours des pages une centaine d'instantanés pittoresques où les scènes de la vie moderne s'encadrent dans les merveilleux décors d'autrefois. Le texte n'est pas moins précieux : vous entendez bien qu'il comporte un programme d'excursions à travers la ville, signale les monuments et détaille les richesses des musées ; mais n'est-ce pas là le premier devoir d'un guide quel qu'il soit? Il y a davantage ici : l'histoire de Venise, de ses magistrats, de ses arts, de ses lettres, de ses fêtes, etc., s'y trouve résumée en quelques chapitres.
M. Lorenzo Benapiani a montré qu'un guide de Venise pouvait offrir aux déli- cats autre chose que les renseignements pratiques, tels que le prix des Gondoles et des Vaporetti, et qu'il n'était pas superllu de leur présenter, de la façon la plus attrayante, la plus érudite et en même temps la plus succincte, une Vie de la ville, depuis ses origines jusqu'à nos jours. Son Guide-impressions, traduit en quatre lan- gues et d'un prix ultra-modique, est le Compendium rêvé de tous les voyageurs.
Emile Dacier.
LISTE
OUVRAGES SUR LES BEAUX-ARTS
I' U B I. IIÎ s
EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER
Pendant le second trimestre de 1899.
ARCHÉOLOGIE. - HISTOIRE. — NUMISMATIQUE
Art (T) gothique et la Renaissance en Chypre ; par C. Eni.art. Oavrage publié sous les auspices du Ministère de l'Instruc- tion publique. Paris, Lerou.x, 2 vol. in-S", illustrés de 3t planches et de 421 figures.
Les Beaux-Arts dans le département de la Marne (1798-1898); par .\rniand Bourgeois. Illustré de vignettes de Jean deCaldain. Chàlom. Martin l'réres, in-S".
Les Beaux-Arts dans le département de la Marne (1798-1898), poésie du cen- tenaire de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne; par Armand Bourgeois. Ckâlons, imp. Martin l'réres, in-8", avec grav.
Le Bronze dans le centre de la Bre- tagne-Armorique. Fouille du lumulus de Cotftuan en Malguénac, canton de Cléguérec (Morbihan); par Aveneau de la Granciére. VaïDU'x, imp. Galles, in-8°, avec 2 ligures.
Catalogue général de médailles fran- çaises. Louis XVIll (1814-1824); Charles X (182t-l83U). Paru, C&binel de numismatique, in-8°.
Catalogue général des médailles fran- çaises. Supplément (de 1830 à ISD'J). l'urim, au Cabinet de numismatique, 2, rue Louvois, in-8".
Catalogue général de médailles fran- çaises. Louis-Philippe I''' (1830-1818). Paris, Cabinet de numismatique, 2, rue Louvois,
in-8".
Le Château et les Papes d'Avignon
(étude historique et biographique); par Cli. Martin. Avec une lettre-préface du capou- lier F. Gras. (Texte provençal et texte fran- çais.) Ariçjiion, lib. Roumanille, in-16.
Coififes et Bijoux poitevins (collection de la Société du costume poitevin) ; par
II. (lELiN. I.i(jUfj(': (Vienne), Bluté, in-8", avec ligures.
Les Découvertes archéologiques de Saint- Maur-de-Glanfeuil (Maine-et- Loire). Lettre du R. P. C de la Croix. Ligugé, Bluté, in-8".
Description des vitraux de l'église de Solre-le-Château, et le D' de Solre-le- Château ; par M. Jenneimn. Lille, Dancl, in-8".
Les Fouilles de M. Blumereau à Rom (Deux-Sèvres); par Camille Jullian. Paris, Picard, in-8", avec grav.
Guide pratique de l'antiquaire ; par
Adrien Blanciiet, bibliothécaire honoraire de la Bibliothèque nationale, et Fr. de Vii.i.e- NOISY, attaché au déparlement des médailles de la Bibliothèque nationale. Paris, lib. Le- roux, in-18.
De l'importance de certains noms de lieux pour la recherche des antiquités ;
par Adrien Blanciiet, bibliothécaire hono- raire à la Bibliothèque nationale. Caen, lib. Delesques, in-8".
Les Inscriptions commémoratives de la construction d'églises dans la région rémoise et ardennaise du X' au X"VII''
LA REVLF. DE L ART. — VI.
Il
82
I.A lîEVCK 1)K i; Ain-
siècle; par II. Jadart et L. Demaison. Caen, Delcsques, in-8^.
Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère,
recueillies par M. l'abbé J.-M. AiioR\i-i.. (jifii. Delesques, in-8".
Inventaire sommaire de la collection Waddington, acquise par l'Etat en 1897 pour le département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale, rédigé par M. Ernest IJabelon, membre de l'Institut. Paris, chez Rollin et Feuardent, grand in-8°, et 21 planches.
Loi de la numismatique musulmane.
Classement par séries et par ordre de pciids des monnaies arabes du Cabinet des médailles de Paris ; par C. Mauss. Paris, lib. Leroux, grand in-8".
Les Marques de potiers gallo-romains recueillies dans le Boulonnais; par le D' II.-E. Sauvage. Boidogne-stir-Mcr, llamain, in-S".
Médaille du bienheureux Pierre de Luxembourg, du XV ' siècle; par I,. Maxe- Weiu.y. Ilar-le-Duc, Conlant-Laguerre, in-S".
Les Monuments mégalithiques de la Seine-Inférieure; par Léon Ooiiii,. Cacn, lib. Delesques, in-8".
Note sur l'épigraphie médicale romaine de la division d'Alger et sur le monu- ment funéraire du médecin Rozonus, conservé au cercle militaire de Ténès ;
par le docteur Dujardin-lieaumelz. J'aris. Levé, in-8".
Note sur im sarcophage roman décou- vert à Saint- Jean-de-Verges ; par M. Jo- seph Poux et R. Roger. Foix, Cadrât, in-8".
Notes d'archéologie russe. Les Ruines de Merv; [}ar C. KATcuEiiETZ. Paris, lib. Leroux, iii-8', avec giavurcs.
Notice archéologique sur l'église de
Curgy; parNoëlTuiui. lieu. ^1 ((/«;(, Dejussien, iii-8".
Notice sur la médaille du Csmipo dei Fiori; par Boyer d'Agen. Paris, Falize Irères, in-8", avec grav. dans le texte et iiors texte.
Notes sur quelques monuments du dé- partement des antiquités grecques et romaines, au Musée du Louvre ; par
K. MiCMoN. /'/iris, Picard, in-8".
Nouvelle série de tombes franc-com- toises inédites (XIII -XVII' siècles); par
JulesCîAUTillEli. Jti'siiiiniii. inip. Jacquin. in-8", et grav.
Numismatique appliquée à la topogra- phie et à l'histoire des villes antiques du département deVaucluse; par A. Sagnieii. Arii/iiou, Seguin, in 8".
Les plus anciens Monuments égyptiens;
par Edouaid Navii.i.e. Paris, lib. liuuillon, in-8", et grav.
Précis des découvertes archéologiques faites dans le grand-duché de Luxem- bourg de 1845 à 1897 ; par Jules Keiffeu. Paris, lib. Leroux, iu-8".
Recherches archéologiques dans l'Asie occidentale. Mission en Cappadoce; par
Ernest Cuantue. Li/on, Rey, in-8".
Sur l'emplacement du temple de Cérès àCarthage ; par le II. P. Delatthe. Xoijenl- Ic-Hoirou, Uaupeley-Gouverneur, in-8° et planches.
Les Urbanistes de Lille. Une pierre tumulaire du XIV" siècle à Lille ; par
IJEiiiEVliE. /.///(', Danel, grand in-S".
La vieille Cloche de l'église de Chà- teauneuf (Vendée) ; par M. Jos. lÎEiiïMEi.È.
Vaiiucs, Larolye, in-8''.
Antiquities from the City of Bénin and from other Parts of 'West Africa in the british Muséum ; by Charles Hercules Read and Ormonde Maddock Dalto.s. I.ondon, Quaritch, in-fol.
Bilder aus der Geschichte des Kapi- tols ; Lin vorlrag von Clirislian IIiei.sen. liom, Loescher, in-8".
The Coin ooUector by "W. Carre w Hazlitt. Loniliin, Rcdway, inS ".
Double tiers de thaler de Jean-Fran- çois de Bronckhorst, comte de Grons- veld; par le vicomte Baudouin de Zouome. liruxeÛes, Goomacre, iu-8".
Excavations at Jérusalem; Ulustrated by Archibald Dickie ; by F.-J. Bliss. Xcw-
Yoi-k, New .Vmsterdani Book C", in-S".
Franz Joseph I, und seine Zeit. Cultur- historischer Rtlckblick auf die francisco- josephinische Epoche; herausgegeben von J. SciiNiTZER. Wien. Lechner, 2 vol. in-fol.
or viîACKs sru i.ks hkaix-aiits
83
Die Gewandung der Christen in den ersten Jahrhunderten. Vornelimlich nach (Icn Kata komljcn-Malcreien dargestcllt, von Joseph NVii.PEliK, Kolii, Bacliem, iii-8°.
Giotto und die Kunst Italiens im Mit- telalter, von Max Zimmermann ; voraus- selziiiif,' uiul rrste cnlwickeUuii,' vun Giottos Kuiisl. Lcipiig, Scemaiin, in-S".
Guida di S. Gimignano; Opéra <\'\ AHr. ToONETTi. Firenze, Laiuli, in-8".
Handbuch der Kunstgeschichte, von Anton Springer. Fiiiille Aullagc. Illuslrierte Ausgabe. Lcij):-if/. Secmann, iii-4".
Die Hauptwrerke der Kunstgeschichte ;
iibersiclitlich ziisanimenseslelll, von lloi-maii N.viiEi,. Berlin, llaack, in-8".
A History of french Art, 1100-1899; l)y Rose G. Kincslev. \ew-York, Longmans, in-8".
Architecture and Sculpture belore the Renaissance. —The Henaissance in France. Art unter lienn IV and Umh .\III. — Heifjn of Louis XIV. — The Art of the Eightcenth Ccntury.
Istoria rousskago iskousstva (Histoire de l'art russe); par A. -P. Novitskv. Mdscoii, lienkendorfT, in-i". Kn russe.
Jean-Jacques Trivulzio. marquis de Vigevano et maréchal de France. Variété inédite d'un de ses écus d'or au soleil ; par C.-K. TiiAciisEL. Braxclks, Goeniacre, in-8".
Die Kunst am Hofe der Herzœge von Preussen;von llerniann l'jii\ENiiEii(".. Lrip^i/j, Gicsecke, infol.
Die Klassische Kunst, eine Einfuhrung in die italienische Renaissance; von llcin-
rieii \Vc»;i,KKLiN. Mil lit» erhcnternden Abldl- dungen. MUnc/wn, liruckmann. in-i".
Old Englisch peasant Costumes, from Boadicea to Queen Victoria, suitable for fancy fairs, costume balls, and bazaars.
Ni-iv-Yor/i, Scribner, in-8".
Il Panthéon; Opéra di Nardini Desi'OTTI. Milano, tip dcgii Ingegneri, in-8".
Renaissance Masters, the Art of Ra- phaël, Michelangelo, Leonardo da Vinci. Titian, Correggio and Botticelli ; hy
George ii. lîosE. New-York, Pntnam, in-S".
Il segreto di Lorenzo Perosi ; Opère di .Mb. DE .MojANA. Miliiiio, Artigianelli, in-8".
Die Sintfluthsagen, untersucht von Hermann Usener. lio)iii, Cohen, in-8'.
Studien zur deutschen Kunstges- chichte. Zur Geschichtc der oberdontschon minialurmalerei im XVI. Jahrhundert von IIans von der Gabei.entz. Slrnssburg, in-8".
Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, publiés avec une introduction critique par Franz Cumont. Bruxelles, Lamerlin. in-4".
Thera untersuchungen und Ausgra- bungen ; herausgegcben von F. -H. von Gaeutringen. Berlin, Rcimer, in-fol.
Topographie der historiohen und Kunst-Denkmale im Kœnigreiche Bœh- men von der Urzeit bis zum Anfange des XIX Jahrhundertes ; herausgegebeu von Joscf lli.AVKA. l'i'df/, Verlag der archœologis- chen Commission, in-4".
Zv^^ei Beitraege zur Geschichte und Topographie der thebanischen Necro- polis im neuen Reich; von Wilhclm Si'IE- gei.uerg. Slr(i>sl)urf/, Schlcsier, in-fol.
ESTHETIQUE.
OUVRAGES DIDACTIQUES.
CURIOSITE
L'Art indien; par Maurice MAi.NDnuN. l'u- rif, lib. May, petit in-8". avec grav.
La Céramique ancienne et moderne ;
par E. (icic.NET cl lidouard (JAH.siEli, cotiser- vateur du musée de la Manufacture natio- nale de Sèvres. Avec fi'J gravures dans le texte cl la reproduction des principales marques de fabri(]ue. Paris, lib. F. .\lcan, in-8".
Les Commentaires des livres saints et
les artistes chrétiens des premiers siè- cles ; par M. Edmond Le Bi.ant. Paris, C. Klincksieck, in-4", avec lig.
Le costume ; par IIottenrotii. P((ris, Guérinet, in-4".
Les Graveurs de l'école de Fontaine- bleau. Dominique Florentin et les buri- nistes ; par F. IIeruet. Fontainebleau, Bour- ges, in-8".
LA HEVUK DE L'A UT
Inatiales artistiques extraites de char- tes du Maine, par J. Chavanon (Mémoire inséré en 18'J8 dans la Itevue hiMovique et archéoloi/i'/ue du Maine, t. LIV, p. 1 et suiv.) ; par Léopold Delisle. Paris, Imp. nationale, in-4".
Monument esthématique du XIX'' siè- cle. Les modes de Paris. Variations du goût et de l'esthétique de la femme (1797-1897); par Oclave Uzanse. Illustra- tions originales de François Courboin dans le texte et hors texte, d'après des documents inédits. Pfii-is, lib. May, petit in-i".
Notice sur deux anciennes tapisseries du musée des antiquités de Rouen ; par Gaston Le BREroN. Paris, IMon, Nourrit et C'", in-S» et grav.
Nouvelles acquisitions du Louvre (département de la céramique antique) ; par E. POTTIER. Paris, lib. Leroux, in-8", avec lig. et pi.
Sensations d'art. 2" série ; par Georges Denoinville. Avec 2 grav. d'après Jules Vala- don. Paris, Girard et Villerelle, in-8".
Traité de peinture à froid sur porce- laine, faïence, biscuit, terre cuite, grès, glace, verre poli et dépoli, en suppri- mant la cuisson ; par B. Eveuard. Paris, Bornemann, in-8".
Un atelier de peintres-dominotiers à Troyes ; par Louis Morin. Paris, Techener, Lcclerc et Cornuau, in-8°.
Un voyage artistique sur les rives de l'Adriatique, Spalato, Venise etByzance;
par Emile Ber'iaux. Lu Chapdk- Montligeon, imp. de Notre-Dame-de-Montligeon, in-S" et grav.
Vitraux de Galas dans l'église de Saint-Jean-deLosne ; par l'abbé Jules Tikj- MAS. Avec une gravure ;i l'eau-forte de M. V. Prost. Dijon, Jobard, 10-8°.
Les Vitraux de la cathédrale de Bour- ges postérieurs au XIII» siècle. Texte et dessins par Albert Des Meloizes. Avec une introduction par E. de Beaurepaire. Lille. lib. de la Société Saint-Augustin, grand in-fol. et planches.
La Vie à Montmartre ; par Georges MoNTORGUEiL. illustrations de Pierre Vidal. Paris, Boudet, in-4'^.
Anatomie filr Kiinstler-Anatomie, mechanik, mimik, und proportions lehre des Menschlichen Korpers ; von Aiigust Froiuei'. f,eiji:.i//, Breitkopl, in-i".
Les armoiries des bonnes villes bel- giques. Etude héraldique par Bury Adels- TiioRN. Toiif/res, Collée, in-8'^
Ave Romaimmortalis; Studios by Francis Marion CnAWKORn. Loidon, Macniillan. in-8".
Bauern-Mœbel aus dem bayerischen Hochland ; Aufgenommcn nnd gczeichnet von Franz Zeli,. Fraidfurl-nm-Main, Keller, in-fol.
Le belle arti nelle legislazioni passate e presenti, italiane e straniere. .\uovi documenti e considcrazioni vcccliic sempre nuove segnatamenle suUa triste condizione fatla aile belle arti in Roma; opère di Ballc- riiii Franco. Genova, Scolti, in-8".
The collector séries. The Stamp col- lecter ; by W.-J. Hardy and E.-D. Bacon. London, Itedway, in-8".
Tlie Issue of postage stamps. .\rt in pus- lafje Stamps.
The Cross in tradition, history, and
Art ; by llie William Wood Sev.muuh. W illi illustrations. New-York, Putnam, in-4".
Die deutsche Kunst des neunzehnten Jahrhunderts ; von Cornélius Guri.itt. lier- lin. Bondi, in-8".
Fine Prints ; by Frederik Wedmorc. Lon- don, Redway, in-8°.
Die Grundlagen des neunzehnten Jahr- hunderts. Vorwort und allgemeinc Einlei- lung hellenische Kunst. Mïtnchen, Bruck- mann, in-8".
Handbuch der ange-wandten Anatomie, fur Maler und Bildhauer. Leipsifj, Spa- mer, in-8".
Historié art Studies ; by Ruth Janette Warner. Neic-York, Mo.sber, in-8".
lUuminated manuscripts in the british Muséum. Miniatures, borders, and initiais reproduced in gold and colours. Witli des- criptive text by George F. Warner. London, Ouarilch, in-fol.
Kœnigsberger Stuckdecken. Namens der Altertumsgesellschaft Prussia ; he-
ransgegeben von E.-V. Cziiiak und Walter Simon. Leipziij, llicrsemann, in-fol.
OIVH.Vr.ES SIU IJ:s liK.VUX-AUTS
Das Ktinstlerbuch Eine kleine aus- gewahlte Reihe von KUnstler-monogra- phieen; von Franz Ileimann Meiss.ner. liaiul I. Arnold Hôckliii. BerHn, Schuster, in-8".
The little artist ; a handbook of water- colors for teachers ; by Marion Macken/.ie. !>j)riiif/ftcl<l, Milton, in-4°.
Michelangelo Jerace La ginnastica nei suoi rapport! con l'arte greca. l-'irenzr, Bocca, in-S".
Moderner Schmuek xind ziergeraete nach Pflanzen und Tierformen ; von E. RiESTER. Ik'rlin, llaug, in-l'ol.
The mystic Falwery Land ; by Charles J.-H. Halcomhe. Wilh numerous illustralions. London, Liizac, in-8".
Plastisch-anatomischer Handatlas ; voii Fritz SciiiDEii. Li'ijt:if/, Seemami, in-'t".
Sammlung Richard Zschille. Katalog der italienischen Majoliken; von Olto Von Fai.ke. Leijizi;/. llieiseniann, in-fol.
Scottish "Woodwork of the sixteenth and seventeenth centuries measured and drawn for the Stone ; by Jolm-Wiliiani
Small. London, (Jnaiiteli, in-i'ol.
Das sogenannte Theseion und sein plastischer Schmuek ; von Bruno Saueb.
Leipzig, Giesecke. in-fol.
Le Vandalisme officiel à l'égard des sceaux; par J.-Tli. [)E Baadt. Enghien, Spi- nel, in-8".
PEINTURE.
GRAVURE.
DESSINS. - MUSEES. - EXPOSITIONS.
VENTES
Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et litho- graphie des artistes vivants exposés à la galerie des Machines le 1'' mai 1899. Paris, P. Dupont, in-16.
Le dessin de paysage étudié d après nature ; ]>ar 11. Guiur, peintre et J. Pii.i.et. 0° édition. Pariit, Nony. in-8°.
Great (the) Masters in the Louvre Gal- lery. The Opening of the cighteenth century. First volume. Paris, Boussod, Manzi, Joyant et C'", grand in-4°.
Inventaire des tableaux du Roy. rédi- gé en 1709 et 1710 par Nicolas Bailly. Publié pour la première fois, avec des addi- lions et des notes, par Fernand E.nc.ehand. Paris, lib. Lerou.x, in-8».
Des levés à vue et du dessin d'après nature; par M. Leblanc, capitaine du génie. Paris, lib. Mulo, in-18 et planche.
La lithographie et les lithographes,
conférence laite le 2.3 février 1899, à la biblio- thèque populaire du XIY'' arrondissement, par Eugène Plouciiart. Paris, la Petite Im- primerie, H, nie Hélène, in-32.
Les lithographies nouvelles de Fantin- Latour (octobre 1892-décembre 1898);
par liermain IIédiaiid. Avec une lithographie originale de l'artiste. Paris, lib. Sagot, in-8". Les Maitrcs de la lithographie. Musée du Louvre. Les Maîtres de la
peinture. Le Début du XVIII'' siècle.
!'■'■ volume. J'aris, Boussod. Manzi, Joyant et C'^, in-fol., avec grav. en noir et en coul. dans le texte et hors texte.
Musée du Louvre. Les Maîtres de la peinture. La fin du XVIII" siècle. I"' vo- lume. Paris, lib. Boussod, .Manzi et C'°, in-l'ol. , avec grav. en noir et en couleurs.
Nos grands peintres ; par Gustave Ual- i.Eii. Catalogue de leurs œuvres et opinions de la presse. Paris, Boussod, Manzi, Joyant et C'", petit in-8", et grav.
L'Œuvre complet de Rembrandt. Re- production par riiéliogravure de tous les tableaux du maître, accompagnée de leur histoire, de leur description et d'une élude biographique et criti(]ue par Wilhelni Bode, directeur de la Galerie royale de peinture de Berlin. Avec le concours de C. IIûksteue de Groot, directeur du Cabinet des estampes d'Amsterdam. Traduction par xVuguste Mau- 0U1LI.IER. 2 vol. grand in-4". Paris, Sedel- meyer.
Paysagiste et Bonhomme. Reproduction d'une lecture faite au banquet de la Société des amis des arts, à Aix, par A. de Courtois. Air, Makaire, in-lG.
La peinture italienne ; par Paul Viruv. Melun, Impr. administrative, in-8".
Miuistère de rinstriictioii publique et des beaux-arts. Musée pédagogi(iuc, service des projections lumineuses. Notices sur les vues.
8(1
LA
:\ l F, UK I/AIIT
Les peintures murales de lancienne Chartreuse de Sainte-Croix-en- Jarez (Loire); par A. Vaguez, l'on's, Picard,
iii-8".
Les peintures murales de Téglise de Pleine Selve, représentant le martyre de sainte Yolaine. Un email limousin de la fin (in .VU" on dn commencement du xin" siècle ; par A. n.usEi.LE. Saint-Qufnlin, Poclle, in-8" et |ilanches.
La Pyrogravure et ses applications ; par Jean Ci.ossET. Ouvrage accompagné de oO dessins inédits de l'auteur. Paria, lib. Laurcns, in-8".
Rapport sur le musée de peinture et de sculpture de Grenoble, présenté par M. J. Bernard, conservateur. Grenoble, lib. Ltaralier et Dardelet, gr. in-8".
Renseignements inédits sur la collec- tion du comte de Choiseul-Gouffler ; par
E. Esi'EUANDiEi;. l'aris, Picard, in-8".
Traité de peinture, genre vernis Mar- tin, sur bois blanc et autres ; peinture à l'eau et à l'huile sur bois naturel ; pein- ture à l'huile sur carton, etc. ; par B. EvE- itAUD. Paris, lib. lîornemann, in-8".
Une planche à gravure d'un fondeur de cloches ; par Léon Germain. Saiitl-Dié, imp. llumberl, in-8", et grav.
La cour de l'Impératrice Cathe- rine II, ses collaborateurs et son entou-
rage. Cent (|ualre-vingt-ne»[ silliouelles. Sainl-réterxl/our;/, Ed. lloppe, 2 vol. ia-4".
L'Exposition Rembrandt à Amster- d£im. Te.vte par C. Uofstede de Guoot. Am.sterd'im, Schellema, gr. in-fol.
Die italienischen Seen. Comer See, Luganer See, lag^o maggiore. Album mit 130 illustratioiien in Pliotogiavure. TeAt von C.-A. Beiia. Ziirich, Sclmrter, in-fol.
Londou impressions, Etchings and Pictures in photogravure ; by William IIvue, and Essays by Alice .Mevnell. \\ i/sl- miiisler, (Jomiable, infol.
Notes on Colour, showing how Laws that regulate monochrome canbeapplied to Colour when Painting. Londou, lli- cliards, in-8".
La Pittura in Palermo ne! rinascimento. Storia e documenti ; Upeie di Gioacciiinu oi Marzo. Palermo, Reber, in-8".
Storia dell'antica pittura ûamminga; per G.lî. Cavai.caselle c J.-A. Crowe. Edi- /.ioue originale italiana. Firenzc, Le Monnier, in-8°.
Tableaux anciens peu connus en Bel- gique, colleclion recueillie et décrite par P. WvrsMAN. Bruxelles, Wytsman, in-roi.
Vandyck's Pictures at Windsor Castle. Historically and critically described ; by Ernest Iaw. Willi Plates in pliologravurc. London, G. Hell, in-fol.
SCULPTURE.
Artistes lillois oubliés. Les Statues de Lille ; par Dei.ille. Lille, lib. Lelcu, petit inlO.
Le buste de Cicéron à Apsley House ;
par Salomou Meinacii. /'rtc/s, lib. Leroux, in-8".
La Chapelle française dédiée à saint Louis dans la basilique de Lorette. Notice liisloriquc et descriptive par l'abbé A. De- LAAGE. Paris, Dumoulin et C''', in-8".
Le Château de Gavaudun, en Agenais (description et histoire) ; par Philippe Lai:zi;n. Af/oi. imp. agenaise, gr. 10-8", avec grav. et |)lans.
L'École de sculpture en Provence du XII' au XIII" siècle ; par A. Mauignan. Paris, Bouillon, in-8".
ARCHITECTURE
L'Église de Saint-Jean-du-Doigt (his- toire et description) ; par François de Kercirisï. Cticii, lib. IJelcsques. in-8", et grav.
Inauguration du buste de Gustave Le
Vavasseur. Alençon, Renaul, in-8".
Inauguration du monument érigé à Junot, duc d'Abrantès. par le Souvenir français, à Montbard. Mai/eiiite. imp. Sou- dr-e et (;olin, in-8", et portraits.
Monographie de l'église et de l'abbaye Saint-Georges - de - Boscherville (Seine- Inférieure) ; par A. liESNARl). J'aris, lib. Leclievalier, in-i", avec grav. dans le texte et hors texte.
Le monument de Bossuet. Lettre de S. G. Mgr Touchet, évéïiuc d'Orléans, aux
orvHAGKs sriî i.Es RE .\rx-Airrs
curés de son diocèse, pour rércclion du mo- numenl de Bossuet. (Jrlèon.f, lib. Ilerluisoii, iii-8'', 23 pages.
Petits monuments gallo-romains iné- dits ;iiar A. Veiuioniue. t'iiris, lili. I.eroiix, in-8", avec grav.
Les Statues du temple de Mars Ultor
à Rome ; par Stéphane Gseli,. J'nris, lib. Leroux, iii-S" et 1 planche.
Statuettes de bronze du musée de Sofia (Bulgarie) ; par Salomon Iîei.nacii. Prtc/.s-, lib.
Leroux, in-8", avec fig.
Versailles et les deux Trianons. Texte par Philippe fiiLi-E. Relevés et dessins par Marcel L\MiiERT. Tours, Marne et lils, grand in-4'\
Agli onorevoli deputati al Parlamento,
agli architetti, artisli cd al publico a brève siiiegazione dei suoi antichi progetti per la niiova aula di Monle-Citorio. fioma, Tip. popo- lare, in-i".
Die Architektur der Renaissance in Sch^weden, 1530-1760 ; herausgegeben von (justaC Ui'.maiik. Dresde», Kiihtmann, in- fol.
L'Architettura a Bologna nel Rinasci- mento ; opéra ili Franccsco malagn/.zi Va- I.EIil. llorcd S. Cnsriiiiio, in-t".
L'Architecture et la Sculpture de la Renaissance à Venise. Uecherclies hislorico- artistit|ues ; par I^ietro Paoletti. Venise, Ongania, in-S".
La Capella del S. Sepolcro, tomba dei marchesi di Saluzzo; 0()era di A. LoisETii- ItoDONi. S<(lu:zu, Lobclti-Bodoni, in-i".
Le Cappella Rucellai in S. Pancrazio, col sepolcro del Redentore simile a quello di Gerusalemme eseguito nel Se- colo XV. Firen:.e, Soc. tip. Kiorcnlina, in-8".
The Column. Essays on architectural
History;by W.-P. LoNciEi.i.ow. Lnmion, \.o\\\ in-8".
Le condizioni statiche del palazzo ducale diVenezia. Bela/.ione délia Commis- sione délia i'. accademia di belle arti; Opéra di Manfrcdi iM.\NrriEi)0. Vcnezùx, Ferrari, in-8".
Eiserne Dsecher und Hallen in En- gland; von l.,ud\vig Mektens. Berlin, Sprin- ger, in-i'ol.
Illazzaretto di Milano, Ricordi d'arte;
opéra di Luca Bei.trami. Milano, Allegrelti, in-8o.
Manuale di architettura italiana antica e moderna; di AlIVcdo Mei.ani. 3'' éd. Milano, Ihrpli, in-8".
Monumenti funebri del cimitero monu- mentale di Milano; opère di G. Fai.m e A. Galli. lionia, Vallardi, in-4°.
Die neue evangelische Garnison-Kir-
che zu Strassburg i. E.; von Lonis Miii.l.Elt. Ulin, Kciier, in-l'ol.
Der œsterreichische Architekten-Ve- rein; Feslschrirt heransgegebcn vom Vereine znr léier Seines fuenfzig jaehrigen bestandes. Wien, Schroll, in-fol.
Ravenna e i lavori fatti dalla Sovrin- tendenza dei monumenti nel 1898; opéra di liicci CoRKADo. Jlerr/amo, Istituto italiano d'arti gratiche, in-8".
The treatises of Benvenuto Cellini on Goldsmithing and Sculpture. Neir-Yor/i, Scribncr, in-l".
Ueber Kunst der Neuzeit. I. Im. Kampfe um die Kunst; Beitrage zu arclii- tcktonischen zeitlragcn, von Fritz Sciiu.m.\- ciiEu. Slrassl)iir(j, Heitz, in-S".
Westminster Abbey ; historically des- cribed by Henry John Feasev. With anaccount of the Abbey Buildings by J.-T. Micklethwaitc. An appendix on the mediieval Monuments, by Edward Bell, l.nwlon, G. Bell, in-fol.
PHOTOGRAPHIE
Le Développement en photographie avec le procédé au gélatino-bromure d'argent; par Frédéric Dili.aye. faris, lib. Montgrcdien et G"', in-S".
Manuel du photographe amateur ; par F. Panajou. :(" éd. complètement refondue et
considérablement augmentée. Paris, Gau- thier-Villars et (ils, in-16.
Manuel abrégé de photographie, à l'usage des débutants ; par F. Panajou.
Paris, Gauthier-Villars et (ils, in-18.
La Photographie des commençants ;
LA nRVUE DE L'ART
par L.-P. CkERC et G. -H. Niewenolowski. 2"^ c'dit, /V/c/.s', lib. Desforges, ïn-18, avec fig.
La Photographie des couleurs à la portée de tous; par (1. Naudet. l'an'x, lil). DcsTorgcs, in-18 Jésus.
Annales pliotograpliiques.
Principes et Pratique d'art en photo- graphie. Le Paysage; par Frédéric Du,- i.AYE. l'aris, Gaulhier-Villars, in-8°.
Traité spécial de photographie instan- tanée par les appareils à main, avec mé-
thode sur les agrandissemenls et les projec- tions, et notes sur le cinématographe; par E. FniPPET. Préface de M. Alhert Londe. Pfiris, é<lition du Pliolo-llall, in-10, avec fig.
Lehrbuch photographischon Chemie und photochemie ; von Alexandcr Lainer.
Wii'H, Li'Ciinor, in-8».-
Photography ; its history, processes, appai-atus, and materials. Gomprising wor- king détails of ail Ihe more important me- Ihods. \eif-York. Lippincott, in-4».
BIOGRAPHIES
. Le Duc René I''' artiste peintre; par
Gaston Save. Nancy, imp. coopérative de l'Est, in-8". -
Le Graveur lyonnais Didier Besançon, et la Gravure des monnaies et des mé- dailles en France au commencement du XVI' siècle; par H. de La Tour. Piirîs. Picard, in-S", avec grav.
Jean Marcellin, statuaire; par Aristide Ai.uERT. Grenaille, inip. Allier, grand in-8°, avec grav.
Le Peintre et Aquarelliste Septime Le Pippre : sa vie, son œuvre; par (laston Lavai.i.ey. Avec I portrait et 8 phototypies d'après les originaux. Caen, lib. Jouan, grand in-8".
Un architecte de cathédrale au X'V'
siècle. Malhurin Rodier, maistre maczon de l'église de Nantes; par l'abbé G. Durvii.le. Vannes, imp. Lafolye, in-8°.
Bernhard August, Frhr. von Lin- denau als Kunstfreund ; Ein lîeilrag zu seiner Biographie von A. PROCKsr.n. Allen- hxrg, Geibel, in-'8".
Leben Michelangelo's ; von llerman Grimm. Ucrlin, Spemanu, iu-fol.
Piero di Cosimo ; Ein iibergangsmeister von florentiner quattrocento zum cinque- cento ; von Fritz Knai'I'. Halle a. .S.,Knapp, in-i".
Raphaël; trad. by Campbell Dodgson. Monographs onartists; éd. and wrilten joinlly by H. Knackfuss and other artists. Xew- Yorli, Lemcke, in-8°.
PERIODIQUES NOUVEAUX
Album-Revue, nouveau journal illustré des dernières nouveautés en orfèvrerie, joail- lerie, etc., paraissant tous les trois mois. 1"^' année. N" 1. Laval, imp. V" Conilleau, in-80 oblong.
Boule (la) d'or, revue mensuelle artistique. V année. N" 1. Avril 1899. Paris, bl, rue Vivienne, in-fol. à 3 col.
Bulletin (le) des arts, supplément à l'es- tampe et à l'afliche, paraissant tous les mois. F" année. N° 1. Paris, 50, rue Sainte-Anne, in-i", à 2 col.
Méli-Mélo, journal artistique. 1"' année.
N° 1. Paris, 12, boulevard des Italiens, in-i" à '.i col.
Renaissance (la) artistique (Revue du Centre). Beauyency, Lalïray.
Revue des arts réunis, organe des so- ciétés artistiques de l'Ouest, paraissant tous les mois, d'octobre à avril, l"'' année. N'J 1. Laval, Barneoud, in-S".
Kunst und Kunst-handAverk ; Monats- schrift des K. K. œsterr. Muséums ftSr Kunst und Industrie; herausgogeben und redigirt vonA. vo.n Scai.a. MVch, Artaria, in-l".
Paulin Teste.
/,<? Offrant : lï. (iorix.
K V 11 E C X . 1 il I' Il 1 M R 11 1 E DE C H A n L F. S 11 E H I S S E V
M*='r'^MORF-NO de la Comédie Française :
Kcvuede Vhri ancien et mocerne
mp.J.J.Taneur Parj»
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-«VW***<C'
J. GRANIE
Sur une page de vi^lin Granié place des ors, des émaux, des ornements de rêve. Patiemment, pendant des mois, son œil aigu, son pinceau fin s attardent au môme feuillet, se jouent aux nuances rares, aux détails très subtils, mais d'un large dessin, des encadrements d'orchidées, aux luxes et aux précisions d'une flore savante.
Cet enlumineur, petit et vigoureux, a un grand front, les cheveux ras, des yeux parlants, toujours ouverts sur la nature, et, sous son nez long et aquilin, la barbe d'un beau capucin.
Car Granié, que Dieu créa pour dessiner et peindre, avait aussi tout ce qu'il faut pour être un moine rêveur :
^^^m^rimimmmii^^
I.A REVIE DE L ART. — VI.
90
LA IIEVI'E ])V. I, AUT
celte barbe fleurie et la douceur des mains, la patience contemplative, l'air de songer parmi l'action à de belles choses lointaines.
Mais enfin Granié n'est pas capucin ; il est artiste, il a un talent rare, et, par surcroît c'est un pur Toulousain! Certes, ce dernier don, ce don gratuit de la Providence surpasse de beaucoup les autres. Granié est né au cœur de notre ville aimée, de la chère cité Palladienne, au plus profond des rues
étroites, des maisons sculptées à tourelles rouges où tant de poètes ont ouvert les yeux. Fier comme nous tous d'être né là- bas, Granié adore Toulouse, et n'a point d'autre rêve que d'ap- porter à la patrie quelques nou- veaux brins de laurier. Tout petit, déjà il aimait la gloire, et fit pour l'acquérir le geste naturel aux jeunes Toulousains : il entra à notre école des Beaux-Arts. Après les années d'apprentissage, il vint, dans un bon rang, à l'école de Paris et fil partie de l'atelier Gérôme.
Tout de suite, dans ce mi- lieu, Granié, d'instinct, a sauvé sa mise, c'est-à-dire sa person- nalité. 11 n'a point fait comme les autres. Tandis que ceux-ci, élèves dociles, s'évertuaient à exécuter en six jours une pose de modèle, lui s'appliquait, lent travailleur, à des portraits d'amis, à des intérieurs d'ateliers. Il multipliait les cartons avant d'accomplir l'œuvre la plus simple. Il observait minutieusement la nature et loin de courir au métier, au tour de main, à la facture, loin de songer à acquérir hâtivement l'habileté banale du crayon il faisait patiemment, amou- reusement l'éducation de son œil.
Au concours de fin d'année, il avait la témérité de ne pas exposer des figures nues ; il donnait seulement quelques portraits et des études. Ayant
PoRTnAiT, par J. Gbimé.
.1. cu.wii':
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PoilTHAIT liE JI-LNK FILLK, [lar J . GniMÉ.
ainsi du même coup violé les règlemenls et montré du mérite, il obtenait des ovations et point de récompense.
LA REVUE DE L'ART
Donc cette carrière, d'inspi- ration toute personnelle, s'inau- gurait loin des routes nationales de l'art parmi les sentiers difficiles. Se sentant quelqu'un et résolu à n'être que lui-même, Granié pourtant avait des faiblesses ; par exemple il faisait vers 1892 quel- ques envois aux deux Salons. D'abord il exposait un saint Fran- çois d'Assise prêchant aux oi- seaux ; curieux tableau de petite dimension, où le Saint, vieux et nu, le corps travaillé de plis et de rides, la bouche édentée comme celle du Thomas Morus d'Holbein, parle en souriant aux chardon- nerets. Plus tard Granié donnait au Champ-de-Mars un portrait de M"'' Bergerat.
C'étaient d'assez dures années ! Les récompenses allaient aux gens adroits, les soucis venaient au chercheur patient et timide. Un grand artiste, Ziem, l'en- courageait pourtant, ai- mait à discuter avec lui, et peu à peu, au fil des causeries, orientait ce rai- sonneur, cet enthousiaste réfléchi vers l'art oublié de l'enlumineur. Manuscrits d'autrefois, fleurs et guir- landes mystiques, saints et saintes de vitrail, bonshommes héroïques, dames pâles ornées de joyaux, que de génie et que de flamme sur vos feuillets de vélin !
POKTRAIT DE M. PlEHRE BaI'DIN, MiXISTKE DES TRAVAUX l'UBLICS Élude pour la Ri'capUon du Tzar à l'Hôtel de Ville, par J. Gbamé.
J. GRANIE
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Granié faisait quelques essais heureux ; il avait enfin reconnu sa voie.
Aidé de Zieni, il re- trouva ces ors brillants, ces émaux qui resplendis- sent encore dans les ma- nuscrits de l'école fran- çaise du xiv'' siècle, dans Tétonnante page de Guil- laume Vrelant que M. Ma- ciet a donnée au Louvre. Granié enlumineur est dé- sormais un homme heu- reux. Quitle-i-il un instant ses chers manuscrits, son Bonhomme Misère , son Histoire de Tessancotirl, ses projets pour la légende de saint Julien de Flau- bert, c'est pour courir au jardin des plantes. Là, ce rêveur s'attache obstiné- ment à la réalité, il observe d'un cœur naïf et du regard le plus sincère les tieurs, les papillons et les oiseaux ; ce n'est pas dans le fan- tastique, dans le caprice voulu, dans la fantaisie laborieuse, mais bien dans la nature scrupuleusement vue et tendrement aimée que Granié cherche et trouve l'absolue nouveauté, la variété féconde de ses encadrements. D'ailleurs ce poète hait tout archaïsme ; il est de son
Étude pour i.e manuscrit uu « Bonhomme Misère » Par J. Ghamé.
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LA IU:VI !•; DK 1/AJ(T
lumps, cl son but est de rcprnduiie uvec lo guiil, la linosse el icmolioii des mjiîtri's (le jadis, les scènes dii présent, les choses vnes qni nous entourent. Uuoi de plus moderne que le portrait équestre de M. P... et le paysage de lignes simples et si nobles qui sort de frontispice au manuscrit de Tessan- courl '/ (jiii ne voit que ces œuvres rappellent les paysages el les coursiers
de .lean Fouquel, n)ais sans les imiter ?
Chose remarquable, c'est grâce à la discipline si sévère et si forte de cet art de lenlumineur (|ur (iranié, loin de se spé- cialiser, a conquis enliii la liberté de son talent, sa conscience délinitive de peintre et de dessina- teur.
De la table, où, comme un joaillier, il sculpte dans l'or lin ses Heurs, ses oiseaux, ses lettrines, (iranié souvent passe à son chevalet. Il exécute à la mine de plomb, sur papiers légèrement gris et rehaussés d'un i)eu de gouache, ces admirables dessins que les amateurs d'art connaissent et recherchent depuis longtemps déjà : son délicieux Porlrait d'enfunl (|ui s'inspire libi'ement et s'approche du célèbre profil d'enfant de Léonard ; la ligne sobre el élégante du porlrait de M. Pierre Baudin; la poésie des chevelures qui, tantôt dénouées comme dans le Pvrlrak de jfunv fille, ou ramenées sur le sommet de la lèle, ou frisées et bouclées selon les portraits d'Ingres, accompagnent toujours des lignes el des traits d'une idéale pureté. Certes, il suflisait à Granié de ses dessins, ou bien de ses enluminures pour mériter la renommée qui lui vient à présent. Mais tandis qu'il brodait son vélin d'arabesques et faisait ses dessins à la mine de plomb, Granié aussi ne négligeait pas la peinture, et préparait par de remarquables travaux l'œuvre qu'il vient d'achever el qui marque dans sa vie une étape nou-
j\l. 1'... A UIIKVAL l'ur J. (iH^MK. (Kltrail tlo \Bhloirv rfr Tmmiifuurl.
.1. (;i!.\.\ii".
OH
vello, le plein épanouissement tic son art ; je veux parier du portrait de M"" Moreno. On devine au premier coup d'œil que l'auteur d'un tel portrait a longlemps étudié les maîtres allemands du xv". C'est en eiïet d'Albert Diircr, de llans Holbein et de Lucas (Iranach que Granié proc^de, mais avec sa facture, son tempérament personnel et son sens propre de la vie.
l'onTîiAiT m: ir-MMi:, |i.iiJ. CmsiÉ. Collrelion lîo M. Mas«oii.
Au début, et dans le feu de sa passion pour ces grands hommes, le peintre de Moreno se plaisait trop à copier leurs arrangements. Dans tels de ses por- traits, celui de M"" Bergerat par exemple, l'artiste semble dominé, quant aux dispositions de la coiffure et du vêtement, par les souvenirs des vieux maîtres. Mais peu à peu il arrive à sentir que pour surprendre l'àmc des grands artistes, il faut, loin de copier leurs ornements et leurs apprêts, imiter avec dévotion leur conscience devant la nature.
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LA REVUE DE L'ART
Il ne suffit pas, pour approcher d'Holboin, d'imiter avec dextérité les gemmes et la pourpre du corsage d'Anne de Clèves; mais, qui pourrait douter, en observant le front et les yeux du portrait de Moreno, que Granié ait compris de
TÊTE d'Étude, par J. Gbamé.
Collection (le M"» Mayer.
quels yeux et de quelle âme Holbein, Cranach et Durer voyaient la femme d'Henri VIII. la tMe de vieillard, le chancelier d'Angleterre et l'homme au
chapelet?
Donc Granié était inspiré et dégagé des maîtres lorsque M"" Moreno s'est
J. GRANIÉ 97
assise devant lui, dans une pose simple, avec sa pâle et (^trange beautc^, et l'artiste a cnîé son chef-d'œuvre.
Certes, dans ce portrait si largement traiti', et d'un fini si minutieux, tout rappelle Holbeiu et Diirer. et rien pourtant ne les imite.
Portrait, par J. Graki*.
Collcclion (le M. Olivier Saiiis^re.
Un bout de corsage, une dentelle noire sur l'épaule et le haut des bras, un fond uni vert foncé, voilà tout le décor et tout l'arrangement. Point de bijoux et point de plis somptueux, mais au contraire des sécheresses d'exécu- tion voulues, des raideurs et des lignes sobres afin qu'aucun détail ne distraie
• LA REVUR DE 1,'aRT. — VI. 13
«8 l,A liKVIK l)K l/AItT
les yeux. Tout se concentre et tout converge au visage et aux mains, aux longues mains transparentes...
Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles Oui font souvent le bien et peuvent tout le mal.
Oui, tout dans ce portrait est sacrifié au poème des mains pâles, du front d'ivoire haut et pur, gonflé d'intelligence, des adorables cheveux blonds (sont- ils blonds?) que jadis Rodenbach voihi ol dévoila, enfin nu sourire nnibif;u des lèvres pourpres circonflexes...
...Va quiconque aperçut déjà cette œuvre simple et émouvante a prétiil à (iranié d'autres chefs-d'œuvre et une noble vie d'artiste.
Et c'est aussi l'avis de M. le ministre des Beaux-Arts... donc loul va bien pour notre enlumineur et pour la gloire de Toulouse !
Noire ami et compalriote (ieorges Leygues vient une fois de )tlus d'aflirmer la sûreté de son goût en achetant le portrait de M"° Moreno pour le musée national du Luxembourg.
.IKA.N cm l'I'l.
LK ML'SEH 1)1 BAHDO A TUNIS
El' LES
FOUILLES DE AL CAUCKLEH A CARTHxVdE
IV
iruL'ii ili- la maison du iv'' sii-clo de nolrr i'iv ([ii<- rccoiiviîiil II! caveau où ont iHé li'ouvôes les statues que nous avons décrites, les restes d'autres maisons romaines ont été rencontrés sous une mince couche de terre végétale, dans toute létendue du terrain dont disposait M. Gaucklcr. Chacune de ces maisons a, au-dessous d'elle, son réservoir en forme dénorme bouteille à parois stuquées. réser- voir qui ilevail être alimenté non seulement par les eaux de pluie recueillies sur les toits el dans les cours de l'habitation, mais aussi par des conduites communiquant avec le grand bassin couvert, tout voisin, oîi un aqueduc déversait les claires eaux du Zaghouan. Ces réservoirs descendaient jusqu'au niveau des tombes puniques ; quelques-unes de celles-ci ont été défoncées
' Second article. Voir la Revue du 10 juillet 1899, t. VI, p. I.
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par les travaux que les puisatiers ont exécutés pour implanter ces citernes dans le remblai sur lequel étaient assises les maisons. D'autres tombes, en plus grand nombre, sont demeurées indemnes, soit qu'elles se trouvassent dans les intervalles compris entre les citernes, soit que le fond de celles ci ne descendît pas jusqu'au niveau des sépultures. C'est à une profondeur de 6 à 7 mètres au-dessous du sol actuel que l'on atteint, d'ordinaire, le sol des hypogées de la Carthage indépendante.
Jusqu'au moment où les nécropoles de la première Carthage ont commencé de livrer leurs secrets, les explorateurs de la Tunisie n'y avaient guère aperçu et étudie, des frontières de l'Algérie à celles de la Tripolitaine, des chênaies de la Kroumirie et des vastes olivettes du Sahel aux palmeraies du Djérid, que les débris, souvent imposants, de la civilisation romaine. Celle-ci, dans toute l'ancienne Afrique proconsuiaire, se montre partout comme à lleur de terre. Là où elle ne sollicite pas le regard du passant, visible de loin et encore majestueuse dans sa ruine, il suffit d'éclaircir le maquis pour la faire repa- raître au jour, représentée, dans les cantons maintenant les plus déserts, par les débris de ces innombrables henchirs , de ces fermes où l'huile ruisselait jadis à flots sous la meule du pressoir.
Dans les édifices, dans les images et dans les inscriptions de cette Afrique romaine avec laquelle il était si facile d'entrer en contact, on retrouvait des vestiges sensibles des cultes, de la langue et des moeurs de l'Afrique punique ; mais celle-ci ne se survivait et ne se laissait entrevoir que sous cette forme atténuée et dans cette sorte d'existence posthume. Lorsqu'on vou- lait remonter jusqu'à la vraie civilisation carthaginoise, on ne savait où la prendre ; on ne rencontrait plus que quelques traces confuses des grands ouvrages exécutés par les ingénieurs puniques, de leurs citernes, de leurs ports et de leurs murailles, que des tombes éparses sur divers points de la côte et d'ordinaire assez pauvres, que des stèles dont l'intérêt principal était dans les motifs d'ornementation qui les décoraient ; on n'y lisait guère que de brèves et sèches formules votives, toujours les mômes sur des milliers de pierres. C'était hors de l'Afrique, à Marseille, à Malte et en Sardaigne, que l'on recueillait les inscriptions puniques dont le texte, plus développé, conte- nait des mentions d'une réelle importance. A Carthage môme, les fouilles qui avaient été tentées depuis le milieu de notre siècle n'étaient jamais arri- vées à dépasser la couche épaisse de cendres, de pierres noircies, de bois car-
LE MUSEE DU BARDO A TUNIS
loi
bonisés, de fragments de métaux tordus ou fondus par le feu, d'ossements à demi calcinés que l'on rencontrait sous les substructions de la Carthage romaine, dans tout l'espace jadis occupé par les principaux quartiers de la Carthage punique. C'était, ou jamais, semblait-il, le cas de s'écrier avec le poète : etiam pericrc rii'uhv !
Il n'en est plus de même aujourd'hui. Si les fouilles n'ont pas rendu au jour, dans tout le périmètre de la cité, même les fondations d'un seul édifice
La xkcuupulk plmolk Vup (le la fouille.
qui soit intérieur à 14(), tout au moins ont-elles dégage, sous cette ville des vivants dont toute trace a été effacée par la reprise même et la continuation de la vie, la ville des morts, les cimetières de la Carthage qui faillit, avec Hannibal, triompher de Rome.
Les premières tombes puniques qui aient été ouvertes dans l'enceinte de Carthage l'ont été, en 1885, dans ce canton même de Dcrmech oîi fouille en ce moment M. Gauckler, par Tingénieur Vernaz, chargé d'étudier, en vue de la restauration quia été exécutée depuis lors, le tracé de l'aqueduc antique; c'est du moins les premières sépultures de ce genre dont le vrai caractère ait été
102
LA iU':vi:k dk l'aut
reconnu cl (|iii iiiciil ôlo di'-cri les avec |»fécisioii'. l'hi I8!>0, le père Uelattre on (lécDiivrail daiiti-es sur les [)eiiles méridionales de la cidiiiie de Hyrsa : en 18'J'i, il exidoilail celles du sile <ju"il a|)|)elle hoiiiinès (d, en 1897 el I8D8, il dé^a- ^eai( un aulre jironpe de sépuKures, silnées un peu plus au nord, celles <|ue renferme la (•(dliiie de Hurdj-Djciliil. On sait mainleiuml ofi clierelier les diUé-
MasijLK KN TICBIli: CtlïK
renls cimelières de Carlliage; on peut même, quand on sallaque à l'un d'entre eux, prévoir, jusqu'à nn certain point, ce que Ion y trouvera. Les sépultures les plus anciennes sont celles de Byrsa et du (juarticr de Dertni-ch ; elles
' Hei'ue iircliédluniifue. ISS7-. ji. 11-37 el lil-170: Veriuiz. Sole .s-ur îles /oui lies <i ('(irlhiii/e, I88i- 1883.
Les lelHtiims nue le It. I*. UcUitlie ii ikiiiiiées de ses fouilles et de ses découvertes sont éparses d;ius trop de recueils périodiques pour ipiil soit aisé d y renvoyer : les plus importantes ont été annoncées dans les Comptes rendus de V Académie des Inscriplions.
Dans un récent article de la Reeue des Deux-Mondes (I" juin 1899), mon savant confrère. .M. l'iii- Uppe Berger, a résumé, avec sa précision ordinaire, les résultats d'ensemble des recherches qui se sont poursuivies, depuis 188.">. dans les nécropoles de la Carthage punique. Cet intéressant niémoirc a pour titre ; les Fouilles de Carlliage.
LR misi:k I)i: iîaimx» a ti;ms
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remontent au vii° et au vi" siècle. A mesure que la ville grossissait et s'éten- dait, elle repoussait ses cimetières vers la périphérie. C'est ainsi que la né- cropole do Boi'flj-Djed'uL pins éloignée du centre, ne date que du ni" et dii u" siècle.
Ces dates, dira-t-on, comment les lixez-vous? V a-t-il, dans ces tombes
MASQUK KN TF.1;I!K ClIIK
OH au-dessus d'elles, comme dans les cimetières du monde gréco-romain, des inscriptions qui fournissent les éléments d'un classement clironologiqne ? Non certes; jusqu'ici, à Carthage, la tombe, à de très rares exceptions près, ses! loujours montrée anépigraphe ; mais elle conlicnl un mobilier fuiiéraire el, là où celui-ci est riche et varié, il offre des données qui suggèrcnl une dalc. loul au moins une date approximative. La plupart des objets que rcnlerment les tombes de Daiibnis et de Dermech porleni lempreinlc 1res marquée du stvle égyptien. Qu'ils soient de fabrication égyptienne ou. ce qui est plus fréquent, que l'on y reconnaisse des imitations plus ou moins libres des types créés
IW LA REVUE DE L'ART
par l'industrie de Memphis et de Sais, ils attestent que, du temps où ils ont été enfouis dans ces sépultures, c'était avec l'Kgypte et avec la Phénicie que Carthage avait les plus étroits rapports, que l'influence des arts de la Grèce ne l'avait pas encore pénétrée profondément, comme ce sera le cas après qu'elle aura pris pied en Sicile et que ses armées y auront guerroyé pendant trois siècles. C'est encore une ville tout orientale, toute sémitique ; cependant elle a déjà des relations commerciales avec les marchés grecs ; on a commencé à y apprécier et à y rechercher les produits de la céramique grecque, et, comme ceux-ci se laissent dater, à quelque cinquante ans près, on a là un très sûr critérium ; il n'a jamais dû s'écouler beaucoup d'années entre le moment où les vases sont sortis de l'atelier et celui où la tombe les a reçus. Or, à Byrsa, à Doitimès et à Dermech, on recueille, à côté de la poterie indigène mono- chrome, des vases grecs de fabrication corinthienne et quelques-uns aussi qui paraissent de fabrication ionienne et attiquc ' ; les plus anciens de ces vases remonteraient au vu" siècle, et les plus récents au v®. Au contraire, la nécro- pole de Bordj-Djedid ne livre que des pièces d'origine sicilienne ou italienne qui appartiennent à la période où l'industrie du vase peint était en pleine décadence. Nous sommes ainsi reportés au temps des guerres puniques. D'ail- leurs, si dans ce cimetière on rencontre encore ce que les archéologues appel- lent la pacotille phénicienne, l'artisan phénicien ne serre plus alors d'aussi près les modèles dont il s'est inspiré au début ; c'est ainsi que, dans ses pasti- ches des ivoires, des terres émaillées et des bijoux de l'Egypte, il ne met plus de cartouches royaux ni même d'hiéroglyphes isolés.
M. Gauckler a ouvert jusqu'ici, dans le terrain Ben-Attar, cent trente tombes puniques. Les premières qu'il rencontra étaient de simples fosses à inhumation creusées dans le sable vierge. Elles sont généralement assez pauvres et ne renferment guère qu'un scarabée en cornaline ou en pâte, sorte de carte d'identité du mort, un anneau en bronze, un disque taillé dans un œuf d'autruche, une figurine en terre cuite peinte servant d'amulette protectrice, quelques perles de collier, très peu de poteries. Tous les tombeaux,
' Voir en tète et à la fin de l'article.
I.K Ml SKK 1)1 KAKIMt A T I M S
io;i
fosses avec nu sans ihillos, caveaux bâtis ou taillés dans le roc, sont d'ailleurs précédés diin puils rectangulaire creusé dans le sable vierge. On descendait par ce puits pour creuser la fosse et placer le cadavre. Le puits était rebouché après coup, et ce qui décèle la présence des tombeaux, c'est la dilTérence de
*- .-'...jjk. yj ^
Plan, ijoii'es kt ki.kvation dîne tombe tiniouk
couleur et d'aspect (|ii<' l'ii'il d'un fouilleur exercé saisit entre la Icrre vierge et la terre rapportée.
D'autres fosses sont recouvertes d'une simple dalle qui garantissait la télé et les objets groupés autour du cràné. Ces sépultures renferment déjà un mobilier de plus de prix et plus varié. C'est ainsi que l'une d'elles, dès le début des fouilles, donnait, à peu près intact, un grand masque en terre cuite,
LA REVUE DE I.ART. — VI. 14
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LA REVUE DE L'A HT
Poisson
Kprouvo tir)>r (l"im moule |iuuii|iii'.
petit nombre de moules. Un n'en
presque identique à l'une des pièces du môme genre que le Père Delattre a découvertes dans ses tranchées de Douimh et que l'on peut voir au Musée de Saint-Louis. Des masques semblables ont été retirés, dans la suite des tra- vaux, de plusieurs autres tombes. Nous en reproduisons doux exemplaires, choisis parmi les mieux conservés. Comme on en jugera par ces deux échantillons et comme nous l'ont mon- tré d'autres fragments, ces mas<|ues, un peu moins grands que nature, n'é- laicnl pas lires mécaniquement d'un i pas troiivé deux qui soient exactement pareils; mais ils ont tous le même caractère. Les artistes qui les ont libre- ment et très hardiment modelés ont cherché et réussi à leur donner une expression à la fois grotesque et sinistre.
Dans le plus grand de ces masques (hauteur 0'",24), la face, toute glabre, paraît celle d'un vieillard. Elle est élargie et tordue par un rire qui contracte les joues et fait saillir les pommettes, entre deux énormes oreilles, très haut placées, et un gros nez crochu. Ce rire relève les paupières vers leur bord extérieur, autour du vide noir de l'orbite, et il entoure d'un double cercle de plis la bouche largement ouverte en entonnoir; celle-ci laisse apercevoir, entre les lèvres très écartées, une double rangée de dents, qui s'enlèvent en clair sur l'ombre de ce trou béant. Le front est dénudé et fuit en arrière. Ce qui ajoute à l'étrangeté de ce visage, ce sont les raies creuses et parallèles qui sillonnent le front et les joues. Sont-ce des rides que l'on a voulu ainsi figurer? Je ne le crois pas. Des rides sur le front, c'est fort bien ; mais il n'y a pas place pour des rides sur la joue tendue. Ce qu'il faut plutôt voir là, c'est l'indication d'une sorte de tatouage, de balafres disposées
par séries. Aujourd'hui encore, il y a, dans l'intérieur de l'Afrique, cer- taines tribus qui ont l'habitude de se taillader ainsi la chair. Chez les unes, c'est le désir de se donner un air plus féroce; chez les autres, c'est
Poisson
É|}rcu\e tirée d'un moule punique.
LE MLSEE DU UAHUU A TUNIS
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la pensée d'ouvrir un passage à ce que Molière appelait « les humeurs pec- cantes » et de se prémunir contre certaines maladies. Enfin, dernière sin- gularité, sur le front et sur les joues sont apposées, par paire, des pastilles de forme circulaire. Ces disques avaient certainement une signification; ce qui le prouve, c'est que, sur d'autres masques, nous les voyons enveloppés par un croissani, et il est impossible alors de n'y pas reconnaître le soleil
Ibis akfhontks Kin'L'uve lii't-e d'un moule punique.
et la lune, groupe symbolique qui se rencontre sur nombre de monuments phéniciens, en Syrie comme en Afrique '.
Quoique d'un aspect assez différent, un second masque (0"',23 de haut) laisse la môme impression. Ici, la tête, au lieu de se rétrécir par en bas et de former une manière de triangle, est toute ronde. Les dents ne sont pas, comme dans le premier masque, détachées les unes des autres ; ce devait être la peinture qui en marquait la séparation. Mais le nez est aussi violemment busqué ; les yeux sont aussi obliques et aussi creux ; la bouche a le même rictus sardonique.
' Histoire de l'arf dans Vantiquité. par Perrot et Chipiez, t. III, fiff. 30, 58, 71, 72, 178, 194, 282 283, etc.
i08
LA l«KVI li l)K l/Ain
Avec quelle inlenlion el à quelle lin déposail-on ces masques dans les lombes? Je ne vois qu'une explicalion. Celle bizarre image élail eclle dune divinilé inl'ernale donl la grimace farouche devait effrayer el écarter les mécliants démons qui viendraient (roubler le repos du mort dans sa tombe; c'était ce que les Grecs appelaient un à-o-po-a-.ov, mol à mot un o délournoir ». Plusieurs des masques sont pourvus de ti'ous percés dans l'argile au-dessous
des oreilles. Etaient-ils attachés sur le visage du mort ou suspendus aux parois du caveau ? Les fouilles n'ont pas encore permis de trancher la queslion.
A mesure que l'on s'enfonçait dans le liane de la colline, les tombeaux devenaient plus nombreux, plus importants, plus riches. (Jueiques-uns sont disposés en auges entièrement tapissées de dalles. L'on y trouve des bijoux d'argent, des colliers formés de milliers de perles en pâte de verre et en pierres dures, améthyste, agate, cornaline, cristal de roche, quelques pendants d'oreilles el quelques bagues en or.
Enlin, le 2 lévrier, on découvrit deux grands tombeaux semblables au tombeau dit d'Iadamelek, qui a été dégagé, en ISi»i, par le P. Delattre, dans le terrain conligu '. C'étaient, comme la sépulture en question, deux caveaux tout entiers bâtis en pierre appareillée. La chambre funéraire est fermée par une porte monolithe, qui s'applique exactement sur la façade ; elle a 2'", od de long sur 2 mètres de large et 2 mètres de haut. Elle est construite sur un plan rectangulaire, en dalles de tuf soigneusement équarries et de grandes dimensions. Celles qui, posées à plat, forment le plafond, sont protégées contre la poussée des terres par une série de dalles qui, en se contrebutant, jouent le rôle d'un toit à double pente. A l'intérieur de la chambre, le plafond de pierre, comme on l'a déjà constaté dans d'autres sépultures du même type, était double par un plafond de cèdre. Celui-ci, avec le temps, s'est elfrité ; il est tombé par morceaux ; mais on distinguait encore, sur le dessous des
Statuette de Bes
l'iprcuvc liri'c d'un iiioulo puiiiqii
' On l'appelle ainsi à, cause d'un pendant de collier en or, qui y a été trouve près d'un des sque- lettes. Sur ce bijou était gravée, en caractères phéniciens presque microscopiques, mais très nets, une dédicace à Aslarlé Pypmalion. suivie du nom du propriétaire de l'objet, ladamclek.
I.K MISKI': 1)1 l!Altl)(t A il MS
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dalles, rcmprciiilc îles libres du bois, dont les débris jouchaienl le sul cl se réduisaient eu poussière sous le doijiçl ([ui les touchait. Les parois du caveau étaient revêtues d'un stuc très lin et 1res dur. Ce stuc avait la blancheur cl l'aspect cristallin de la neige; il si? détachait par plaques épaisses d'un centi- mètre.
Cette architecliire tiiuéniire est la simplicité même; mais tdic n pourtant
M.lSiil.K EN TERKE CLITE
sa noblesse et sa beauté. Par la dimension des matériaux, par hi diligence avec laquelle ils ont été appareillés, parla sobre élégance de ces revêtements en cèdre et en sluc,.ces tombeaux donnent, comme les murs grecs de l'acropole d'Athènes, l'impression d'un ouvrage exécuté par des ouvriers qui portent partout, même dans ceux de leurs travaux qui ne sont pas laits pour être exposés à la vue, le même souci de la perfection, une sorte de scrupule reli- gieux. C'est là, pour chaque art, la marque propre des créations de l'âge classique. A Carthage, dans la nécropole de lioi'dj-Djcdid, plus moderne que celle de Dentiech, les tombes ne sont plus maçonnées ; ce sont des grottes creusées, à moins de frais, dans l'épaisseur du tuf.
110 LA HEVL'E UE L'AUT
Le mort, dans les tombes les plus anciennes, dans celles que nous venons de décrire, était étendu directement sur le sol, sans cercueil. Par le puits quadrangulaire qui donnait accès au caveau, il y avait été descendu, au moyen de cordes, lié sur un lit de planches ; on a retrouvé, dans certaines sépultures, les anneaux rivés et les grands clous de cuivre qui avaient servi à assujettir les bois dont se composait cet appareil. Le cadavre était couché là, revôtu de ses plus beaux babils et paré de ses bijoux les plus riches. Quelques poteries fines et légères étaient déposées tout près de lui. Les jarres de grande dimension étaient accumulées dans un coin ; elles contenaient les vivres et les boissons destinés au mort. Ce sont là les dispositions que l'on observe à peu près dans toutes les tombes de cette époque ; mais la valeur et le nombre des objets ensevelis avec le défunt varient d'une sépulture à l'autre.
Le premier des deux caveaux ouverts le 2 février était occupé par deux squelettes, probablement le mari et la femme. L'homme portait au doigt un anneau d'argent avec un scarabée en cornaline, dont le plat forme cachet, et la femme une bague en or avec chaton figurant un ura>us ailé et deux colombes. D'or aussi étaient les pendeloques du collier et les pendants d'oreilles. Le deuxième caveau ne renfermait (|u'un corps d'homme. Un seul anneau d'argent avec scarabée en pâte de verre, deux cylindres d'or, un ((inlharc ai une coupe en hucchero nero.([\\\ |)araissenl de |>roveiiaii( c atti(|iie en lèle de l'article).
Un troisième caveau, situé entre les deux précédents, un peu eu arrière, était moins grand et d'une construction moins soignée ; mais le mobilier était d'une richesse inouïe. Le squelette, celui d'une femme, peut-être d'une prêtresse, tenait encore dans la main gauche un grand miroir en bronze et, dans la droite, de lourdes cymbales du même métal. Le poignet gauche disparais- sait sous un bracelet de perles, de scarabées, de hgurines diverses : au bras droit étaient entités plusieurs anneaux d'argent et d'ivoire. Les doigts étaient chargés de bagues d'argent et d'un anneau d'or avec quatre cynocéphales gravés sur le chaton ; à l'oreille gauche, un pendant d'or avec la croix en tau. Au cou, un grand collier d'or massif, formé de quarante éléments de formes variées, symétriquement disposés à droite et à gauche d'une pièce centrale qui figure un croissant en turquoise retombant sur un disque en hyacinthe. 11 y avait un second collier en argent.
].]■] MISKK ne BAKDd A TIMS
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Ce mobilier funéraire, l'un des plus riches qui soienl sortis d une tombe de Carthage, comprenait encore un aryballe et un alabastre corinthiens à figures (cul-de-lampe à la fin de l'article), un grand flacon en terre émaillée
Masque en terre clite
couvert d'une feuille d'or, une statuette en faïence polychrome, tout égyp- tienne de style, des disques d'œufs d'autruche peints, des coquilles remplies de fard rouge et la lampe à deux becs, en forme de soucoupe, qui ne fait défaut dans aucune sépulture.
»
(12 I.A ItKVI K l)K I/AItT
Ces trouvaillos sont celles que lelalait M. (îanckler dans un rapport du milieu do mars. Depuis ce moment, les découvertes ne se sont pas interrom- pues. Parmi les objets le plus récemment sortis de terre, on peut citer des moules en terre cuite qui offrent des motifs de décoration très curieux, sta- tuette de Bès, poissons de diverses espèces, l'œil sacré d'Osiris ou, comme on rappelait en Kgypte, Voudja, deux ibis affrontés, à droite et à gauche d'une lleur de lotus que surmonte un croissant qui enveloppe le disque solaire. Les épreuves tirées de ces moules donnaient des images qui, très cerlainemenl, avaient le caractère damulelles ; mais pourquoi n'étaieiil-ce pas ces épreuves seules que Idii déposait dans la tombe ? Pourquoi y enfcrmail-on les moules eux-mêmes? Mlail-cc pour assurer au mort une façon de monopole, la pro- priété exclusive de la figure on du symbole lulélaire ? Ktait-ce pour que, dans le sépulcre, il put faire usage du moule à l'elfel de multiplier les exem- plaires de l'amulette? Quelque peine que nous ayons aujourd'hui à entrer dans ces idées, nous ne pouvons guère nous refuser à chercher là quelque naïve conception de cette sorte.
Les sépultures le plus récemmenl ouverles ont aussi produit des staluellcs en terre cuite, représentant une femme assise ou debout, qui ressemblent à certaines figurines de style archaïque que l'on rencontre sur la côte syrienne et surtout à Camiros, dans l'ile de Rhodes ; mais ce qu'elles ont livré de plus curieux, c'est toute une série de masques en terre cuite qui offrent un fout autre aspect que les masques grotesques ci-dessus figurés. Ce que rap- pellent ces monuments, à première vue, ce sont les masques qui, en Egypte, décorent les cercueils de pierre et de bois ainsi que les couvercles de momies. Même physionomie sereine, encadrée par cette coiffure royale que, depuis Champollion, les égyptologues désignent par le nom de Idaft '; c'est une ample bande d'étoffe rayée, qui couvre le front, le sommet du crâne et la nuque, qui s'étale et se tient droite de chaque côté de la face et qui se termine, en avant, par deux pâlies tombant sur la poitrine. 11 est tel de ces masques que, n'étaient la matière et quelques menus détails de la dispo- sition, nous pourrions croire de fabrication égyptienne ; on y retrouve les traits originaux du type égyptien, le nez court et rond, les joues pleines, les lèvres épaisses, le menton arrondi; mais il semble que peu à peu l'artisan se
' C'est un mol copte (|iii signifie ciipuchon.
MC Ml'SKK or RAKI»(( A TIMS
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soit écarté du modèle ([u'il avait d'abord copié presque servilement. Voici par exemple le plus grand et le plus beau de tous ces masques, vu tout à la fois
Masque kn tekfie cuite
de face et de profil. L'ensemble de l'arrangement est bien celui qui a été emprunté à l'Egypte; mais il y a ici, au-dessus du front, une rangée de baguettes en verroterie ou plutôt peut-être une couronne de joncs llcurisetun large bandeau que ne comporte pas le klafl. authentique; l'étoffe, au lieu
LA REVUE DE l'aRT. — VI. 15
114 LA REVUE DE L'AHT
d'être rayée, a comme décor un semis de petits cercles. Ce qui est plus signi- ficatif encore, c'est le caractère des traits, le visage allongé, le nez saillant et busqué, les lèvres fines, le menton pointu. Ici, le sculpteur a travaillé d'après nature ; il a copié le type qu'il avait sous les yeux, celui des femmes de Car- tilage, ses contemporaines. Dans le mouvement des yeux et dans celui de la bouche, qui se relèvent vers leur bord externe, il y a même quelque chose de ce que l'on a appelé le sourire ('(jinéliqiip, une trace de cet effort pour animer la figure qui se marque dans les œuvres de l'archaïsme grec. Ce que rappelle surtout la facture de ce masque, c'est celle de certaines têles en terre cuite et en calcaire qui proviennent de Cypre, de cette île où ont vécu juxta- posés, pendant dos siècles, les Grecs et les Sémites.
Dans tous ces masques, où les nus étaient peints en rouge, tandis que la coiffure était coloriée en bleu avec un pointillé rouge, on ne saurait guère voir que des portraits, les portraits des morts qui avaient été couchés dans ces tombes, ou plutôt ceux des mortes, car aucune de ces images n'offre le moindre vestige de barbe ni de moustaches. Des bijoux paraient ces effigies ; de petits trous percés dans le lobe de l'oreille indiquent encore la place du joyau qui y était suspendu. Celui-ci a disparu ; mais un anneau d'argent, le nézem, comme l'appelaient les Hébreux, demeure encore passé dans la narine gauche.
Ces masques étaient trop petits pour avoir servi à recouvrir le visage du cadavre ; deux d'entre eux n'ont que 0"",i7 et 0'",15 de haut. Celui qui est ici figuré en double mesure 0'",29 ; mais c'est avec toute la poitrine. La tête n'a guère jamais que la moitié de la grandeur réelle. Ces images ont donc dû être posées à terre ou fixées contre les murs du caveau. Il en avait déjà été trouvé de semblables à Carthage ; nous en avons une au Louvre; le musée Saint-Louis en possède plusieurs ; il y en a au Musée britannique et à Cagliari qui proviennent de la nécropole de Tharros, en Sardaigne ' ; mais pas un de ces masques n'a les dimensions de celui que nous avons décrit en dernier lieu et n'est aussi intéressant par sa conservation merveilleuse comme par la précision et la fermeté de son modelé.
En dernier lieu, au moment où M. Gauckler allait interrompre la fouille pour la reprendre à l'automne, ce qu'elle lui donnait surtout, c'étaient non plus
' Perrot et Chipiez. Histoire de l'Art, t. III, p. 464-465 et fig. 340.
LE MUSEE DU BARDO A TUNIS 115
des caveaux bâtis, mais des sarcophages en tuf, sarcophages qui présentaient tous une m^me orientation. Grâce à \a méthode avec hiquolle il poursuit ses fouilles en tranchée, M. Gauckler a pu faire là une découverte curieuse, reconnaître le vrai caractère de ces prétendus autels puniques qui avaient été trouvés en si grand nombre par le Père Dclattre dans ses galeries. Ces
Empreinte d'un cylindkk en jalk
autels sont dressés au-dessus du sarcophage, vers le couchant; ils indiquent la place de la tête du mort, dont les pieds sont tournés du côté de l'entrée, vers le puits et vers la stèle qui est plantée verticalement devant le sarco- phage. L'autel tient là la place de la colonnette surmontée d'un turban qui décore la tombe arabe actuelle.
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La Carthage punique n'a donc pas livre à M. Gauckler de moins précieuses dépouilles que la Carthage romaine, et encore avons-nous oublié de men- tionner, parmi les plus curieux des objets que lui a fournis cette nécropole, un cylindre assyrien en jade, qui figure un dieu étouffant un monstre ailé. C'est la première gemme de cette provenance que l'on ait découverte dans l'Afrique du nord. M. Gauckler a eu la main heureuse ; mais, en matière de fouilles, la chance ne sert guère que ceux qui l'ont méritée, qui ont su bien choisir leur terrain et bien conduire leur chantier. Nous comptons, pour la campagne prochaine, sur de nouveaux coups de fortune. Ainsi, du fond de ces tombes, achèvera de sortir et de se dégager l'image de cette Carthage phéni- cienne qui, comme le dit M. Gauckler, « se révèle ici, à nous, avec toute la saveur de son originalité primitive, très différente de la cité des guerres
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puniques, laqucllo avait déjà été profondément transformée parles inllucnces italo-grecques ».
En revenant de Cartilage, jai voulu relire le roman carlliaginois de Flau- bert. Ce n'était pas sans une certaine inquiétude que je tentais cette expérience. Je me demandais si, malgré toute la peine (jue Flaubert a prise pour étudier les textes anciens et pour avoir l'impression directe du site, le cadre où il a placé les personnages n'était pas de pure fantaisie. Quand il visita la Tunisie, la tombe punique n'avait pas encore commencé à trahir son secret. A la lecture, mes craintes, je dois le dire, ne se sont pas confirmées; j'ai plutôt eu une surprise On retrouve là le défaut, qui, chez F'iaubert, a toujours choqué les délicats; il s'est exagéré l'énormité de la ville, les dimen- sions de ses ports, de ses magasins et de ses édifices, l'étrangeté des person- nages qu'il met en scène. 11 voit gros ; mais, en somme, il a vu juste. Peut- être a-t-il fait sa Carthage du m" siècle phis purement sémitique, plus orientale quelle ne l'était alors en réalité. Il a légèrement vieilli son décor: mais celui-ci, dans l'ensemble, paraît ne pas manquer de vérité. Essayez de vous figurer la femme carthaginoise de la haute classe d'après les masques trouvés dans les sépultures ainsi que d'après les bijoux et autres objets de toilette qui les y accompagnaient; l'image que vous restituerez ainsi ne diffé- rera pas sensiblement de la Salammbô que Flaubert nous montre présidant, en son costume d'apparat, aux cérémonies du culte de Tanit.
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Van Dyck-nmx
Rf-v.io dp l'Art ancien ef. moderne
LORD PHILIPPE II WHARTON Musée de rErinita.g-e
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VAN DYCK
EXPOSITION dn troisième conlenairc <lc la iiaissancp de Van Dyck s'ouvre à Anvers an moment où paraissent ces lignes. Les œuvres quelle réunit, qu'elle a empruntées aux galeries particulières et qui, pour la plupart, étaient inconnues ou oubliées du grand public, feront l'objet d'une prochaine étude. Mais avant de dire ce qu'elle ajoutera à la mémoire du peintre, il a paru naturel de rappeler ce quelle nous promctlail et quel maître on savait déjà y retrouver.
Un homme heureux. Son âme éclôt dans le luxe d'une maison de riches bourgeois Hamands, sous les caresses d'une mère de goûts délicats. Le don est bien vite manifeste chez lui, puisqu'il entre à dix ans dans l'atelier de Van Balen, qu'il est bientôt après admis chez Rubens, qu'il devient confrère de la guilde de S. Luc à dix-neuf ans et qu'il est dès lors fameux dans une ville
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OÙ l'artiste a la primauté. 11 habite avec Rubens, est associé à ses travaux, partage son illustration ; il est visiblement destiné aune môme fortune. Mais cet exemple l'encourage à suivre sa jeune ambition, sollicitée déjà vers l'étranger par les amateurs, par les cours, par l'appel plus pressant encore des chefs-d'œuvre classiques et de la grande Italie. 11 commence donc sa conquête : il a vingt et un ans. Il se présente d'abord à Jacques I" d'Angle- terre qui l'engage à son service : mais il ne peut se lier ainsi dès le début et peu après, sur le cheval que lui a offert Rubens, il repart d'Anvers, traverse les Alpes, arrive à Gènes. C'est un jeune maître glorieux, de licre allure, séduisant : fine tète flamande, ennoblie d'un air de négligence. Tout de suite il entre comme de plain-pied dans l'uristocratic des grandes cités qu'il visite l'une après l'autre, promenant pendant cinq ans de Turin à Florence, de Venise à Rome, à Naples, à Palerme sa fantaisie et son succès. Ses compa- triotes et ses confrères ont la gaîté bruyante : il les évite ; il ne se plaît qu'en bonne compagnie, en société princière et il y plaît : c'est le « peintre cavalier », comme l'appellent ses flatteurs ou ses envieux. Après les cours italiennes, il voit, rentrant par la France, la cour de Louis Xlll et de Marie de Médicis. D'Anvers, où il s'établit pour quelques années, il lui faut, à maintes reprises, se rendre auprès des Infants de Bruxelles ou du Stathouder de Hollande. Enfin les instances de Charles l" remportent. Dès 1632, nous le trouvons installé à Londres, magnifiquement défrayé par le roi, pensionné, titré, ayant équipages et livrée, vivanl dans la familiarité du prince, de la reine, des courtisans, fêté par la haute Angleterre aussi flatteusemcnt qu'il avait pu l'être par la noblesse italienne. Pour entretenir ce train de maison et justifier sa fortune, il travaille prodigieusement, trop, trop vile : n'a-t-il pas la main la plus rapide, la plus siirc et tout un atelier délèves? Ne doit-il pas tenir son rang dans ce monde qui l'accueille comme un égal, dont il ne lui suffirait pas d'être le peintre attitré, où les femmes lui sont favorables et. dit-on, faciles? Du reste son protecteur est indulgent à ses folies et les répare. Il se laisse marier par lui à une fille de vieille race et charmante qui lui donne un enfant. Se sent-il vraiment l'obligé des générosités royales? On en doute quand on le voit aller à Paris, en 1641, pour y tenter une nouvelle carrière. Mais cette vie a été trop prodigalement dépensée. Il revient mourir à Blackfriars, le 9 décembre t6il, laissant à quarante-deux ans une œuvre dont linventaire. assurément incomplet, comprend douze cents
VAN DYCK lin
pièces, cl ce prestige d'un être privilt^gid qui fui un des jeux brillanls de la nature.
Cependant, quelle qu'ait été la précocité de son talent, il apparaît, dès le
Le HEPOS en EoïPTE (Muslx Je Munich).
premier aspect, comme relevant d'un maître dont il accepte la technique et la doctrine. Rubens a rayonné d'un trop vif éclat : il a peuplé le monde d'une création trop magnifique pour que ses élèves essaient d'en détacher leurs yeux ; ils en subissent tous la domination et conservent ce répertoire de formes et d'idées, ce style énorme que ne peut échauffer leur àme tranquille. Van Dyck ne rejette rien de la discipline magistrale. Il a les modèles de l'atelier,
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les formules de l'école. Mais il y chcrcho une beauté particulière cl c'est dun geste original qu'il drape autour de ses épaules le lourd manteau triomphal qui pendait au chevalet du maître.
Il a reçu on effet un autre enseignement que celui de Rubens. Comme
Rubens, il a complété son apprentissage par l'élude de l'Iliilio : mais du style italien il s'est assimilé des parties auxquelles ré- pugnait le violent lem- péranienl de son profes- seur, (le n'est point la grandeur de Michel-Ange qui le frappe : bien moins encore la production en- combrante d'un Jules Ro- main ; mais Venise, et dans Venise, plus peut-être que l'opulent Titien, le mys- térieux Giorgione. C'est (I une façon générale le culte des belles lignes, les attitudes nobles, l'harmo- nie et cette grande ordon- nance académique dont n'avait pu s'accommoder jusqu'à lui aucun des Fla- mands italianisés. La combinaison des deux influences reste son secret môme. Sa couleur est tantôt imprégnée de cette brume dorée des grands Vénitiens : tantôt elle redevient flamande et conserve à chaque matière sa nuance spéciale de la lumière à l'ombre. Il ne lui suffit pas d'obtenir l'harmonie de sa toile en y répandant un ton général enveloppé de clair- obscur : sans doute il connaît les ressources de la nuit, mais il est aussi trop sensible au plaisir du ton local. Et d'autre part il ne se bornera pas à l'emploi des quelques couleurs fondamentales, frustes, fortes par leur
Pim.Il'PE l.l; UOY. oail-foilc ilo Vix I)vi:k.
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Saint Sebastien (Musl-c il.' Munich)
assemblage, doal Uuljcus suit assurer l'équililji'e : il a moins d'audace et de simplicité; il goûte chacune des multiples combinaisons colorées qu'ollrc
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la nalurc : s'il on altonuo l'éciaf, ccsl pour nuiinlenii- à la fois leur divor- sité et leur accord. Il appoilc la même porsonnalitc^ dans sa vision du modèle humain, liubens montre la force dans la structure de cliaquo membre, dans la saillie de chaque muscle : ce qui lallire, ce sont les parties les plus massives du corps, celles qui donnent le plus violent effort, le mouvement le plus fougueux : ses figures sont tout en action. Van Dyck se plaît à des types moins lourds : surtout il ne leur demande pas des travaux aussi pénibles; il les voit au repos el suit leurs contours : il s'arrête aux minuties de l'ossature; il détaille les articulations, un coude, un genou : il affine les extrémités, il admire non pour leur geste, mais pour leur forme et leurs lignes, de longues mains, fiexibles, paresseuses. Ces mains, elles ne saisissent aucun objet, elles ne tiennent rien, 'elles n'expliquent guère le mouvement ou la parole du personnage : elles sont belles en elles-mêmes, elles achèvent la silhouette, elles s'exposent complaisamment, s'étalent, pen- dent comme des fruits délicats. Mais le corps indolent, que n'exalte aucune action, s'exprime par la physionomie. Rubens était inattentif aux individus, les jugeant trop faibles, trop éphémères et toutes leurs pensées mesquines : ses figures ne manifestent que l'éclat et la puissance de l'humanité, la richesse de la chair, la générosité du sang, une matière pesante agitée par une vigueur invincible. Van Dyck attribue une tout autre importance à la face humaine : elle lui paraît contenir la signification la plus caractéristique de l'homme, et en elTet, à la difierence de son maître, dans l'homme il observe l'individu. Il lui demande donc non seulement ce qu'elle révèle par son apparence générale du tempérament, de l'âge, de l'émotion, mais encore l'intention plus précise, la pensée et comme la phrase qu'elle tient en suspens.
Son art sans doute renferme bien autre chose et nous le verrons. Du moins ce métier et ce style suffisent à l'intérêt d'une partie de son a-uvre. Il a traité les sujets antiques. Il y manque assurément du grand soiiffie héroïque de Rubens el ce n'est plus qu'un paganisme de tapisserie. Mais les colorations sont fines et les académies exquises. Voyez, au Louvre, Thélis demandant à Vulcain les armes d'Achille. La composition est classique : le contraste d'un groupe de forgerons, à peau tannée, se démenant lourdement dans l'ombre, et d'un beau corps nu et léger, s'encadrant dans une draperie rouge, qui flotte, se plaque sur da jambe et s'envole au long du torse ; la ligne est ample
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et sveUe, et quel charme dans celte poitrine radieuse, traversée, comme d'nne fcrronnière,parle cordon qui retient le manteau et s'agrafe d'un pâle rubis ! La tète se renverse dans de Mouds clicveux crépelés, liés de lils de perles : et
Ll'CAS F.T ColiXKII.I.K De WaAI. (Musrci (11, t:,-ii,i(oic) .
partout, au cou, au menton, aux épaules, ces louches délicates qui font sentir le cartilage ou le muscle affleurant sous j'épiderme. C'est touj(uirs le morceau qui chez lui est.de choix, tandis que la composition compliquée reste froide. Son talent lient donc tout entier dans une ligure isolée, dans une Vierge par exemple. De ses nombreuses 5fl//i<es Familles, plusieurs semblent éclairées par
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un lollel du ciel vénilicn: le type de la mère est fnincl)cmenlltallen,d"uiif;alhe ferme et charnu. Mais l'expression esl plus raffinée. La Vierge du Ri-pos m Éffi/pleuasl-cWa pas à la fois pudique et suMilc? Sur sa jeune figure, dans ses yeux demi-clos, passe une pensée furtive : son enfant, étendu dans la grâce de sa chair ingénue, dorl la joue sur le sein: elle l'eflleurede ses mains, seul sa chaleur délicieuse, elle rêve, elle attend. Et n'est-ce pas comme un refrain de la même canliléne que la Vierge de Lille, à l'œil doux et curieux, dont le buste découvert exhale une tendresse innocente? Sur cette ligure sans passion ni mélancolie on ne saurait dire si le sourire ou quelque tristesse est prbs d'éclore. L'enfant, dans sa chemisette, les yeux fermés, garde aux lèvres le tétin, et son bras presse encore la gorge malernelle. Voilà bien des recherches dont le mérite appartient en propre à Van Dyck et qui jettent un charme nouveau sur les types empruntés à ses maîtres.
La piété de Rubens ne semble (jnavoir achevé de maintenir le cainuMlans cette âme satisfaite et puissante; chaque malin, la messe enlendiie, il repreiiail sans scrupule son œuvre païenne, fût-ce un Calvaire ou une Ascension. \'an Uyck assurément n'a pas plus qtie lui de mysticisme : mais sa religion lui fournil des thèmes dramatiques et par là ce peintre de belles formes coopère à l'orthodoxie.
Le catholicisme abesoin deliii. L'homme vient d'être violemment troublé: dans sa pauvre âme coupable, assombrie, désespérée, les réformateurs ont jeté ces frémissantes paroles de la Bible qui atteignent le fond de l'esprit, y relenlissent, y vibrent comme des flèches. L'Lglisc ressaisit les fidèles par des émotions plus douces, par la suggestion plus facile, plus agréable, plus vulgaire que provoquent les images et les imaginations. C'est à quoi ten- dent toutes les pratiques de la dévotion, légitimées par le Concile de Trente, formulées par Ignace de Loyola, répandues, dans les Flandres peut-être j)lus que partout ailleurs, par les Jésuites, dont Van Dyck est l'élève. Il s'agit d'occuper les portes de l'àme et les yeux d'abord. L'application des sens à une scène de l'Evangile, le détail attentif des lieux, des personnes^ des actions, des paroles de ce drame illustre, l'elfort de la nervosité vers une contemplation douloureuse ou radieuse composent un manuel de vie inté- rieure singulièrement efficace. C'est en même temps un principe d'art pitto- resque : l'artiste vient en aide au directeur de retraite ; et dans ce rôle
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d'cxciUilciir pieux. Vaii Uyck exerce ses t'aeiillés Iragiques ou (oui au moins son éloquence lliéàlralo.
La Passion, (jui esl le centre ihi catholicisme, devient donc la grande inspiration de l'art religieux. Du Jardin dos Oliviers an Sépnlcre, Van Dyck reprend les snjels consacrés par son maître, en les adaptant à son goût tendre et déclamatoire à la l'ois. Le haisor de .ludas, ce sera par exemple une scène
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impétueuse où le llamboiement des torches et le tumulte de lu foule armée rendent toute la leri'eur de l'attentat nocturne. Autour d'un Christ couronné d'épines, i! groupera sans doute, comme le l'ait Uuhens, de lourdes brutes guerrières et des armures ; mais le Christ deviendra un objet de noble compassion et non plus seulement un toi'se olympien parmi les cuirasses. Qu'il peigne un Christ en croix : c'est bien le sujet le plus simple, le plus rigoureusement fixé. Nous y trouvons cependant ces nuances d'interprétation qui sont l'essence môme d'un tempérament artistique. Il ne cherchera pas à
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émouvoir en monlrunl que! lobuslc corps humain raiïreux supplice a déchiré, quels membres, tout à l'heure emplis de force, les clous retiennent pénible- ment au gibet. Son spectacle est plus pathétique. Le divin crucifié éclaire la nuit fatale d'un n-llel mysléiieux : ses bras font un grand appel d'angoisse et d'espérance ; sa face, cherchant le ciel ou abandonnée sur la poitrine, concenire la liauie émolion que (léfi:age cet èlre lamentable et doulourcu.x.
l'ne déposition de croix léunira toutes les expres- sions de la pitié féminine auloiir d'uu beau corps blessé : la vierge se désole avec majesté, Madeleine avec tendresse, saint Jean avec discrétion, les anges avec respect; mais les sen- sations restent douces : le Christ sommeille et l'hor- KMir (lu crucifiement n'est rappelée que par un léger sligmalc à l'épiderme ; sur sa main pendante, la pé- cheresse dépose un bai- ser et l'éclat du bras nu (lu'clle avance contribue au charme de sa pieuse caresse. Tous ces êtres dé- licats sont pénétrés d'une tristessa aiïectueusc et contenue : ce sont d'augustes condoléances, un chagrin cérémonieux, l'office d'un culte énervé par les cierges et l'encens. Van Dyck en use parfois plus libreincul avec la Iradilion religieuije. On en trouverait d'autres exemples que les martyres de saint Sébastien, de Munich, mais aucun plus remarquable. Dans ces deux toiles, l'intention est la même et purement pittoresque : un séduisant éphèbe entouré de rudes gaillards qui ne troublent point sa contenance mais opposent à ses formes d'androgyne leurs corpulences massives et leurs teints boucanés. Le second tableau surtout
CoHNÉl.IUS Yan ])eii Gkest (Naliolial Giillcn)
Pie IIllE BlŒLGHEL, cau-riirlo de Wn Uïck.
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dcveloppp ce motil' avec une étrange audace, [.c modèle pose de face, se d(^ta- cliaiil en pleine lumière sur l'ombre qui accuse ses conlours délicats, les muscles minces de ses épaules. Des houi'iraux hirsutes, accroupis |)our
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lui lier les jambes, un cavalier casfjué, empanaché, la crinière Jloltaule du cheval qui hennit, un lourd drapeau, tout ce mouvement et cette couleur font comme un cortège brutal et magniliqiie à la grâce de l'adolescent. Cepen- dant le visage du martyr, incliné vers la pénombre par la poigne d'un soldai, regarde de ses grands yeux ambigus, songe, sourit, moins de joie que de coquetterie : ce n'est pas l'extase, mais la tentation.
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Dans cet arl religieux, doiil la vogue fui iuunonse, il y a cerles plus do volupté esthétique que de senlinienl. Pour avoir trop redoulé la laideur, il devient incapable d'expriuicr la soullVauee. Il auufiuce la l'eligicui agi'c'alde.
C;i:sAi;-.\i.K\AMii;i: Scaui.ia (Musce tl'Auvcr).
la chapelle mondaine en même temps (jue la Iragédie noble. Mais celte lan- gueur pieuse n"a pas encore de nos jours perdu toute saveur.
Dédaigner les conventions de la vie courante, délivrer l'ôtre humain de son vêtement disgracieux, faire surgir à la lumière les instincts primitifs do sa nature, le montrer aux prises avec des anivres plus hautes que celles
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qu'il rencontre clans les journées ingrates de son existence nécessiteuse, c'est la tentative continuelle des maîtres dont l'âme inquiète ne se contente d'aucune des réalités et dont l'imagination ne cherche dans le monde qu'une exci- tation initiale. Yan Dyck lient cU' plus près qu'il ne semhle à cette famille des grands Imaginatifs. Ses ycuix aperçoivent sur les figures qui l'entourent une heauté que le vulgaire n'y voit point, que les plus exacts ohservateurs des apparences n'y sauraient pas découvrir. Toutes les images qui sortent de son esprit sont décorées de cette parure idéale et la lui doivent. Mais il a ce trait distinclif de ne i)Ouvoir séparer sa fantaisie du modèle qui l'a provoquée. Il éclaire toute créature du rayonnement de son génie : il n'éprouve point le besoin d'en créer d'irréelle, et l'on voit bien que la vie le passionne moins que la grâce. D'ailleurs sa carrière, avons-nous vu, a été trop heureuse pour qu'il aille chercher des amis dans vm monde surhumain, parmi les enfants de son cerveau, pour qu'il se console de l'imperfection en produisant des êtres parfaits. Ses contemporains le retiennent : il leur garde sa sympathie ; il leur reste reconnaissant d'avoir satisfait ses désirs et ses élégances.
Il donne donc sa mesure dans son œuvre de portraitiste et c'est là qu'il est vraiment idéaliste. Il y collabore avec la nature : il n'essaie point de se substituer à elle ; mais elle ne produit que des êtres humains ; la société en fait des gens de conditions diverses ; tout ce qu'elle ajoute à l'homme, Van Dyck le saisit et le manifeste. Pourtant il n'accorde pas à toutes les catégories sociales la même attention. 11 a ses préférences, celles qu'eut sa vie. Sa faculté d'artiste n'est émue que lorsqu'il se trouve en face des personnages qu'il a aimés, dont il connaît les pensées, dont il partage les habitudes, dont le commerce lui plaît : et nous avons déjà vu où il les trouva. Du reste à peine en a-l-il regardé d'autres.
D'abord autour de lui et dans son pays, une compagnie nombreuse, de goûts fins, de mœurs cordiales, à laquelle le rattachaient ses origines, sa profession, ses amitiés. Un monde d'artistes, le vaste cortège de Rubens, qui de son atelier débordait sur les Flandres, gens de constitution solide, maîtres d'une grande école, joyeux et sûrs de leur art ; d'autres, des lettrés, des savants, des amateurs, tètes méditatives, aux yeux avides ou fatigués, foyers de vie intime, ardents ou vacillants ou paisibles.
Nous en voyons le dénombrement et sous les caractères généraux du terroir et de la profession, chacun conserve la pointe de son esprit, son
Le marquis AnïOINE-Jl'LES OiUGNOLE-SaLE {i'ala;